La voiture quitta la route et s'engagea dans un chemin de campagne rocailleux. Au travers de la vitre, Jonathan fixait le ciel azur d'un regard ennuyé. C'était une chaude journée d'été. Une de ces journées où les autres adolescents sortaient avec leurs amis, jouaient au football, s'amusaient. Jonathan n'avait jamais appartenu à ces autres. Il était plutôt solitaire, non pas que ce fut de son propre gré. Rejeté par les autres étudiants, il passait le plus clair de son temps chez lui, s'efforçant de compléter ses devoirs et ses leçons, ou plongé dans la lecture d'un roman où il pouvait découvrir la vie qu'il ne pouvait connaître. Il ne se plaisait pas particulièrement à ce mode de vie et, à vrai dire, aurait bien échangé ses livres de chimie et de mathématiques contre un seul véritable ami. Il avait bien sûr quelques camarades de classe avec qui il pouvait discuter à l'école, mais il ne les affectionnait pas particulièrement.

Pourtant, rien ne justifiait qu'il soit ainsi exilé. Jonathan était un garçon intelligent, aimable et drôle. Bien qu'il n'avait pas un physique ravageur, il possédait un certain charme. Des cheveux d'un blond cendré entouraient son mince visage. Des yeux d'un gris argenté se cachaient derrière ses petites lunettes rectangulaires. Son teint était pale et ses joues parsemées de subtiles taches de rousseur. Il était l'un de ceux que l'on appelle les intellos : un brillant avenir se proposait à lui, il affichait une moyenne de 90 et plus dans toutes les matières et semblait toujours avoir le nez dans les livres. Durant les cinq dernières années, il avait fréquenté une école secondaire privée de Montréal et venait de graduer, alors qu'il avait 17 ans.

Le véhicule s'immobilisa devant une grande maison, autour de laquelle s'étendait une végétation luxuriante. Son père, monsieur Labbé, se tourna vers Jonathan, affichant un sourire où s'entremêlaient la sympathie et le regret.

« Nous y voilà, mon grand. Je ne peux pas rester bien longtemps, je dois me rendre au laboratoire. Tu veux un coup de main avec tes bagages ? »

Le garçon acquiesça d'un signe de tête, tout en replaçant d'un geste machinal ses fines lunettes. Il empoigna son vieux sac à dos et sortit de la voiture, alors que son père s'affairait à récupérer le reste de ses effets personnels qui emplissaient la valise arrière de l'automobile.

La maison était celle de son oncle François et de sa tante Sandra. Il devait y passer tout l'été, selon les recommandations de ses parents. Ces derniers n'appréciaient guère de le voir bouquiner durant les vacances et avaient donc décidé de l'y envoyer. Cela se produisait chaque été depuis qu'il avait atteint l'âge de quatorze ans. Ainsi pouvait-il profiter de l'air pur de ce pittoresque petit coin de pays. La région, peuplée de montagnes, de lacs et de forêts, offrait une paisible atmosphère de solitude. Peu de jeunes habitaient cette région, et il se trouvait de ce fait aussi isolé qu'à l'habitude.

Aussitôt les valises installées dans la chambre d'amis qu'occuperait Jonathan, Monsieur Labbé entama une brève conversation avec l'oncle François, salua son garçon, puis s'en retourna à la voiture. Jonathan s'étendit sur le lit moelleux qui lui était accordé pour les prochaines semaines, ruminant contre l'ennui qui le saisissait déjà. Des pas s'approchèrent, puis François apparut dans l'entrebâillement de la porte.

« Salut! Je viens simplement m'assurer que tu as tout ce qu'il te faut. »

« Oui, ça va, répondit poliment le jeune homme. Je vais ranger mes vêtements et après le souper, j'aimerais aller me promener. »

« Pas de problème. Le repas devrait être prêt dans une trentaine de minutes. »

Quand l'autre homme eut enfin quitté la pièce, Jonathan resta immobile un instant, puis se mit à la tâche. Au bout de dix minutes, il avait déjà rangé tous ses vêtements dans une petite armoire de chêne. Il saisit l'un des livres qu'il avait apportés avec lui, et se cala dans un fauteuil. Bien que son regard s'accrochait aux mots qui dormaient sur la page, son attention était entièrement ailleurs. Il resta un moment à réfléchir. Comme chaque année, il s'entêtait à espérer passer du bon temps et même se lier d'amitié avec quelques jeunes du coin. Une autre partie de lui tentait de le convaincre que ses espoirs étaient vains ; en quoi cet été pourrait-il être différent ? Pourquoi s'entêtait- il à vouloir changer les choses ? Personne ne s'était véritablement intéressé à lui, ce n'était certainement pas pour changer de sitôt. Il secoua la tête, chassant ces pensées inutiles, et referma brusquement le livre.


Jonathan déambula le long d'une route poussiéreuse et étroite, puis bifurqua vers la droite, empruntant le court chemin qui menait à la rive du Lac d'argent. Il était près de sept heures trente et le soleil était encore haut dans le ciel, étirant les dernières heures de clarté de ce long jour estival. Déjà un peu plus de deux semaines qu'il écoulait lentement les jours de son exil forcé. Assis sur un rocher, il portait son regard tout autour, sur les hautes montagnes environnantes, s'efforçant de déceler dans chacune d'elle autre chose que des étendues incalculables de conifères.

Il était tellement absorbé par son observation qu'il n'entendit même pas le son sourd des pas qui retentirent derrière son dos. Il sursauta alors qu'une main se posa sur son épaule et se retourna si vivement qu'il en perdit presque l'équilibre. Un grand jeune homme se tenait debout devant lui, l'air hébété, surpris lui-même par une telle réaction. D'une carrure impressionnante, le garçon semblait posséder une force surprenante, laquelle Jonathan n'avait pas du tout envie d'affronter. À l'école, il avait souvent été la victime des garçons plus populaires et plus forts que lui, qui se plaisaient parfois à lui taper dessus par simple plaisir. Cependant, un seul coup de ce géant aurait suffit à l'envoyer à l'hôpital pour le reste de ses jours. Il recula d'un pas, en silence, terrifié.

À sa grande surprise, l'inconnu sourit gentiment et lui fit un bref signe de la main. « Salut. Je m'appelle Zachary. Toi ? » Sa voix profonde était agréablement rassurante. Baissant sa garde, Jonathan s'avança de quelques pas et salua l'autre homme. « Moi c'est Jonathan. » répondit-il timidement.

« Je t'ai fait peur ? » continua le plus costaud, un sourire amusé jouant sur ses lèvres.

« Non... Enfin, oui un peu… »

« Je suis désolé. Je t'ai remarqué et j'ai pensé que ce serait sympa de venir te saluer. Je t'ai jamais vu ici avant, tu viens d'emménager ou quoi?

« Non. En fait, je suis ici seulement pour l'été, chez mon oncle. Je viens à chaque année. Tu habites ici ?

« Ouais. Depuis toujours. J'habite assez près d'ici, c'est surprenant qu'on se soit jamais rencontré avant! »

Les heures s'écoulèrent, et les deux jeunes garçons poursuivaient leur conversation. Jonathan parla des nombreux étés qu'il avait passés à cet endroit, de sa famille un peu oublieuse, mais très peu de l'école dont il venait de graduer et qu'il souhaitait déjà oublier. Zachary parla des hivers, qui à son avis avaient beaucoup plus de charme que les étés, de ses amis, mais très peu de sa famille. Bientôt, le soleil s'évanouit dans un ciel rougeoyant, derrière les hautes montagnes. La lune débuta son ascension dans les cieux, parsemés de la faible lueur des étoiles. Jonathan pouvait distinguer la silhouette de Zachary qui se découpait sur le décor nocturne. Il n'y avait pas porté beaucoup d'attention au départ, alors qu'il était encore sous le choc de l'inattendue rencontre, mais Zachary était beau. Il le remarquait maintenant, alors que les pâles rayons lunaires jouaient dans ses cheveux foncés et sur sa peau dorée. Le jeune homme était très grand ; il n'était cependant pas aussi énorme que l'avait imaginé Jonathan à première vue. À vrai dire, il était plutôt mince, quoique ses épaules étaient très larges. Il portait une légère camisole blanche, sous laquelle son torse musclé se bombait à chaque respiration.

« Jonathan ? »

« Hm...? Oui, excuse-moi. J'étais distrait. »

« Je te demandais si tu avais prévu quelque chose pour demain. »

Jonathan crut pendant un instant que Zachary tentait de lui suggérer de se rencontrer le lendemain. Son cœur se serra, et durant une fraction de seconde, il oublia comment respirer. Jamais personne ne l'avait invité pour quoi que ce soit ; à vrai dire, il n'avait jamais non plus passé près de trois heures à discuter avec un autre homme de son âge.

« Non, pas vraiment… » répondit-il, en prenant bien soin de ne pas regarder Zachary dans les yeux. Une gêne incompréhensible venait d'envahir son corps. Il se sentit rougir et souhaita que l'autre homme ne le remarque pas. Un profond silence s'insinua entre les deux, alors que l'espoir d'entendre Zachary formuler sa demande mourrait tranquillement dans son esprit. Enfin, Zachary jeta un coup d'œil à sa montre et se leva.

« Il est déjà presque onze heures... Je dois rentrer chez moi. » dit-il simplement. Quelque chose sembla le retenir un moment. Ils échangèrent un long regard, et Jonathan se sentit empli d'un espoir qu'il n'aurait su décrire. Puis, il se releva et sourit. Jamais auparavant il n'aurait eu le courage de prononcer les mots qui s'apprêtaient à sortir de sa bouche.

« Je dois aussi rentrer! On peut marcher un peu ensemble, si tu veux bien... »

Le sourire de Zachary sembla illuminer son visage et il accepta l'offre avec joie. Ils continuèrent de bavarder un bon moment, alors qu'ils allaient par les chemins de terre, jusqu'à ce que leurs routes en viennent à se séparer. Zachary lança à Jonathan un sourire des plus sincères en lui adressant un petit coup sur l'épaule, puis lui souhaita une bonne nuit et continua son chemin.


