Rêves d'été

Notes de l'auteur : Bon, ça y est! Après avoir laissé ce chapitre moisir pendant des mois dans le classeur virtuel de mon ordinateur, je me suis enfin décidée à retoucher toutes les parties qui me rendaient aussi insatisfaites de ce chapitre! ^_^ Tout ça c'est grâce à Mimi Yuy et à son dernier email, cette fille c'est une vraie drogue d'écriture, quand on la lit on peut pas s'empêcher d'écrire! (J't'adore, Mimiiii! ^_^y) Enfin, ce n'est peut-être pas le chapitre le plus divertissant, mais il s'y passe quand même des choses importantes pour le déroulement général de l'histoire et surtout le déroulement de la deuxième partie de l'histoire! Parce que oui, je vois loin pour cette histoire, et il y aura une seconde partie! Du moins, si je ne me décourage pas d'ici là et que je ne trouve pas une fin différente pour éviter de devoir faire une deuxième partie... ^_^;;

Alors voilà! Dans ce chapitre, il n'y aura pratiquement rien d'autre que de la discussion. Une discussion sérieuse, toutefois teintée d'humour grâce à la gêne incontrôlable de Jonathan, la personnalité de Zachary, et Sandra, qu'on découvre enfin un peu plus! J'étais très déçue de n'avoir pas réussis à donner à ce personnage l'attitude que je voulais lorsque j'ai écrit le chapitre il y plusieurs mois, mais c'est maintenant beaucoup mieux grâce aux retouches que j'y ai fait!

Bon, je vous laisse lire et en juger par vous-mêmes! ^_^ Bonne lecture!

Chapitre 15 - Aveux forcés

Jonathan se laissait bercer par le doux mouvement de la poitrine sous son dos, à peine conscient d'être éveillé. Il remua un peu, s'efforçant de ne pas réveiller Zachary, mais un tendre baiser sur sa joue lui indiqua que c'était un geste inutile.

« Bonjour, Zach... » murmura le blond, les yeux encore clos.

« Bon matin, moussaillon! » fut la réponse de Zachary, masquant sa voix pour la faire passer pour celle d'un pirate comme ceux du vidéo qu'ils avaient visionné la veille. Lorsqu'ils eurent enfin tous deux calmé leur fou rire, Zachary enlaça Jonathan en laissant échapper un soupir d'aise. « Tu t'es endormi tôt, hier soir... »

« Endormi...? »

Puis, soudainement, la réalité vint illuminer l'esprit de Jonathan, et il se releva aussi promptement que s'il avait reçu un seau d'eau glacée en plein visage. Un 'oomph' étouffé lui fit réaliser qu'il avait malencontreusement enfoncé son coude dans l'estomac de Zachary, le tirant un peu brutalement du demi-sommeil dans lequel il planait toujours.

« Zach, c'est le matin », dit soudainement Jonathan sans plus de politesses, sur un ton de panique.

Zachary, pour sa part, encore somnolant malgré le coup douloureux qu'il venait de subir, ne comprit pas tout de suite pour quelle raison il s'énervait ainsi. « Oui... Et alors? »

« Alors? Alors, qu'est-ce qu'on fait encore dans le sous-sol, dis-moi? »

« On a écouté un film, et on s'est... endormi... Ah, heu. oops! »

« Oops? Zachary, c'est sérieux, Sandra et François, ils... Oh mon Dieu! » Ses derniers mots furent étouffés par ses mains, qui vinrent se plaquer à son visage rougi par la honte.

« Calme-toi, Jo... Ils ne nous ont pas forcément vus. »

« Pas forcément vus?! Bon sang... »

« Arrête de t'énerver pour rien... » Bien qu'il se voulait rassurant, le ton de sa voix ne cachait pas son propre malaise. « Et puis, même s'ils nous avaient vus, ils n'en feraient pas tout un plat! »

Il comprit bien rapidement que sa tentative pour réconforter Jonathan avait misérablement échoué en le voyant se lever abruptement, les joues humides de larmes silencieuses, pour aller se barricader dans la salle de bains. Celui-ci s'appuya violemment contre le mur et se laissa glisser au sol avec un long soupir. Très peu de temps s'écoula avant qu'il n'entende la voix de Zachary, étouffée par la porte derrière laquelle il se tenait.