Jonathan s'éveilla paisiblement; le soleil matinal projetait sur son visage un tendre rayon de soleil. Il enfonça sa tête dans l'oreiller, souhaitant pouvoir retrouver l'odeur des rêves langoureux qui l'avaient visité cette nuit. Il pouvait presque sentir de nouveau le corps brûlant qui l'enveloppait, les lèvres douces qui frôlaient les siennes, et les mains habiles qui palpaient sa chair. Presque, oui, car il n'avait jamais véritablement vécu ces moments passionnés. Il ne les vivait qu'en rêves, certaines nuits. Habituellement, le sentiment de béatitude qu'il pouvait ressentir au réveil ne durait que l'espace de quelques minutes, le temps que la dure réalité ne lui revienne en plein visage. Le matin signifiait le commencement d'une nouvelle journée de solitude, de tristesse, d'incompréhension. Mais pas cette fois. Il sembla à Jonathan que rien ne pourrait lui retirer la bonne humeur dont il était soudainement empreint.

Il se retourna et, encore bordé de l'agréable chaleur des couvertures, fixa le plafond. Il revoyait encore le visage affectueux de cette personne qui, d'un simple regard, d'un banal sourire, émoustillait ses sens. Ses lèvres remuèrent, formant en silence le nom de Zachary.

Il s'était déjà écoulé un peu plus d'une semaine depuis qu'il avait rencontré Zachary, et ces jours avaient été les plus merveilleux qu'il ait connus. Zach et lui avaient rapidement tissé de puissants liens d'amitié. Pour la première fois, Jonathan avait un véritable ami. Mais s'agissait-il réellement d'amitié ? Ce désir charnel qu'il éprouvait en sa compagnie n'était-il pas plutôt… enfin… étrange ? C'était un sentiment qui lui était encore totalement inconnu, et les questions affluaient en abondance dans son esprit.

Bien qu'il fût frappé par le charme émanant de Zachary dès leur première rencontre, cette attirance physique s'était manifestée pour la toute première fois le lendemain. Alors qu'il vagabondait dans les petites rues de terres du quartier, et qu'il songeait encore à la soirée qu'ils avaient vécue la veille, un aboiement résonna dans le silence profond de la campagne. Il eut tout juste une seconde pour apercevoir le physique robuste de Zachary, avant d'être projeté au sol par un énorme molosse. Le gros Berger allemand profita de cet instant pour lécher à loisir son mince visage, jusqu'à ce que son maître vienne au secours de la pauvre victime. Zachary riait avec amusement, alors qu'il tirait sur le collier du chien, et Jonathan se mit à rire également. Cette situation permit de détendre l'ambiance de leur seconde rencontre. Ils passèrent une bonne partie de l'après-midi ensemble.

C'est lorsqu'ils pénétrèrent dans la forêt que Jonathan commença de remarquer un changement. Sous l'éclairage tamisé qui parvenait à percer le feuillage et les branches épineuses des pins, la beauté de Zachary sembla se décupler. Jonathan observait chacun de ses mouvements, et remarquait chacune de ses manies. Par exemple, la façon dont Zachary glissait ses doigts dans son épaisse chevelure, les ébouriffant légèrement par la même occasion, ou encore lorsqu'il se grattait nerveusement la nuque... Ensuite, tout se bouscula dans son esprit. Un simple contact, lorsque par exemple Zachary posait sa main sur son épaule, suffisait à le perturber, bien qu'il ne le laissa paraître en aucun cas.

Jonathan trouvait réellement agréable de passer du temps en compagnie de son nouvel ami. D'ailleurs, le fait seul d'avoir un ami sur qui compter, un ami qui le comprenne et qui appréciait sa présence, l'emplissait d'un sentiment de bien-être qu'il n'avait jamais éprouvé aussi fortement.

Il refusait par contre d'ouvrir les yeux sur un fait qui se faisait de plus en plus évident : il était en train de tomber amoureux de Zachary. Les rêves qu'il faisait de plus en plus souvent, et pas seulement lorsqu'il était endormi, en étaient la preuve même. Il préférait croire que c'était normal de ressentir une telle admiration, voulant inconsciemment se protéger de la déception qui découlerait inévitablement d'un tel aveu.

Dans la chaleur de ses couvertures, Jonathan paressa plusieurs minutes, puis se décida enfin à se lever. Son corps nu glissa hors des couvertures, puis il se traîna jusqu'au miroir accroché au mur de bois verni. Il observa l'image floue de ce jeune homme qui le regardait au-delà du miroir, sa vision étant embrouillée par le sommeil et la myopie. Il ouvrit la petite armoire de chêne qui contenait tous ses effets, et enfila un pantalon de toile beige et une chemise noire. Une fois sa toilette terminée et ses lunettes soigneusement remises en place sur son nez osseux, il sortit de la chambre, sifflotant un air joyeux, et monta à la cuisine où un copieux petit déjeuner l'attendait.

« Tu as bien dormi, Jo? » lui demanda la voix de sa tante Sandra alors qu'il entrait en chantonnant dans la cuisine.

« Oui, très bien, merci ! »

Ils continuèrent de discuter un moment, principalement des projets que Jonathan avait prévus pour la journée. Il l'informa de son intention d'aller rejoindre son ami Zachary au village, sans insister sur les détails. Son estomac se noua lorsqu'il prononça le nom, qui fit renaître en lui le souvenir des rêves qui avaient peuplé sa nuit. Sandra lui sourit, et posa devant lui une assiette pleine de crêpes, qu'il dévora avec appétit.

Quand il eut vidé son assiette et conversé plusieurs minutes avec sa tante, Jonathan sortit de la maison, souhaitant retourner au bord du Lac d'argent, lieu mémorable où il avait rencontré la source de ses plus secrètes passions, mais également de ses plus paralysantes angoisses. Il s'installa sur le même rocher et, ramassant quelques pierres plates sur le sol, tenta d'effectuer des ricochets sur la surface ridée de l'eau cristalline. Cet exercice lui permit de détourner son attention suffisamment longtemps pour calmer les palpitations qui torturaient son estomac depuis le début de la matinée.

C'était une magnifique journée ; le temps était splendide, les oiseaux chantaient, Zachary le rejoindrait... Jonathan et lui avaient fait des plans particulièrement intéressants pour la journée. Tout d'abord, ils iraient au petit café du coin, pour y siroter une boisson rafraîchissante, puis se rendraient chez Alice, une amie de Zachary, afin de s'occuper des préparatifs pour la fête que celle-ci avait organisée. Presque toute la classe de Zachary allait être présente, ce qui représentait un peu plus d'une vingtaine de personnes. Elle avait permit à Zach d'inviter le nouvel ami dont il lui avait parlé, et était même impatiente de le rencontrer, selon les dires du garçon. Jonathan se permit de rêver un instant en pensant au fait que Zachary avait parlé de lui, mais il s'empressa de chasser les suppositions dangereuses dans lesquelles il s'aventurait.

« Hey, Jo! » fit une voix retentissant derrière le dos du blond. Encore une fois, Zachary l'avait surpris sur la rive du Lac d'argent. Se retournant vers son interlocuteur, Jonathan leva un sourcil en signe de questionnement.

« Zach, qu'est-ce que tu fais ici ? On devait pas se rejoindre plus tard? »

« Ce que je fais ici? Bah… je sais pas. La même chose que toi." répondit-il simplement, en empoignant une roche plate et la projetant avec une grande puissance vers la surface dansante du lac.

Jonathan eut pendant une fraction de secondes un petit sourire, pensant à l'ironie de la situation… Si seulement Zachary avait su la raison qui l'avait poussé à se rendre plus tôt à cet endroit symbolique, il aurait eu le choc de sa vie.

Zachary se tenait maintenant immobile, fixant d'un regard confus l'eau miroitante du lac. C'est seulement à ce moment que Jonathan remarqua la mine défaite de son ami. En effet, jamais Zachary ne lui avait apparu sous un jour aussi misérable, à la fois empreint d'une souffrance visible et de l'innocence d'un jeune enfant. La moue légère qui s'affichait sur ses lèvres brunies trahissait son état de crise ; il semblait même lutter contre l'envie de pleurer.

Inquiet, Jonathan se redressa et marcha jusqu'à ses côtés, hésitant de poser sur lui quelque geste qu'il soit.

« Zach, ça va pas ? » lui demanda-t-il d'un ton déconcerté.

« Pas vraiment… »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Je sais plus... » commença-t-il, irrité. « Ça va un peu mal chez moi. Mes parents s'engueulent à tout bout de champ. Je suis écoeuré! En plus, je viens de me disputer avec mon père… »

« Ah… Je suis désolé. Ça va sûrement s'arranger assez vite, inquiète-toi pas! »

« Je sais pas trop... De toute façon, laisse tomber, j'ai juste envie d'oublier tout ça, d'accord? Ça te dirait qu'on y aille tout de suite ?"

« Bien sûr, si tu veux... » répondit-il rapidement, avant d'emboîter le pas de Zach qui retournait déjà vers la route.

Ils observèrent un parfait silence durant quelques minutes, puis entamèrent une nouvelle conversation, qui portait principalement sur la fête d'Alice, ce qui redonna à Zachary son habituel sourire. Bientôt, les rires fusèrent, alors que les deux garçons traversaient le petit village. Ils parvinrent enfin au café dont Zachary lui avait tant parlé et entrèrent rapidement, souhaitant abandonner au plus vite les rayons brûlants du soleil de midi.


Alice était une fille vraiment bien, d'après ce que pouvait voir Jonathan. Dès que Zachary et lui avaient franchi la porte de sa maison, elle s'était montrée d'une gentillesse exemplaire et d'une excitation mal dissimulée. Jonathan conclut que c'était la fête qui la mettait dans un tel état et n'en fit aucun cas. Alors que les deux garçons l'aidaient à installer des tables et des chaises sur le terrain, elle bombardait le blond d'une foule de question, avec un intérêt dont celui-ci n'avait jamais fait l'objet auparavant. Zach se contentait d'écouter, plaçant quelques commentaires ici et là, mais sans plus.