« Jonathan... Ouvre-moi, je t'en prie. » Il y eut un long silence, que Jonathan n'avait pas envie de briser, puis la voix de Zachary s'éleva de nouveau. « Écoute, laisse-moi entrer, il faut qu'on en parle... Je sais que tout ça te met mal à l'aise, mais sache que tu n'es plus seul maintenant... Je suis là. Je peux essayer de t'aider, tu ne penses pas? Allez, s'il te plaît, Jo... »

Jonathan se leva péniblement, puis tourna la poignée, laissant la porte à peine entrouverte. Il retourna s'asseoir sur la sol, à la jonction de deux pans de murs, et ne leva même pas le regard vers Zachary lorsque celui-ci s'approcha pour prendre place sur le sol carrelé, assis en tailleur juste en face de lui.

« Jonathan... Je suis sincèrement désolé. »

« Ce n'est pas de ta faute. Enfin, pas seulement de la tienne. » Sa voix était pourtant toujours teintée d'amertume, et il n'avait même pas la force de tourner les yeux pour le regarder.

« Je sais que j'aurais dû faire plus attention, mais maintenant... maintenant que c'est commencé, on ne peut plus reculer. En ce moment, ton oncle et ta tante attendent sûrement des explications, et on se doit de leur répondre franchement. »

« Mais je t'ai déjà dit que je ne suis pas prêt! » grogna le blond entre ses dents, à bout de nerfs.

« Tu vois une autre solution? Tu comptes peut-être passer le reste de tes jours enfermé dans cette salle de bains? »

Jonathan le regarda finalement, mais ses yeux arboraient un regard glacé. Il avait mal, tellement mal... C'était comme être poussé contre son gré vers l'avant, alors qu'aucune lumière ne venait éclairer son chemin pour le rassurer; comme s'il tombait, infiniment, sans jamais trouver quelque chose de solide à quoi s'accrocher. Et pourtant, Zachary était là, face à lui, lui tendant une main qu'il refusait obstinément.

« Laisse-moi » finit-il par dire, sa voix à peine plus élevée qu'un murmure.

« Jonathan... »

« Je t'ai demandé de me laisser seul » fit-il sur un ton qui se voulait sans réplique, mais c'était sans compter l'entêtement de Zachary.

« Mais bien sûr! Si tu me cherches, je serai dans la cuisine en train d'expliquer à Sandra et François pour quelle raison très exactement tu t'es enfermé dans les toilettes. Oh? Tu crois que c'est le bon moment aussi pour leur parler de la relation sexuelle qu'on a eue dans leur chambre d'amis? »

Jonathan n'en croyait pas ses oreilles. Il fixa longuement le brun, vaguement conscient du brouillard de larmes commençant à brouiller sa vue, malgré la fureur qui le submergeait. Zachary sembla réaliser qu'il avait été trop loin, car il baissa la tête et s'excusa d'une petite voix. Jonathan détourna le regard et laissa ses larmes couler librement, les yeux fermés pour essayer de se convaincre que tout cela n'était qu'un terrible cauchemar. À cet instant, il sentit les doigts de Zachary caresser doucement le dos de sa main, et son coeur sembla s'étouffer avec un flot incontrôlable de sanglots. Il réalisa que Zachary s'était déplacé pour s'installer à côté de lui lorsqu'il sentit son bras enserrer ses épaules pour l'attirer vers lui. Il se laissa guider par l'étreinte et se retrouva appuyé sur la poitrine de Zachary, sanglotant silencieusement par peur d'être entendu. Il entendait les paroles rassurantes de Zachary au creux de son oreille, comme une douce berceuse, et pouvait sentir ses doigts caresser soigneusement ses cheveux. Il avait perdu connaissance de ce qui se passait autour, oublié ce qui s'était dit; seul persistait cette impression d'être pris au piège, incapable de faire le moindre pas vers l'avant mais pourtant acculé au mur par derrière. C'était terrifiant et, surtout, insupportable.

Il se laissa enfin calmer par les paroles réconfortantes de Zachary et se laissa reposer sur son torse, se laissant bercer par sa respiration lente comme il l'avait fait au petit matin, avant que la dure réalité ne lui apparaisse. Le silence s'imposa après qu'il eut calmé ses pleurs, puis Zachary enfonça son visage au creux du cou de Jonathan, inspirant profondément avant de lui susurrer un « Je t'aime » sincère. Jonathan se raccrocha désespérément à ces trois petits mots, se laissant envelopper par un voile de confort inconcevablement rassurant.

« Tu... tu resteras avec moi? » fit Jonathan, hésitant, la voix encore fébrile.

« Pardon? »

« Pour leur expliquer... »

« Mais bien sûr que si. Je l'ai dit tout à l'heure... tu n'es plus seul. Je suis là pour toi. »

« Je ne sais pas comment leur dire une telle chose. Ça va leur paraître stupide. »

« Pour être franc, je crois qu'en ce moment, ils doivent déjà avoir une très bonne idée de ce qui se passe... À supposer qu'ils nous aient bel et bien vus, hier soir, ce qui n'est pas non plus une certitude. »

« Comme je souhaite qu'ils n'aient pas descendu... Si tu savais comme je le souhaite... »

~

Jonathan fit brusquement halte, la main sur la poignée de porte de la salle à manger. Un arrêt trop brusque pour que Zachary n'évite d'entrer en collision avec lui. Sans parvenir à refréner un soupir, Zachary glissa ses mains sur les hanches du blond et se pencha vers son oreille pour lui murmurer des encouragements :

« On y est presque, Jonathan... Je t'en prie, ce n'est plus le temps de reculer... Tu verras, tout se passera très bien. »

Il se recula à une distance raisonnable, puis attendit que Jonathan se décide à enfin pousser la porte. Le c?ur de Jonathan battait la chamade; il lui semblait qu'il battait tellement fort que tous pouvaient entendre chacune des pulsations. Sandra leva les yeux vers eux et leur sourit aimablement, son attitude chaleureuse absolument identique à celle de tous les jours.

« Bonjour, les garçons! Pain doré et jus d'orange fraîchement pressé, ça vous dirait? »

Jonathan ressentit un certain soulagement; il s'efforça de sourire le plus sincèrement possible, se laissant rassurer par l'absence de changement dans l'attitude de sa tante. Il s'était imaginé le pire des scénarios, alors qu'en fait elle n'avait sans doute rien vu. Il prit place à table et hocha la tête.

« Génial, Sandra! Merci beaucoup! »

« C'est un plaisir. Et toi Zachary? »

« Bien entendu! Merci, Sandra. » Prenant place à côté de Jonathan, il offrit à la cuisinière un sourire en guise de remerciement, mais Jonathan pouvait remarquer la pâle lueur de malaise dans son regard.

Lorsqu'elle sortit de la salle à dîner pour retrouver la cuisine, Jonathan se tourna vers lui, le même sourire rassuré accroché aux lèvres.

« Je ne crois pas qu'elle ait vu quoi que ce soit! Rien n'a changé, en fin de compte! »

« Tu as peut-être raison... »

« Quelque chose ne va pas? »

« Non... »

« Et si on exclut les mensonges, qu'est-ce que ça donne comme réponse? »

Zachary soupira, tournant la tête pour éviter de le regarder dans les yeux. « Tu comptes le lui dire quand même? »

« Non. Si elle n'a rien remarqué hier soir, pourquoi précipiter les choses? »

« Jonathan, ils vont bien se rendre compte de quelque chose tôt où tard! Ça ne sert à rien d'att - »

« Bonjour! »

Les deux garçons levèrent un même regard empli de surprise vers François, qui venait tout juste de franchir la porte, un journal sous le bras et une tasse de café à la main. Ils s'empressèrent de bredouiller un bonjour un peu incohérent.

« De quoi est-ce que vous discutiez? Ça paraît important! »

« Oh, ce n'est rien, à vrai dire... » répondit Jonathan, un peu trop rapidement pour que la réponse ne passe pour naturelle. François n'en fit pourtant aucun cas et s'assit à la table, face aux deux jeunes hommes qui firent leur possible pour dissimuler leur malaise, sans un énorme succès. Heureusement pour eux, François était déjà plongé dans la lecture d'un article et ne leur portait plus grand attention.

Après un long moment de lourd silence, à peine interrompu par le persistant bruissement des pages du journal, la porte de la cuisine s'ouvrit enfin pour laisser entrer Sandra, les bras chargés d'assiettes d'où fumait une agréable odeur. Avec un nouveau merci et un sourire, ils s'attaquèrent à leurs assiettes, sans un mot de plus. Sandra prit place près de François, une tasse de café noir posée devant elle. Jonathan remarqua, en jetant vers elle un regard furtif, qu'elle les observait tous les deux, et son malaise revint aussitôt à la charge.