« Dis-moi, Jonathan, pourquoi tu préfères la ville ? »

« Heu... À vrai dire, je préférerais de loin vivre ici, à la campagne. La ville c'est bruyant, sale, plein de monde, alors qu'ici c'est tellement calme et paisible! »

« C'est vrai? Moi j'échangerais bien ma place avec toi, tu sais! Je voudrais tellement vivre en ville! »

Bientôt la conversation devint plus personnelle, et Zach se fit de plus en plus silencieux.

« Tu as une petite amie, Jo? Tu permets que je t'appelle comme ça? »

« Pas de problème. Non, je… Non. » Il risqua un coup d'œil vers Zachary, qui détourna subitement le regard.

« Sérieux? C'est fou, ça! »

« Pourquoi au juste? » demanda l'intéressé, perplexe.

« Ben je sais pas… T'es un gars sympa! N'est-ce pas, Zach? Oh, allez, aide-moi avec cette table, s'il te plaît. »

Zachary jeta un regard noir à la jeune fille, avant de soulever un côté de la table qu'elle lui indiquait. Il semblait un peu fâché contre elle, et en même temps plein de complicité. Jonathan n'y comprenait plus rien. Il eut la vague impression que la lueur dans ses yeux était le reflet d'une jalousie dissimulée. Peut-être était-il attiré par Alice, et jaloux de la voir discuter aussi franchement avec Jonathan ? Ou alors… peut-être…


Les invités se présentèrent bientôt à la demeure d'Alice et, rapidement, la propriété se retrouva bondée de jeunes personnes prêtes à s'amuser. Jonathan, qui n'avait jamais été invité dans une telle soirée, se trouvait quelque peu mal à l'aise, mais tout le monde s'avéra si cordial envers lui qu'il se laissa enfin aller. Si bien que, très vite, il se retrouva avec un certain niveau d'alcool dans le sang, chose qui lui était encore étrangère, à se trémousser dans le jardin aménagé en piste de danse.

Bien qu'il ne se soit jamais autant amusé de sa vie, il ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur en apercevant Zachary près de la galerie, le dos appuyé au mur, semblant totalement ennuyé. Jonathan n'hésita pas un instant avant de délaisser la foule dansante pour le rejoindre. Il se dirigea vers lui d'un pas titubant, les effets de l'alcool lui montant à la tête ; d'ailleurs, celle-ci tournait maintenant si vite qu'il se sentit perdre momentanément l'équilibre et s'effondra dans l'herbe fraîche.

Il parut s'écouler une éternité avant que des mains ne se referment autour de sa taille pour l'aider à se redresser. Chancelant, il lui fallut s'accrocher aux épaules qui se trouvaient à ses côtés, alors qu'il était guidé vers l'intérieur. Il n'avait pas besoin de lever les yeux pour savoir qui s'occupait ainsi de lui. Il percevait cette odeur si singulière qui caractérisait Zach, et cette douce chaleur qu'il n'avait pas suffisamment l'occasion de savourer.

« Ben dis donc, tu y es pas allé doucement avec l'alcool… » lui dit Zach, sans reproche, un sourire amusé sur les lèvres. Pour simple réponse, Jonathan grogna en s'agenouillant sur le carrelage. Sa tête s'entêtait à se prendre pour une machine à laver, alors que la nausée se faisait de plus en plus pesante. Zachary s'assit sur le rebord de la baignoire, son regard bienveillant fixé sur le blond.

« Ça va passer, fies-toi sur moi. »

« Ah… Je pense que… je boirai plus jamais d'alcool. » marmonna Jonathan, le visage moite de sueur.

Un rire chaleureux emplit la pièce, puis Zach glissa sur le plancher pour s'asseoir aux côtés de Jonathan.

« C'est toujours ce qu'on dit! » renchérit-il, mais son commentaire fut accueilli par une vague de vomissure qui se déversa dans la toilette. Il posa une main sur l'épaule du blond en guise de soutien moral et attendit patiemment. Jonathan, bien qu'en piteux état, se sentit soudainement plus léger en sentant la main de Zach monter et descendre sur son dos, en une caresse presque sensuelle.

Quand la crise fut passée, Jonathan s'adossa au mur de la salle de bain, toujours assis à même le sol. La pièce semblait toujours tournoyer faiblement, mais la nausée s'était atténuée, laissant place à une grande fatigue. Zachary lui tendit une serviette humide qu'il utilisa pour refroidir son visage brûlant et nettoyer les dernières traces de vomissures qui cernaient sa bouche. Il soupira et rejeta la tête en arrière, les yeux clos.

« J'ai vraiment fait une connerie, Zach... » se lamenta-t-il.

« Ben non, ça arrive à tout le monde. Perso, j'étais encore en âge de jouer à la cachette quand ça m'est arrivé la première fois. »

« Hum… n'empêche que mon oncle et ma tante vont me faire tout un discours, s'ils me voient rentrer comme ça! »

« T'as qu'à venir chez moi ce soir. Je les appellerai pour leur dire que tu es épuisé et que tu t'es endormi devant la télé. » répondit le brun, un sourire complice sur les lèvres. Jonathan releva soudainement la tête et ouvrit les yeux, l'indice d'un sourire sur les lèvres.

« Vraiment ? Merci, Zach… »

« Pas de problème. »

Un silence s'installa entre les deux. Sans trop se questionner sur ce qu'il faisait, Jonathan appuya sa tête contre l'épaule de Zachary. Celui-ci sembla un peu tendu sur le moment, mais bientôt il glissa un bras puissant autour des épaules frêles de Jonathan.

Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, sans que l'un deux ne fasse le moindre mouvement. Jonathan, les yeux clos, parfaitement immobile, semblait endormi depuis un bon moment. Zachary le fixait d'un air contemplateur et indécis. Il osait à peine respirer, pour ne pas réveiller l'être paisiblement endormi contre son corps. Bientôt il n'y tint plus et toucha de sa main libre la joue de Jonathan, qui entrouvrit immédiatement les yeux.

« Jo ?! Je... Je te croyais endormi… » balbutia le brun, surpris, gêné.

Jonathan gémit péniblement en se redressant, les deux mains plaquées contre ses tempes. Apparemment, son mal de tête n'avait pas diminué d'intensité.

« Aïe… » fit-il simplement, d'une voix ensommeillée. Il ne semblait pas avoir remarqué le geste de Zachary, ni le rouge vif sur ses joues.

« Allez, je te ramène à la maison, O.K ? Ça ira mieux demain matin… » conclut le brun, hésitant.


Jonathan s'éveilla d'un coup sec et se redressa. C'était encore le milieu de la nuit. Il ignorait comment il s'était retrouvé dans ce lit, vêtu d'un t-shirt rouge qui lui était inconnu. Il nagea dans la confusion plusieurs minutes avant de se rappeler les événements de la veille, et il conclut enfin qu'il devait se trouver dans la chambre de Zachary, ainsi que dans son chandail apparemment. Sa tête semblait peser plus d'une tonne, ce qui expliquait qu'il ne se questionne pas trop longuement sur la façon dont le vêtement s'était retrouvé sur son dos. D'ailleurs, peut-être était-ce mieux ainsi.

Un bruissement tira Jonathan de sa confusion. Il se traîna jusqu'au bord du lit pour trouver, sur le sol, un Zachary tendrement endormi sur des coussins épars, un drap fin recouvrant son corps jusqu'à la hauteur de l'abdomen, son torse nu exposé à la tiédeur de la nuit. Jonathan sentit son pantalon devenir soudainement plus étroit, et il préféra se recoucher pour ne pas se laisser tenter par la douce image de rêve qu'il venait de savourer. Il ne pu cependant se résigner à oublier ce qu'il venait de voir, et son imagination ne lui laissa aucun répit. La tentation devenait insupportable. Sans réfléchir, Jonathan se retrouva assis sur le sol, près de Zachary qui sommeillait toujours aussi paisiblement.

Ses cheveux sombres étaient en bataille, et de longues mèches tombaient devant ses yeux clos, alors que d'autres s'enroulaient autour de ses oreilles… Son torse se bombait faiblement, ponctuant chaque respiration… Ses lèvres étaient entrouvertes et invitantes... Jonathan ne savait plus où donner de la tête. Ce devait être un rêve . . . Seuls le désir qui pulsait dans son pantalon et son coeur qui battait la chamade lui prouvaient que cet instant était bel et bien réel.

Jonathan détourna le regard. Si rien ne se produisait bientôt pour le distraire de la tentation, il commettrait un geste qu'il ne se pardonnerait peut-être jamais. Zachary, endormi, n'aurait pas conscience du baiser. C'était facile… trop facile. Dans l'espoir de le voir s'éveiller, Jonathan murmura le nom de Zachary. Il savait qu'il n'aurait pas le courage de l'embrasser si l'autre était pleinement conscient de ce qui se passait. Son geste n'eut cependant pas l'effet escompté. Au lieu de s'éveiller, Zachary remua faiblement les lèvres en un murmure incompréhensible. Le blond resta quelques secondes à fixer le visage serein de Zach, puis se pencha au-dessus de lui pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres. Son coeur parut exploser de plaisir, et un frisson de désir parcourut son dos. Il en voulait plus, tellement plus. Mais cela aurait été imprudent.

Il recula vivement, à la fois fier et surpris par sa propre initiative, mais une main s'était enroulée autour de son poignet, le retenant fermement. Il eut un hoquet de surprise et s'arrêta net, le regard figé sur Zachary qui le fixait également, adorablement confus. Affichant enfin un faible sourire amusé, Zachary le relâcha et se passa une main dans les cheveux, les ébouriffant davantage par la même occasion.

« Quelle heure il est ? », demanda-t-il d'une voix encore veloutée de sommeil.

« Heu… 'Sais pas... »

Jonathan observa l'autre garçon avec attention. Un soupçon de remord s'insinuait en lui. Il souhaitait que son ami n'ait pas eu connaissance du baiser, ou du moins qu'il n'aperçoive pas la bosse gênante de son pantalon. Plus que tout, il désirait que cette amitié survive et s'épanouisse, et voulait oublier tout ce qui venait de se passer. Il était prêt à ranger au plus profond de son esprit les fantasmes qu'évoquait en lui la présence de Zachary. Tout, pourvu qu'il n'en soit pas fini de cette amitié, de cette idylle pourtant sans issue possible. Il désirait également percer le mystère du sourire moqueur qu'arborait Zachary, en cet instant même. Jonathan aurait tout donné pour savoir ce qu'il signifiait. Se moquait-il de lui? Non, pas Zachary, impossible…

« Quoi ? », s'entendit-il enfin dire, sa voix brisant le lourd silence qui régnait soudainement dans la pièce.