Pourtant, comme Sandra et François commencèrent à discuter de propos somme toute banals, il dut se rendre à l'évidence qu'il avait bel et bien paniqué pour rien. La tension diminuant rapidement, il se mit bientôt à commenter ce qu'ils disaient, essayant d'ignorer l'étrange malaise qu'il continuait de ressentir devant le silence obstiné de Zachary, qui se contentait de répondre le plus brièvement possible lorsqu'on lui posait une question.

~

Peu de temps s'écoula avant que François ne se lève de table, leur expliquant qu'il devait se rendre au travail. Il les salua avant de quitter la salle à manger, laissant derrière lui un silence très pesant.

« Vous me semblez bien silencieux, » dit-elle enfin, avant de prendre une longue gorgée du liquide fumant.

« C'est que c'est vraiment délicieux, Sandra, » fit poliment Zachary, esquissant un sourire, avant de prendre une nouvelle bouchée du copieux petit déjeuner. Jonathan se contenta de prendre une petite gorgée de jus d'orange, sentant l'appétit s'estomper malgré la faible quantité de nourriture ingurgitée, remplacé par un sentiment d'inconfort.

« Je suis ravie que ça te plaise, Zachary. » Elle fit une pause, et Jonathan souhaita que ça en finisse là, mais la voix de sa tante s'éleva de nouveau pour rompre le silence avant qu'il ne s'installe vraiment. « Pendant que nous sommes tous les trois réunis, il y a quelque chose dont nous devrions discuter. »

Jonathan sentit qu'il perdait le contrôle de lui-même de nouveau; il baissa la tête, retrouvant soudainement suffisamment d'appétit pour enfourner une énorme bouchée de pain doré. Zachary vint à sa rescousse, sans pour autant lui épargner un subtil coup de pied sous la table.

« Bien sûr, Sandra, de quoi s'agit-il? »

Lorsque Jonathan leva les yeux de nouveau, il constata que Sandra les regardait avec une discrète attention, ses mains croisées sur la table devant elle. Son malaise se matérialisa en une boule qui se forma au creux de sa gorge, si bien qu'il se demanda s'il parviendrait à répondre quoi que ce soit le temps venu. Sandra lui sourit tendrement, semblant elle-même un peu gênée.

« Eh bien... J'ai beaucoup réfléchi, cette nuit, et... je suis fin prête à accepter que, tous les deux, vous soyez un peu plus que de simples amis... »

« Bon sang... » murmura Jonathan, plongeant de nouveau le regard dans son assiette. Pourquoi était-ce si dur? Pourquoi l'atmosphère semblait soudain reposer tout son poids sur ses épaules? Il avait littéralement l'impression de fondre sur place et, à vrai dire, cette alternative semblait déjà immensément plus réjouissante que de devoir rester là, devant sa tante, à discuter de la relation amoureuse qu'il entretenait avec un autre garçon... Qui plus est, un garçon qui venait de passer les deux dernières nuits sous leur toit.

Il espérait qu'encore une fois Zachary viendrait à sa rescousse avec une réponse bien pesée, mais en lui jetant un regard de biais, il le vit arborer le plus simple des sourires. Comme le silence s'éternisait, le blond rassembla tout son courage pour prendre la parole. « Je... hum... merci? »

Il roula les yeux au ciel, découragé par l'incohérence de ses propres mots, et choisit que l'alternative d'une noyade dans son verre de jus d'orange n'était peut-être pas une si mauvaise idée en fin de compte.

« Cependant... il nous faudra, bien évidemment, pour assurer le confort de chacun, fixer certaines... règles... »

Jonathan faillit s'étouffer et, pantelant, reposa bruyamment son verre sur la table. « Quel genre de règles? » fit-il, entre deux éclats de toux causés par l'étouffement.

« Eh bien... Zachary, nous apprécions beaucoup ta présence ici, François et moi, mais... enfin... Ce que je veux dire, c'est qu'il serait peut-être plus... convenable... que tu ne passes plus la nuit ici avec Jonathan. »

Un silence gêné suivit cette requête. Zachary sembla hésiter un moment, jouant distraitement avec sa fourchette. « Hum. Oui, bien sûr. Je... je partirai bientôt, Sandra. » fit-il, dissimulant tant bien que mal sa confusion, qui ne passa pourtant pas inaperçue aux yeux de Jonathan. Ce dernier secoua brusquement la tête, les sourcils froncés.

« Ne dis pas de telles choses, Zachary. Il est tout à fait hors de question que tu partes et tu le sais très bien. »

Sandra le regarda étrangement, l'air perplexe. « Jonathan... Je comprends ce que tu ressens, mais tu dois comprendre que les... les relations... sexuelles, ne seront en aucun cas tolérées dans cette maison. »

« Non! » interrompit rapidement Jonathan, le visage brûlant, s'efforçant de fuir son regard. « Non, il ne s'agit pas de ça, tu ne peux pas comprendre. Tu ne sais même pas par quoi il est passé! »

Zachary l'interrompit, sur un ton étonnamment calme. « Écoutez, Sandra, je... Mon père m'a mis à la porte de chez moi. Je n'ai plus nulle part où aller. Jo m'a courtoisement proposé de rester ici quelques jours, le temps que tout se calme... Si, bien sûr, vous n'y voyez aucun inconvénient. En un tel cas, je respecterai votre décision et trouverai un autre endroit pour me loger. Votre hospitalité à déjà été plus que généreuse, je dois l'admettre. »

Un long silence suivit cet aveu inattendu, puis Sandra reprit la parole.

« Je suis sincèrement désolée, Zachary. Je ne pensais pas que la situation pouvait être aussi grave. Que s'est-il passé? »

« Hum... En fait... » Il sembla chercher ses mots un instant, puis il fit simplement « C'est à cause de Jonathan. »

L'intéressé s'indigna en lui donnant un petit coup sur l'épaule. « Hé! Mais qu'est-ce que tu vas raconter? Ce n'est pas vraiment de 'ma' faute... »

Zachary eut un petit rire enfantin, tout en haussant les épaules. « Tu sais bien que ce n'est pas ce que je voulais dire... Tu es tellement susceptible! » Son sourire s'estompa rapidement et il baissa le regard, puis regarda de nouveau Sandra. « En vérité... Mon père est tout simplement homophobe. Il n'accepte pas aussi bien que vous la relation entre Jonathan et moi. Aussi, je vous suis très reconnaissant... pour tout. »

Jonathan le fixa du regard, l'air rêveur, un faible sourire sur les lèvres. Pourquoi était-ce si facile pour son petit ami de parler aussi ouvertement de leur couple, alors que lui-même s'étouffait dès que la moindre allusion à leur relation était faite? Zachary semblait si à l'aise, si en contrôle de lui-même... Il parlait avec diplomatie et agissait avec la plus grande politesse envers Sandra, une attitude que Jonathan admirait grandement chez son lui. Zach sembla remarquer qu'il le regardait aussi fixement, car il tourna la tête vers lui et lui sourit, un de ces sourires sincères qui avaient le don de le ravitailler en confiance.

Il repensa à la scène qui s'était déroulée la veille dans la rue, à leurs mains enlacées semblant crier au monde entier qu'à deux rien ne pouvait les atteindre. Il revit l'angoisse peinte sur le visage de Zachary au moment où il lui avait pris la main, mais surtout le plaisir évident qu'ils avaient tout deux goûté à vagabonder main dans la main sans se soucier des jugements. Et il se rappela la promesse qu'il s'était faite, en voyant les contusions sur le torse de Zachary, de tout faire pour le rendre heureux, coûte que coûte, et lui faire oublier ses souffrances passées. Lentement, il tendit une main tremblante pour enlacer celle du brun, un geste qui eut pour cause de donner à Zach un air quelque peu surpris et absolument adorable. Puis il retourna son attention vers sa tante, qui les regardait discrètement, un sourire attendri au coin des lèvres.

« Sandra, je... Je regrette de ne pas te l'avoir avoué plus tôt. J'aurais du savoir que je pouvais te faire confiance. Dès le début. »

« Ce n'est rien, Jonathan... C'est normal, je comprends très bien que ça ait été difficile. » répondit Sandra, apparemment très touchée par les paroles de son neveu. « J'accepte votre choix, à tous les deux... Et il te sera bien évidemment possible, Zachary, de rester chez nous quelque temps... du moins, tant que vous respecterez les règles! Au sujet des rapports sexuels, j'espère que vous savez bien qu'il est absolument impératif de vous protéger et que... »

« Oh, Seigneur... » fit Jonathan en fermant brusquement les yeux, partagé entre l'envie de s'évaporer dans l'air pour oublier les conseils gênants de sa tante et l'envie de faire taire Zachary qui, d'un rire étouffé, se moquait de sa timidité à aborder le sujet de la sexualité. Était-il donc le seul dans cette pièce à trouver étrange et surtout embarrassant de participer à une discussion de groupe axée sur leur vie sexuelle? En écoutant Sandra énumérer les différentes raisons pour lesquelles ils devaient limiter leurs 'rapports intimes', comme elle prenait un malin plaisir à les nommer, il comprit qu'apparemment il était bel et bien condamné à devoir écouter cette conversation des plus gênantes pendant un long moment encore.