« T'es complètement saoul, Jo! » se moqua Zachary, en le poussant de façon amicale. « Retourne donc te coucher. »

« Je ne suis pas saoul ! », renchérit Jonathan, faussement outré. « Pourquoi tu dis ça ? »

« Et toi, pourquoi tu m'as embrassé ? », demanda l'autre homme d'un ton qui ne dissimulait pas totalement son amusement.

Jonathan sentit son visage s'enflammer littéralement, et ne pu s'empêcher de détourner le regard. Les mots qu'il tenta d'exprimer en guise d'explication se perdirent dans sa bouche et sortirent en un amas de syllabes entremêlées et indéchiffrables. Son balbutiement fut accueilli d'un faible rire de Zachary. Si Jonathan en croyait son imagination un peu trop débordante, ce rire était empreint d'une nervosité qu'il n'avait jamais vue auparavant chez Zachary.

« Allez, retourne te coucher, Jo. On en reparlera demain matin... »

Le blond se résigna et grimpa de nouveau sur le lit, sans mot dire. Il se glissa sous les couvertures et laissa échapper un faible soupir. Il ne pu retrouver le sommeil avant plusieurs dizaines de minutes, trop préoccupé par ce qui venait de se produire. Par le silence qui régnait dans la pièce, il jugea inutile de s'adresser à Zach, croyant à tort que ce dernier s'était déjà assoupi.


Lorsque Jonathan fut tiré du sommeil, la pièce était déjà brillamment éclairée. Des rayons de soleil pénétraient faiblement à travers le tissu diaphane des rideaux. Les yeux toujours étroitement fermés, Jonathan se coucha sur le dos et prit une profonde inspiration, massant ses tempes du bout des doigts. Il lui fallut un moment pour que les événements de la veille ne lui reviennent en mémoire, mais dès l'instant où ils refirent surface, il fut pris de honte. Il souhaita que tout n'ait été qu'un pénible cauchemar et qu'il n'avait pas posé ce geste qui aurait sans aucun doute des conséquences catastrophiques sur son amitié avec Zach.

Une pression sur le matelas lui fit ouvrir les yeux. La vision qui lui apparut alors fut celle de Zachary qui se penchait lentement au-dessus de lui, un doigt placé devant ses lèvres pour lui intimer le silence. Jonathan eut le souffle coupé durant de longues secondes, attendant le prochain geste de son ami. Au contraire de ce que son imagination lui suggérait, Zachary ne franchit pas la distance qui les séparait maintenant. Il murmura de courtes indications à Jonathan; sa voix semblait pressante et nerveuse.

« Salut, Jo. Allez, debout… On doit partir d'ici et dès maintenant… »

Jonathan trouva étrange cette attitude. Il ne comprenait pas très bien ce qui se passait, mais il ne renchérit pas et suivit les ordres de son ami sans se plaindre. Lorsqu'ils furent parvenus à l'extérieur, se faufilant hors de la maison avec une vigilance qui donna à Jonathan l'étrange impression de commettre un délit, il se retourna vers le brun, l'air déboussolé. La fine brise matinale qui caressait son visage lui procurait un certain calme, mais à l'intérieur, il était en prise avec une profonde incompréhension. Zachary hocha la tête avant même qu'il n'eut dit quoi que ce soit et l'entraîna loin de la maison, sans dire un mot.

Enfin, alors qu'ils s'enfonçaient dans la forêt sans but apparent, le blond s'impatienta et tourna son regard vers Zachary, fronçant les sourcils.

« Zach, c'est quoi tout ça ? Qu'est-ce qui se passe, enfin? »

Le brun observa un moment de silence qui trahissait son malaise, puis répondit :

« Écoute… C'est pas tout le monde qui a des parents cool comme ta tante et ton oncle… Si mon père t'avait vu… »

Il ne termina pas sa phrase, mais le regard qu'il jeta à Jonathan sur ces mots n'avait rien de rassurant. Jonathan se résigna à ne pas trop insister sur la question, mais ne put s'empêcher bien longtemps de demander :

« Je comprends pas trop… Tu as pas le droit d'inviter des amis chez toi? » demanda Jonathan, mais il se sentit stupide dès l'instant où les mots eurent franchi ses lèvres.

« Hm… Non, c'est pas vraiment ça… Enfin, tu sais qu'on s'entend très mal lui et moi… »

« Oui, et pourquoi, au fait? » demanda Jonathan, profitant de l'opportunité qui s'offrait à lui pour élucider ce mystère.

« Il… », commença Zachary, mais il ne put terminer sa phrase que par un grognement de frustrations. Il semblait combattre une rage intérieure qui grondait en lui. « Il en ferait pas tout un cas si t'étais une fille ! » s'emporta soudain Zachary, se préoccupant peu de l'étendue de ses mots.

« Heu… », hésita Jonathan, ne sachant pas comment interpréter cette déclaration. Il continua de fixer Zach, l'air perplexe, tentant de déchiffrer les paroles du brun. « Qu'est-ce que tu veux dire? »

Zachary évitait son regard, c'était plus qu'évident. Il semblait avoir découvert un soudain intérêt pour le caillou qui gisait près de son pied et ne le quittait plus des yeux.

« Enfin, Jo, ouvre les yeux, bon sang… »commença le brun, passant une main nerveuse dans ses cheveux. Il lui jeta un regard timide, mais étincelant... de désir? Il paraissait si adorablement embarrassé que Jonathan aurait tout donné pour trouver en lui-même la force et le courage de s'approcher et de l'assaillir d'un baiser fougueux. Comme s'il lisait dans ses pensées, Zachary commença à s'approcher et, cette fois, son regard ne vacilla pas une seule fois. Jonathan se retrouva adossé au tronc d'un grand pin, la main de Zachary exerçant une légère pression sur son torse pour l'y retenir.

« Pourquoi m'as-tu embrassé, cette nuit ? » demanda-t-il dans un murmure décidé.

« Je… Je sais pas… J'en avais envie, je crois… » avoua Jonathan, retenant son souffle.

« Est-ce que… hum… ça t'a plu ? »

Le teint de Zachary prit une teinte rosée. Celui de Jonathan vira au rouge vif. Il ne parvint pas à répondre quoi que ce soit, mais l'intensité de son regard sembla parler pour lui. Zachary ferma les paupières et se pencha sur ses lèvres, les embrassant avec une hésitation palpable.

Un incroyable frisson parcourut le corps de Jonathan. Répondant au baiser, il passa les mains derrière la nuque de Zach, approfondissant le baiser. Il en voulait plus… Alors qu'il voulut forcer le passage avec sa langue, l'autre homme le repoussa légèrement. Ouvrant les yeux, Jonathan perçut une soudaine panique dans les yeux cuivrés de Zachary. Il fronça les sourcils en le voyant reculer vivement.

La terreur qui emplissait les yeux de Zach se noya bientôt dans un flot de larmes. Sa détresse soudaine fut comme une entaille dans le cœur de Jonathan. Le brun se recroquevilla sur lui-même, serrant fermement sa tête entre ses doigts. Des sanglots étouffés parvenaient aux oreilles de Jonathan; il se sentait si impuissant face à cette situation qu'il ne comprenait même pas.

Il s'avança lentement et s'agenouilla près de son camarade, cherchant les mots pour le réconforter. Mais son esprit restait noir, vide ; il n'y résonnait que les pleurs timides de Zach. Il n'osait pas le toucher, ne serait-ce que pour poser une main amicale sur son épaule. Après tout, le dernier contact physique qui s'était établi entre eux s'était avéré une véritable catastrophe…

« Qu'est-ce que t'as, Zach…? » risqua-t-il enfin.

« J'aurais jamais du faire ça, c'était juste stupide. Vas-t'en. S'il te plaît. » dit-il en essuyant brusquement ses larmes, alors qu'il se redressait furtivement.

« Quoi ? » s'étonna Jonathan, perplexe, en se relevant également. « Non, je vais rester ici jusqu'à ce que tu m'aies expliqué ce qui se passe. »

« Je t'expliquerai rien, je t'ai demandé de partir, » répliqua le brun d'un ton affreusement dur.

Les entrailles de Jonathan se serrèrent douloureusement à ces mots glacials. Où était donc passé le Zachary si doux et calme qu'il connaissait ? Il devait se cacher très profondément au fond de son âme, car Jonathan n'en percevait même plus l'existence. Mais il entreprendrait le plus dangereux périple, affronterait les plus rebutants obstacles, simplement pour retrouver l'ancien Zach, celui dont il était, malgré lui, tombé amoureux.

« Je veux juste t'aider, Zach. Je peux pas comprendre si tu m'expliques rien. »

« Va-t'en », insista Zach, froidement. « Ou sinon c'est moi qui pars, Jonathan. »

« C'était juste un baiser, rien d'autre qu'un simple baiser! » répliqua celui-ci en dernier recours. Il oublia rapidement son choix de ne pas le toucher et agrippa d'une main ferme l'épaule de Zach, qui se crispa et se dégagea brusquement. Il lança au blond un regard qui se voulait menaçant et commença de s'éloigner. Le cœur de Jonathan était réduit en ruines, mais il ne comptait pas abandonner si facilement. Il poursuivit son ami - car il l'était encore, malgré tout - et l'intercepta en l'attrapant par le bras.

En un éclair, il se retrouva pour la seconde fois adossé au tronc d'un arbre. Seulement, cette fois-ci, le geste n'avait rien de sensuel; il était brutal. Jonathan resta silencieux; il était pourtant habitué à subir ce genre de traitement, mais pour la première fois ses yeux s'emplirent de larmes. Zachary le menaçait du regard, et ses doigts serraient si fort ses fragiles épaules que ses jointures s'en trouvaient blanchies.

Ils restèrent ainsi, immobiles, se défiant du regard, pendant un temps qui parut incalculable. Puis, au fond du regard de Zachary, Jonathan décela un éclat timide, au delà de la colère et du désir qui, contre les dires du brun, continuait d'illuminer ses yeux d'ambre. Cachée derrière ce torrent d'émotions brillait la peur. La peur qui était là au départ, quand Zach s'était arraché à leur étreinte. Soudain, les pièces du casse-tête tombèrent en place, sans que Jonathan puisse comprendre pourquoi ni comment. Il se rappela les paroles de Zach à propos de son père et la façon dont ils avaient quitté la maison, sur la pointe des pieds, pour passer inaperçus. C'était donc la peur de son père qui se reflétait dans ses yeux magnifiques et qui poussait Zachary à repousser inlassablement Jonathan.

« C'est à cause de ton père, c'est ça? » demanda le blond avec une audace qui le surprit lui-même.

« Mêle pas mon père à ça », renchérit Zach d'un ton presque implorant.

« Pourquoi t'as peur de lui ? » insista Jonathan d'une voix doucereuse.

« J'ai pas peur de lui », mentit-il calmement, fronçant les sourcils.

« Oui, tu as peur. Ça se voit dans tes yeux, dans ta voix… dans ton attitude. Qu'est-ce qu'il t'a dit ? »

« Rien! », s'entêta Zachary.

« Alors, qu'est-ce qui t'empêche de m'embrasser encore ? » Un sourire espiègle vint se dessiner sur le visage du blond. « Zach… embrasse-moi… touche-moi, j'en ai envie… »

« Arrête, je t'en prie… » le coupa Zachary, le suppliant. Un faible sourire s'était malgré lui accroché à ses lèvres. Apparemment, Jonathan avait touché une corde sensible.

« Qu'est-ce qu'il ferait, s'il savait ce qu'il y a entre nous ? » interrogea le blond, reprenant aussitôt un air sérieux.

Zachary marqua un silence. Son sourire s'était effacé, et il évitait de croiser le regard de Jonathan. Soudainement, il soupira longuement, puis secoua doucement la tête.

« J'aurais droit à la raclée de ma vie. »

« Voyons, tu exagères… »

« Non, Jo! » s'exclama-t-il avec colère. « Il est vraiment strict là-dessus. Tu le connais pas, il serait prêt à tout pour m'empêcher de revoir un autre garçon. »

« Revoir ? Un autre ? », le coupa Jonathan, haussant les sourcils.

Zachary sourit timidement, et ses joues s'embrasèrent littéralement. Il glissa une main dans ses cheveux, libérant par la même occasion l'épaule droite de Jonathan. Jonathan continua de le fixer, exigeant une réponse.

« Heu… Ouais… Je suis… L'été dernier… Ben… Tu veux vraiment que je te parle de ça maintenant ? »

Jonathan eut un petit rire, puis secoua la tête. De toute façon, la réponse était évidente. Un nouveau silence se faufila entre les deux garçons. Enfin, Zachary ouvrit la bouche et risqua timidement :

« Jonathan… c'est vrai ce que t'as dit ? »

« Hum... À propos de quoi, exactement ? »

« Que tu voulais que… je… » La phrase resta suspendue à ses lèvres, mais la main dorée qui caressait timidement le cou de Jonathan parla d'elle-même. Le blond ne pût que hocher la tête faiblement. Son esprit était trop embrumé pour lui permettre de formuler ne serait-ce que quelques mots cohérents et, à vrai dire, il n'était plus sûr de savoir comment parler.

Zachary posa son autre main derrière le dos de Jonathan et l'attira vers lui. Leurs lèvres se scellèrent en un tendre baiser, et leurs langues se rencontrèrent pour la première fois, se livrant à un duel intense, un corps à corps rapproché, une danse sensuelle et diablement exquise...

Les genoux flageolants, Jonathan se sentit projeté tout droit au septième ciel. Soudainement, même le paradis lui semblait à portée de main. Les lèvres de Zachary se séparèrent des siennes, pour suivre une nouvelle trajectoire le long de sa mâchoire, semant sur leur passage de brefs baisers brûlants. Sa bouche s'arrêta à quelques centimètres de l'oreille de Jonathan, qui pouvait sentir sur la peau frissonnante de son cou un souffle chaud, hésitant.

« Jonathan... », lui murmura Zachary à l'oreille, envoyant des ondes de plaisir dans tout son corps. « Je... hum… Écoute, c'est pas que je... Ben, je dois rentrer... Je suis vraiment désolé... » Une certaine déception transperçait dans sa voix rauque.

« Ah... Heu... » parvint à marmonner Jonathan. « C'est pas grave, je t'assure… »

Zachary sourit dans son cou et en embrassa furtivement la peau tendre. Il se redressa et plongea un regard mielleux dans celui de Jonathan.

« Rejoins-moi au Lac d'Argent, ce soir… À minuit, ça te va? » Jonathan ne put s'empêcher de sourire en voyant l'expression de Zachary, un mélange d'anticipation et d'espièglerie.

« Bien sûr... », répondit-il simplement, cachant la curiosité qui s'emparait de lui. Il brûlait de savoir ce que Zach avait en tête, exactement.

« À ce soir, alors… », conclut Zachary, déposant un nouveau baiser rapide sur les fines lèvres du blond avant de courir dans la direction opposée.


Après avoir fait les cent pas dans sa chambre pendant plus d'une heure en attendant l'heure convenue, Jonathan sortit de la maison. Il ne s'était jamais senti aussi nerveux de toute sa vie; ce n'étaient pas des papillons qui volaient dans son estomac, mais des canards, ou peut-être même quelque chose d'encore plus gros. Il avait plus de vingt minutes d'avance, mais il se dirigea tout de même vers la rive du Lac d'Argent, espérant que l'air frais du lac lui permettrait de se calmer avant l'arrivée de Zachary. Il se tint debout sur la rive, observant la lune qui baignait le décor d'une lueur brumeuse. Soudain, un bruit dans les arbres environnants le surprit hors de ses pensées; apparemment, quelqu'un venait de trébucher maladroitement.

« Jo, c'est toi? » Bien qu'il ne parvenait pas à le voir, Jonathan reconnut aisément la voix de Zachary.

« Oui! Qu'est-ce tu fais? », s'étonna Jonathan, sans même s'efforcer de dissimuler sa surprise.

Zach ne répondit rien, mais Jonathan reçut aussitôt un t-shirt devant le visage. Avant qu'il n'ait pu le retirer, Jonathan entendit des éclaboussures dans le lac et le rire chaleureux de Zachary. Lorsqu'il retrouva sa vision, Zachary nageait sur le dos dans les eaux noires du lac endormi, en le fixant du regard.

« Je voulais aller nager avant que t'arrives... » expliqua-t-il. « Mais t'es arrivé plus tôt que je pensais. »

« Heu, ouais... Je pensais pas te trouver ici si tôt. »

« Tu viens me rejoindre? »

Jonathan figea sur place. Les yeux écarquillés, il bredouilla quelques mots incompréhensibles, avant d'être coupé par le rire de Zachary.

« Oh, allez! Fais pas ton timide, pas avec moi! » continua le brun, la voix teintée d'un sourire.

« Ouais, mais... Je... J'ai pas mon maillot, tu vois? »

« Je sais… », répondit Zachary avec le ton innocent d'un petit garçon. Seulement, l'idée derrière tout ça ne pouvait avoir absolument rien d'innocent.

Jonathan se mordit la lèvre inférieure pour tenter de se faire une idée. Il avait l'habitude d'agir raisonnablement, trop raisonnablement même, mais cette fois il était tenté de faire des folies. C'était Zachary qui le rendait fou. Lui et le fait qu'il l'attendait à quelques mètres seulement, très probablement entièrement nu…

« Tu peux te dévêtir dans les bois, Jonathan. Je te regarde pas, ne t'inquiète pas! », dit Zach sur un ton plaisantin, avec l'intention mal dissimulée de se moquer.

« Bon... Ok, mais c'est bien parce que c'est toi qui le demande... », répondit Jonathan avant de se cacher dans les sous-bois. Ayant à peine fait quelques pas, il trouva les vêtements de Zach, suspendus aux branches d'un buisson. Il y laissa tomber le chandail que Zach lui avait lancé, puis ses propres vêtements. Il attendit quelques secondes, nu, tentant de réunir tout son courage. La voix de Zachary retentit alors dans le silence :

« Jo?! Tu fais quoi, là? Besoin de mon aide? », plaisanta-t-il, tentant apparemment de contenir son impatience.

« Très drôle, Zach… » répondit Jonathan sur un ton sarcastique. Il s'approcha de la rive lentement, restant caché du mieux qu'il le pouvait derrière le tronc d'un arbre. Il devinait le regard de Zachary qui tentait de le reluquer au travers de la végétation et de la noirceur. Intimidé, il fut tenté de faire marche arrière, mais se ravisa. « Maintenant, tu fermes les yeux, Zachary. Et tu les ouvres pas tant que je te dis pas ok... OK? »

« Ouais, ouais », accorda Zachary en riant, avant de fermer les yeux.

Jonathan se dépêcha d'atteindre le lac et s'avança dans l'eau peu profonde, puis se laissa glisser dans les profondeurs. L'eau était plutôt froide, mais c'était agréable, étant donné l'étouffante humidité qui régnait sur la campagne cette nuit-là. Il rejoignit Zachary et l'observa d'un regard scrutateur. Il avait toujours les yeux fermés, ce qui lui rappela comment il l'avait embrassé dans son sommeil à peine quelques heures plus tôt. Cette fois, il se fichait éperdument de ce qui pouvait arriver, ils étaient libres et complètement seuls.

« Heu… je peux les ouvrir, là? » intervint Zach, brisant le cours de ses pensées.

« Non », répondit le blond, le plus simplement du monde. Ce n'était plus par gêne, mais bien par audace.

« Mais... » commença le brun, confus. Mais Jonathan l'empêcha de poursuivre en scellant leurs lèvres de nouveau. Ce fut un baiser chaste, qui voulait simplement l'inviter au silence.