~

« Tu aurais du voir ta tête! 'Oh, Seigneur...' » Zachary se laissa tomber lourdement sur le lit de Jonathan, secoué d'éclats de rire. « Ça n'avait pas de prix, vraiment! »

« Oh, arrête, tu veux... » répliqua Jonathan, avec un air indigné que le vague sourire sur ses lèvres faisait sonner faux. « C'était très embarrassant pour moi. Je ne pensais pas que Sandra aurait voulu parler de... de ça. Je crois que je n'ai jamais été aussi gêné de toute ma vie. »

Jonathan secoua la tête doucement et s'installa sur le lit, agenouillé près de Zachary. Il passa délicatement ses doigts dans son épaisse chevelure brune, souriant en le voyant fermer les yeux pour savourer le contact. Il l'observa un moment, détaillant les traits de son visage qu'il était venu à connaître par c?ur en si peu de temps; ses longs cils recourbés, l'arête droite de son nez, sa peau au teint délicieusement doré, et ses lèvres, brunes, entrouvertes en une silencieuse invitation qu'il était incapable de décliner. Il se pencha pour fermer la distance qui les séparait, joignant leurs lèvres pour une danse dont ils ne se lassaient jamais. Au moment où il sentit la main de Zach se poser sur sa hanche, il se décida à approfondir le baiser, glissant sa langue pour rencontrer celle de Zachary. À cet instant précis, un raclement de gorge se fit entendre et ils sursautèrent violemment, se tournant brusquement vers la porte grande ouverte derrière laquelle Sandra venait apparemment de passer en les surprenant en flagrant délit de tendresse. Zachary passa une main sur son front en secouant la tête.

« Décidément, de toutes les règles qu'elle a instauré, celle-là est assurément la pire. On va vraiment devoir garder la porte de ta chambre ouverte en tout temps? »

« Tu l'as entendue comme moi, Zach... Les règles sont les règles! Elle est comme ça, Sandra, il fallait s'y attendre. Et puis, ça aurait pu être pire... non? »

« Hum... Et comment est-ce que tu te sens? »

« Quoi? » s'étonna Jonathan, un peu perplexe devant le soudain changement de sujet.

« Maintenant qu'on n'a plus à se cacher, comment te sens-tu? » L'expression peinte sur le visage de Zachary était d'un sérieux que le blond ne lui avait vu que très peu souvent. Il haussa les épaules, prenant bien le temps de réfléchir à sa réponse.

« Je... Je ne sais pas exactement. Je crois que je suis soulagé... mais d'un autre côté, ça risque d'être tout aussi compliqué, maintenant, sinon plus... » Devant le silence du brun, il lui renvoya la question, remarquant par la même occasion qu'il semblait soudainement distrait.

« Moi aussi, je me sens... soulagé... J'aimerais que ce soit toujours aussi simple. »

Jonathan sourit tristement à la dernière remarque de son amant, conscient que ce dernier avait vécu des moments beaucoup plus difficiles que celui- ci. « Ce sera plus simple à partir de maintenant, je te le promets. Tu restes avec moi... »

« Justement... Si je prolonge mon séjour ici, j'ai besoin de mes affaires... Dans mon sac, je n'ai pu emporter de vêtements que pour une semaine, tout au plus. Je... J'irai chercher ce qu'il me faut demain. »

Les yeux écarquillés, Jonathan eut du mal à croire ce qu'il entendait. Il lui fallut un petit moment pour se ressaisir et retrouver l'usage de la parole. « Tu... Tu n'es pas sérieux, si? Et si ton père... Non, non, c'est hors de question. »

« Jonathan... » s'obstina le brun, en roulant les yeux au ciel, « Ce n'est pas une question de choix. De toute façon, je ne pourrai pas l'éviter pour le restant de mes jours. Je dois lui dire une bonne fois pour toutes que ça y est, que je n'ai plus besoin de lui et surtout qu'il n'a plus aucun droit sur moi. »

« Alors, je... Je viendrai avec toi. »