« Chut… » Ne pouvant plus contenir son désir, Jonathan fit courir ses lèvres sur le cou basané de son amant, puis dans le creux de son épaule, de sa clavicule. Il leva les yeux pour observer son amant, qui avait les yeux toujours clos et souriait timidement. Ses mains restaient immobiles à ses côtés; il laissait à Jonathan le droit de découvrir son corps. Non, ce n'était pas un droit, mais bien un privilège. La peau de Zachary avait l'arôme le plus délicat que la bouche de Jonathan n'eut jamais goûté.

Après avoir laissé des petits baisers sur chaque parcelle de peau des épaules de Zachary, il l'étreignit passionnément. Le rapprochement des deux corps permit à Jonathan de prendre conscience de l'effet qu'avaient eu ses baisers sur la virilité de Zachary. Extrêmement gêné, il ne put s'empêcher de sourire en le voyant se mordre la lèvre inférieure au contact de leurs érections. Jonathan décida qu'il était peut-être temps d'autoriser Zachary à ouvrir les yeux avant de le rende complètement fou.

« Zach, ouvre les yeux... »

Ce dernier obéit rapidement et soutint le regard du blond, enlaçant ses bras autour de sa taille. Ils restèrent ainsi pendant un long moment, baignant dans le clair de lune, leurs corps entremêlés et leurs regards soudés l'un à l'autre. Les yeux ambrés de Zachary semblaient percer les siens et y lire tous ses plus profonds secrets. Finalement, Zachary déposa sur ses lèvres un autre baiser furtif et recula en nageant, aspergeant Jonathan à l'aide de ses pieds. Celui-ci ne put s'empêcher de riposter en éclatant de rire, et une guerre d'eau éclata au milieu du lac jusque-là tranquille.

Après s'être pris un bon nombre de bouillons et avoir avalé des litres et des litres de l'eau du lac, Jonathan leva le bras pour demander une trêve. Zachary continuait de sourire sournoisement en effectuant des cercles autour de lui, alors qu'il tentait de reprendre son souffle. Il s'arrêta soudain pour contempler le ciel, et Jonathan suivit son regard juste à temps pour apercevoir une étoile filante illuminer le ciel. Profitant de l'inattention de Zach, il flotta jusque derrière lui et enroula ses bras autour de son cou. Déposant un baiser dans ses cheveux, il laissa une main vagabonder sur son torse, observant les traits de son visage si paisible.

« T'as fait un voeu? » l'interrogea Jonathan en murmurant à son oreille.

« Hm… oui. J'en ai fait deux, en fait. » Il resta silencieux quelques secondes, puis reprit : « Le premier, ce serait de voir mon père enfin accepter que je sois pas comme il voudrait... »

Jonathan sourit et posa délicatement ses lèvres sur la joue humide de son amant. « T'inquiète pas, il va bien finir par digérer... » répondit-il pour le rassurer. Voyant qu'il n'avait pas l'intention de relever ce dernier commentaire, il poursuivit :

« T'as fait un deuxième voeu? C'est bizarre, ça... »

« Ben... Oui. Il s'est déjà réalisé, en plus. »

« Vraiment? C'était quoi? »

« Que tu me surprennes comme ça par derrière... Pas que c'est une position désagréable, mais je te croyais pas si vite en affaires, » dit-il sur un ton de plaisanterie, ne semblant pas gêné le moins du monde.

Jonathan rougit violemment. Il n'y avait pas songé, mais il était vrai que cette position était franchement éloquente. Cette perspective n'avait pas du tout effleuré son esprit. Embarrassé, il ouvrit la bouche pour parler, mais aucun mot ne franchit la limite de ses lèvres. Devant son silence, Zachary éclata de rire.

« Jo, ça va? Je te taquine, tu sais? », parvint-il à répondre entre deux éclats de rire.

« C'est pas drôle, Zach... » répondit Jonathan d'un ton faussement agacé. « Dis-moi pas que tu me crois capable de te sauter dessus comme ça, sans ton autorisation? » continua-t-il.

Zachary eut un petit rire et tourna la tête pour croiser le regard de Jonathan. « Bien sûr que non. Je blaguais. En passant... t'es vraiment très mignon quand tu te fâches… » Il leva la main pour caresser doucement la joue du blond. Jonathan rit doucement, mais ne put s'empêcher de rougir. Afin de ne pas laisser Zach s'en rendre compte, et aussi parce que l'envie se faisait ressentir, il embrassa ses lèvres entrouvertes. À ce moment-là, tout semblait si parfait que jamais Jonathan ne se serait douté des difficultés qui les attendaient au cours des vacances.


Dans la chambre où il logeait depuis les début des vacances, Jonathan semblait absorbé par la lecture d'un épais roman, mais la façon dont ses sourcils étaient froncés trahissait son absence de concentration. En vérité, son esprit était bien loin de l'univers fictif de son bouquin et se portait plutôt sur la fiction de sa propre relation avec Zachary. Il s'en était presque persuadé : tout avait dû n'être qu'un rêve, une pure invention de son subconscient. Une semaine exactement s'était écoulée depuis cette nuit qu'ils avaient partagée au Lac d'argent… et Zach s'était pratiquement volatilisé. Une simple conversation téléphonique était tout ce qui s'était établi entre les deux, et ils n'y avaient échangé que quelques banalités.

Jonathan posa brutalement son livre sur la petite table de chevet et s'appuya lourdement contre le mur à la tête du lit, laissant échapper un long soupir de frustration. Qu'avait-il fait de travers? Peut-être que Zachary s'était simplement joué de lui et de ses sentiments... Jonathan ne put réprimer un grognement lorsque cette idée traversa son esprit. Puis, il se rappela la façon dont Zach lui avait parlé de son père et de la situation des plus hostiles qui les unissait. Il eut un pincement au cœur… et s'il s'était passé quelque chose de grave? Il fut tenté de se jeter sur le combiné téléphonique pour s'assurer qu'il allait bien, mais sa colère et sa dignité l'en retinrent.

Colère, remords, inquiétude, pitié... Zach le mettait dans tous ses états.

Soudain, la sonnette retentit, claironnant dans toute la maison. Les bras croisés fermement sur son torse, Jonathan se cala sur son lit, écoutant avec un sourd espoir les pas de sa tante se dirigeant à l'entrée pour ouvrir à cet invité qu'elle devait sans doute attendre. Il entendit le murmure vague et lointain des voix… La conversation s'éternisant, il retira ses lunettes et les déposa à leur tour sur la table de chevet, choisissant de se coucher tôt. De toute façon, à quoi cela lui servait-il de continuer de s'inquiéter ainsi à propos de son... ami? Ne représentaient-ils pas plus que cela l'un pour l'autre?

Il retira son T-shirt, éteignit la lumière et s'étendit sous les couvertures chaudes, trop paresseux pour prendre la peine d'enlever son jeans. Ne souhaitant pas entendre les bribes de conversation de sa tante et de son invité, ni le martèlement de la pluie sur les carreaux, il posa sur ses oreilles les écouteurs de son lecteur de disque et se laissa bercer, les yeux clos, par la musique qui en provenait.

Il plana quelques minutes sur le rythme saccadé d'une musique populaire. Tout à coup... Silence. La musique avait subitement cessé. Blâmant les piles de son appareil, Jonathan fronça les sourcils et tendit la main vers son disc-man, une expression de mécontentement peinte sur le visage. Là où il croyait trouver l'appareil, il rencontra une peau satinée qui lui fit ouvrir subitement les yeux. Sa main reposait sur celle de Zachary qui, accroupi à son chevet, maintenait un doigt sur la touche d'arrêt.

« Zach! », hurla Jonathan en écarquillant les yeux. La surprise du moment apaisa sa colère l'espace de quelques secondes, mais celle-ci revint rapidement à la charge. « Qu'est-ce que tu fais ici? » dit-il un peu plus discrètement, mais d'un ton sec et glacial.

« Heu... Ta tante m'a laissé entrer. Elle m'a dit que tu étais dans ta chambre... Excuse-moi de t'avoir réveillé comme ça... » Il se releva et tourna le dos à Jonathan, la tête basse.

« Je dormais pas encore... » Il passa ses mains sur ses yeux, machinalement, comme au réveil, remit ses lunettes en place, et regarda Zachary de nouveau. La vision fut plus qu'agréable. Zachary était trempé de la tête aux pieds, ses vêtements mouillés lui collant à la peau, moulant les courbes de son corps musclé. Ses cheveux foncés adhéraient à sa nuque, tombant en mèches humides et suintantes.

« Est-ce que... t'es fâché contre moi? », demanda Zach, toujours tourné de façon à ne pas faire face à Jonathan. Celui-ci se leva et s'approcha de Zachary par derrière, gardant toutefois une certaine distance.

« Je suis pas fâché… Désolé d'avoir été si dur… Mais... tu m'as manqué... Pourquoi t'es devenu si distant, tout à coup? » demanda-t-il, tentant de réprimer les restes de sa colère. Zach maintint sa tête penchée vers l'avant, dans une attitude de regret. Il soupira en passant une main sur son visage, comme pour y essuyer l'eau ruisselante.

« J'ai pas voulu, ok? Je t'ai déjà dit comment mon père prenait la chose... Je pouvais pas me permettre de lui laisser avoir des doutes... » Il s'arrêta un moment, puis secoua la tête. « Ça a plus aucune importance, de toute façon... Je suis désolé, Jo... Pour mon attitude envers toi… Je sais que c'est impardonnable, mais... je te demande pardon quand même, c'est tout ce que je peux faire. Tu m'as manqué aussi... » Sa voix s'était abaissée jusqu'à n'être qu'un murmure, mais cela suffit à Jonathan, qui enlaça ses bras autour de la taille de Zachary. Ce dernier sembla souffrir au contact ainsi établi, et il se libéra péniblement de l'étreinte. Jonathan fronça les sourcils à ce détachement inattendu.

« Qu'est-ce qui t'arrive? »

Pour toute réponse, Zach secoua la tête et passa de nouveau une main sur son visage. Jonathan le contourna pour lui faire face et fut surpris de voir des traces humides plus saillantes sous ses yeux, des larmes se mêlant à la pluie encore fraîche sur son visage.

« Zach? Ça va pas? » Son ton se fit plus inquiet devant le silence obstiné du brun.

« Je sais pas quoi faire... » commença Zach, sa voix tremblante sous l'effet de la trop forte émotion. « J'ai plus nul part où aller... Mon père, il... il m'a mis à la porte, Jo... »

Ce fut un choc tel que Jonathan crut perdre la faculté de respirer convenablement. Le père de Zachary avait donc appris à propos de leur relation et avait mi sa menace a exécution? Une boule de remords se forma au creux de sa gorge.

« ? Comment il a pu savoir? Est-ce que c'est toi qui le lui as avoué? »

« Tu es cinglé? Je lui ai rien dit… Je sais pas comment il a pu savoir... » Sa phrase fut coupé par un sanglot étouffé. Jonathan s'avança et le prit dans une douce étreinte, son torse nu frissonnant contre le tissu mouillé et glacé du chandail de Zachary. Sans altérer leur position d'un millimètre, il recula tranquillement vers le lit, entraînant Zach à sa suite. Ils s'y laissèrent tomber, et Zach se pelotonna contre Jonathan. Son corps était secoué de sanglots, et il pleurait en silence dans le cou du blond. Le souffle chaud et rapide sur la peau pâle de Jonathan lui donnait des frissons.

Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'aucun ne prononce un seul mot. L'atmosphère était lourde, chargée d'une tension presque électrique. Zach laissa ses larmes couler pendant un moment, puis commença à se calmer, apaisé par la présence rassurante de son amoureux tout contre lui. Jonathan releva soudain la tête pour regarder Zachary, une lueur d'infinie attention dans le regard.

« Tu trembles... » dit-il, caressant d'une main distraite le dos de Zach. Celui-ci leva vers lui ses yeux aux reflets cuivrés et esquissa un faible sourire.

« Oui, je... J'ai un peu froid... » expliqua-t-il, souriant timidement. Ses joues rosirent suffisamment pour que Jonathan le remarque. Sa gêne subite, ajoutée à son charme habituel, lui donnait un air absolument adorable.

« Pas étonnant... Tu es trempé... » Un tendre sourire se dessina sur les lèvres de Jonathan alors qu'il commençait à retirer le pull-over de Zachary, leurs regards fixement soudés l'un à l'autre. Ses doigts effleurèrent la peau dorée du jeune homme, qui fut parcouru d'un nouveau frisson. Une fois le vêtement encombrant jeté au sol, Zach appuya sa tête sur le torse nu du blond et soupira. Jonathan prit gentiment son menton entre ses doigts et lui releva légèrement la tête.

« Inquiète-toi plus, maintenant... Pour ce soir, tu peux rester ici… »

« Je... »

« Chut... Je t'en dois une… » l'interrompit Jonathan, avant d'avancer la tête pour déposer un baiser sur ses lèvres entrouvertes. Sa langue s'y glissa avec une tendresse exceptionnelle, et Zach répondit bientôt au baiser avec autant de douceur.

Lentement, comme pour ne pas brusquer les événements, Jonathan fit rouler Zachary sur le côté et se retrouva au-dessus de lui, sans rompre le baiser. Leurs langues se séparèrent seulement lorsque Jonathan quitta les lèvres de Zach pour suivre la courbe de son cou. Ce dernier renversa la tête en arrière pour lui offrir un peu plus de cette peau douce et laissa échapper un soupir d'aise, se détendant enfin un peu. Jonathan prit ceci pour un signe lui intimant de poursuivre; il fit courir sa langue sur son torse, encore parcouru de légers tremblements, puis descendit sur son abdomen en laissant des baisers langoureux. Entrouvrant les yeux, il s'arrêta net: au niveau des côtes de Zachary se trouvait une blessure saillante, bleuie, comme s'il avait reçu un coup puissant. Rapidement, il repéra de similaires marques sur ses bras et sa poitrine. Le souffle coupé, il cessa de bouger, fixant les contusions d'un air incrédule. Après un moment, Zach redressa la tête, alerté par la soudaine immobilité de Jonathan.

« Zach... », commença Jonathan en un murmure. « Qu'est-ce qui t'es arrivé? »

Celui-ci ferma les yeux et laissa tomber sa tête lourdement sur l'oreiller. La façon dont sa poitrine se soulevait, si rapidement, trahissait sa panique. Jonathan se positionna à nouveau au dessus de son visage et plaça une main sur sa joue, ses doigts traçant de petits cercles sur sa peau de satin doré.

« Dis-moi… C'est lui qui t'a fait ça? C'est ton père? »

Après un moment d'hésitation, Zach répondit d'un petit hochement de tête. Il paraissait abattu, faible comme un petit garçon malgré sa carrure impressionnante. Jonathan glissa ses bras derrière son dos et l'enlaça, le berçant gentiment comme pour le calmer. Ses doigts glissèrent dans sa chevelure humide, alors qu'il se penchait vers son oreille pour murmurer faiblement :

« Il te fera plus jamais de mal maintenant... Je suis là... »

« Oui, mais... C'est ma faute, j'aurais dû... », commença le brun, sa voix de nouveau tremblante.

« Es-tu sérieux? Tu crois vraiment que tout ça est de ta faute? » Zachary referma les yeux et tourna la tête sur le côté, un léger soupir franchissant la barrière de ses lèvres. « Zachary, écoute-moi. Il a pas le droit de te traiter d'une telle façon... On fait absolument rien de mal, il a pas le droit de réagir ainsi, et surtout pas de te toucher... Pas comme ça... »

Il déposa de doux baisers sur sa joue, son épaule, sa clavicule, comme pour tenter d'effacer les blessures que cet homme horrible avait laissées sur son fils. Zachary ouvrit alors les yeux et leva un regard attendri vers lui.

« Jonathan... Merci… »

« Merci? Pour quoi? »

« Juste... pour être là. Beaucoup de personnes m'auraient laissé tomber pour pas être mêlées à mes emmerdes... »

« Je te laisserai pas tomber... » murmura Jonathan, enfouissant son visage dans son cou pour y déposer un nouveau baiser.

« Je sais... »

« Est-ce que c'est ce qui s'était passé? », demanda Jonathan d'une voix quelque peu hésitante. « Avec cet... cet autre gars... »

Zachary eut un sourire en coin et leva un sourcil. « Jaloux? »

« Oh! Zach, je suis sérieux! »

« Je le suis aussi. Tu es jaloux? »

Jonathan observa un court moment de silence pour réfléchir, évitant de regarder dans les yeux cuivrés qui semblaient le traverser et percer à jour tous ses secrets. « Dans un sens, oui... » admit-il. « Je suis pas vraiment jaloux que ce... type... »

« Alex... », le coupa Zachary.

Jonathan ferma les yeux et secoua la tête, comme sous l'emprise d'un incontrôlable dédain. « ...Je voulais pas savoir... »

Zach ne put résister à l'envie de pouffer de rire, ce qui lui valut une petite session de chatouilles. Se tordant de rire sous les doigts fins de Jonathan sur son abdomen, il finit par n'en plus tenir et le fit pivoter pour reprendre le dessus. Les deux retrouvèrent rapidement leur calme et Zachary replaça délicatement en place les mèches de cheveux blonds qui encombraient le visage du garçon au dessous de lui.

« Tu disais donc...? »

« ...Que je suis jaloux que tu aies fait plus de… de choses que... que moi… »

Zachary répondit à la remarque par un air mi-amusé, mi-confus. « Des choses…? »

« Tu le fais exprès... Tu sais de quoi je parle! », insista Jonathan.

Zach eut un petit rire enfantin; il cessa un moment d'enrouler les mèches de cheveux blonds autour de ses doigts. « Sexe? »,demanda-t-il simplement, la tête inclinée, un sourire au coin des lèvres. Jonathan hocha la tête pour approuver et tourna son visage légèrement sur le côté.

« Écoute, Jo... Bon, je peux évidemment pas le nier, mais... » Jonathan roula les yeux pour toute réponse, mais Zach ramena son visage vers le sien pour lui faire face. « …c'était tellement différent qu'avec toi tout me paraît nouveau... »

Jonathan ne put s'empêcher de sourire devant le soudain romantisme dont son amoureux faisait preuve, mais ne put répondre verbalement, les seuls mots sensés que son esprit parvenait à former restant coincés dans sa gorge.

« Jonathan... » Zachary posa ses lèvres sur les siennes, doucement, les effleurant, comme s'il s'agissait de la première fois qu'elles se rencontraient. « Jonathan, je... Je t'aime... »

Ces trois petits mots, tellement simples et pourtant particulièrement lourds de sens, résonnèrent dans
l'esprit de Jonathan qui, pendant un moment, perdit l'usage de la parole. Jamais ces mots ne lui avaient été adressés. Et jamais il n'avait cru qu'il serait aussi difficile de les prononcer à son tour. Bien évidemment, il aimait Zachary, il l'adorait même. Mais le dire à haute voix impliquait tant de choses dont il était soudainement incertain. D'abord, était-il parfaitement sincère, ou n'était-ce qu'un banal désir charnel qui, à en juger par le membre dur qui pulsait contre son jeans, n'avait rien d'innocent? Jonathan se blâma d'avoir de telles idées, mais le doute l'envahissait avec une telle force qu'il écrasait tout raisonnement logique.

Devant son silence obstiné, Zachary releva la tête et plongea son regard dans celui du blond, une lueur de
crainte dans ses yeux cuivrés. Les joues légèrement empourprées, il secoua la tête et détourna le regard, tentant d'éviter de croiser celui de Jonathan.

« Heu… dé…désolé. » marmonna-t-il, avant de se redresser complètement. À genou sur le matelas, il passa nerveusement une main dans sa chevelure puis se gratta la nuque, comme il le faisait toujours lorsqu'il était embarrassé.

Jonathan ferma les yeux quelques secondes, se traitant d'imbécile pour n'avoir osé rien dire, puis s'assit en
tailleur pour regarder son amant. Il lui fallait à tout prix réparer cette erreur idiote.

« Zach, je… »

Il avala difficilement lorsque l'autre garçon leva vers lui ses yeux clairs, affichant un air blessé et confus.

« Je sais, tu es pas amoureux de moi, j'ai entendu ça plus d'une fois. » dit le brun, d'un ton blessé et presque colérique.

« Zach, écoute-moi s'il te plaît… J'ai juste été surpris, je… J'ai eu peur, d'accord? Peur que tu sois pas
sincère en disant ça, ou pire encore, que tu sois sincère en croyant m'aimer, mais que tu réalises par après
que ça avait rien à voir avec de l'amour, ou alors que tu…»

« Jo, tu penses beaucoup trop » le coupa Zachary, un sourire amusé tirant au coin de sa bouche. Le blond
lui rendit un faible sourire sans vigueur et détourna la tête.

« Et puis, de toute façon, qu'est-ce que c'est, l'amour, pour toi? »

« L'amour? » Zachary haussa les sourcils et se traîna jusqu'à la tête du lit, où il appuya son dos contre le mur. Il se plongea un instant dans une profonde réflexion, cherchant les mots convenables pour exprimer
exactement ce qu'il ressentait. « L'amour, c'est… c'est ce désir d'être avec la personne qui nous plaît, à
toute heure du jour ou de la nuit. Qu'elle le soit ou pas, peu importe, car on sait qu'un lien unique nous
unit, et de toute façon, le seul fait de penser ou de rêver à elle, ou plutôt à lui, enfin… juste d'y penser on se
sent mieux, plus rien nous atteint. L'amour c'est se sentir libre, tout en étant dépendant de l'autre, de ses
manies, de ses odeurs, de ses gestes, de ses paroles… Tout ce temps qu'on a passé ensemble, cette autre
nuit au Lac d'argent, où j'étais libre de partir à tout moment… J'étais comme enchaîné, prisonnier de ta
simple présence. C'est… C'est à peu près ça, l'amour pour moi. » Il débitait son discours, les yeux perdus
dans le vide, comme si plus rien autour n'existait, comme si personne, pas même Jonathan, ne pouvait
entendre. Et pourtant, chaque mot qu'il prononçait était une partie de son cœur qui lui était pour la
première fois dévoilée. Il parut soudain revenir sur terre et jeta à Jonathan un regard timide, ses joues prenant une teinte rosée.

Jonathan ressentit un soudain malaise face à cette situation. Comment avait-il pu douter de l'amour de
Zach? Il s'agenouilla et prit la main de ce dernier dans la sienne, son regard soudé à leurs doigts entremêlés.

« Zach… C'est trop peu pour exprimer ce que je ressens, mais… Je t'aime aussi. Plus que n'importe qu… »

Les derniers mots de sa déclaration rebroussèrent chemin lorsqu'une paire de lèvres pulpeuses se collèrent
aux siennes. Zachary délia leurs doigts et fit courir ses mains sur le torse toujours nu de Jonathan, le
poussant doucement pour l'étendre sur le matelas.

« C'est tout ce que je voulais entendre… » murmura Zach contre les lèvres du blond, avant de procéder à
un baiser plus approfondi et passionné. Leurs poitrines collées l'une à l'autre, Jonathan pouvait sentir le
rythme accéléré des battements de cœur de Zachary contre le sien. Les mains auxquelles il avait tant rêvé
glissèrent sur ses flancs et se placèrent sur ses hanches. Ils brisèrent le baiser pour reprendre leur souffle et
Zach posa son front sur la poitrine de Jonathan. Le temps sembla se suspendre. Jonathan commença à se demander si quelque chose ne tracassait pas le brun lorsque celui-ci aventura une main sur sa cuisse,
l'autre suivant la bordure de son jeans pour rejoindre la fermeture éclair. Jonathan ferma les yeux comme
pour figer ce moment dans sa mémoire, tout en savourant chaque frisson de plaisir qui parcourait son corps,
alors que les doigts satinés de Zachary frôlaient le bas de son abdomen et que la paume de l'autre main
caressait sa cuisse, descendant puis remontant vers l'intérieur de ses jambes.

« Si je vais trop vite, ou trop loin, tu me le d… »

« Non, continue » le coupa Jonathan, un peu trop rapidement. Le rire silencieux du brun laissa échapper un
souffle chaud dans son cou. Pendant qu'ils échangeaient ces quelques mots, Zachary avait adroitement
abaissé la fermeture éclair et parcourait du bout des doigts l'élastique du caleçon de Jonathan, le faisant frémir légèrement sous l'attente.

Jonathan se sentit rougir lorsque les doigts habiles de Zachary franchirent la limite de ses sous-vêtements,
glissant lentement entre le tissu et sa peau, pour atteindre l'érection qui le tiraillait depuis un long moment
déjà. Il cambra le dos légèrement au contact de la main satinée qui l'enserra délicatement, entamant un
mouvement de va-et-vient plus ou moins rapide, mais Zach posa une seconde main sur son ventre pour le
maintenir en place. La respiration du blond se fit de plus en plus rapide au fur et à mesure que Zach
accélérait la cadence de ses caresses, lui soutirant bientôt de faibles murmures inaudibles. Sur le point
d'atteindre l'extase, Jonathan se mordit la lèvre inférieure, mais ne put réprimer totalement les
gémissements qui s'échappaient de sa gorge. Entendant ces bruits qui leur vaudraient très certainement
d'attirer l'attention de la tante Sandra, Zachary s'empressa d'embrasser fougueusement Jonathan, contraignant ce dernier au silence par le fait même. Les cris de jouissance du blond se perdirent dans la bouche de Zach, qui retira peu de temps après sa main humide du pantalon de Jonathan. Puis, il s'étendit à ses côtés, l'enlaçant par la taille et appuyant sa tête contre son épaule, pour écouter son souffle saccadé reprendre tranquillement son allure naturelle. Jonathan se retourna enfin vers Zachary et déposa un rapide baiser sur sa joue, avant d'enfouir son visage dans le repli de son cou.

Après un bref moment de calme, Jonathan fit basculer Zachary sur le dos en se maintenant au-dessus de
lui, ses lèvres effleurant la peau dorée de sa gorge, qu'il se mit soudainement à suçoter avidement. Zachary
se dégagea difficilement de ses lèvres et secoua la tête.

« Jonathan… Ça va laisser une… une marque. »

Comprenant immédiatement ce que cela impliquait, Jonathan se mit à caresser de sa langue l'endroit
qu'il suçait précédemment, comme pour effacer ce qu'il venait de faire, bien qu'il n'y avait encore aucune
trace visible. Ses mains frôlèrent la poitrine ferme et musclée du corps au-dessous du sien, avant de
rejoindre le pantalon encore trempé de Zachary. Alors qu'il entreprenait, d'une façon beaucoup plus
maladroite et inexpérimentée que son amant, de défaire sa braguette, sa langue parcourait plus agilement déjà le haut de son corps, suivant la courbe de son cou.

Quand il vint à bout de la fermeture éclair, tâche d'ailleurs plus ardue qu'elle ne l'avait semblé au départ, il
fit glisser lentement le vêtement glacial le long des cuisses basanées de Zachary, découvrant petit à petit
une paire de longues jambes finement musclées. Après avoir disposé du pantalon et des chaussettes de
Zach, qui n'avait pas prononcé un mot depuis le début de son petit manège, Jonathan remonta vers ce dernier en laissant des sillages de petits baisers tout au long de sa jambe. Il hésita en arrivant à la hauteur des boxers que portait Zachary.

Comme s'il avait compris la nature de l'hésitation de Jonathan, Zachary se rassit et plaqua sa bouche contre
celle de Jonathan pour un nouveau baiser fougueux. Il le fit s'allonger de nouveau, et colla son corps
maintenant quasiment nu contre le sien.

« Laisse moi faire… » commença le brun, en un murmure sensuel près de son oreille. « Mais… cette fois,
essaie d'être discret. » Il étouffa un rire plaisantin avant de laisser ses lèvres chatouiller la peau pale du cou
de Jonathan, puis de son torse. Jonathan ne répondit pas à la remarque, mais eut un léger sourire timide, que
Zach ne peut cependant pas voir. Ce dernier descendait dangereusement bas sur son abdomen et commençait à tirer sur son jeans déjà défait. Rapidement, Jonathan se retrouva en caleçon, et Zachary
répétait le même petit jeu que Jonathan avait joué plus tôt, embrassant avidement ses jambes. Il effectua la même série de caresses pour lui retirer son caleçon, mais cette fois son ascension fut vers l'entrejambe de Jonathan. Sentant le souffle rapide sur son sexe, Jonathan releva la tête avec surprise pour y voir le visage de Zach, perché au dessus de lui, ses yeux cuivrés le scrutant comme en attente d'un signal d'approbation.

« Je saurai pas être discret si tu fais ça… » dit Jonathan, d'un ton à la fois gêné et amusé.

Zachary jeta un bref coup d'œil à la porte fermée, puis haussa les épaules.

« Fais de ton mieux, alors. Je peux plus me contrôler » lança-t-il, lui adressant un bref clin d'œil. Puis il l'engloutit entièrement, sa langue massant lentement la verge durcie. Jonathan se raidit immédiatement, ses doigts agrippant les draps avec frénésie, mais bientôt le mouvement lent et régulier de la langue chaude de Zach l'apaisèrent et il se détendit enfin. Pour peu de temps. Les allées et venues que la bouche de Zachary effectuait sur son érection accélérèrent, et il se tendit au fur et à mesure qu'il se sentait approcher de l'orgasme. Orgasme qui devait rester muet, secret, comme l'intégralité de leur relation. Il jouit donc en silence, sa respiration haletante, mais sans cri de plaisir. Zachary se glissa jusqu'à l'oreiller et se blottit contre le corps brûlant de Jonathan.

Jonathan fixa longuement son amoureux, étendu contre son flanc, semblant plongé dans un sommeil
profond, les yeux clos et la respiration lente. Il était conscient que lui seul avait eu du plaisir et le regrettait
amèrement. D'un autre côté, ça le gênait particulièrement... Il n'avait absolument aucune expérience
dans ce domaine, alors que Zach était si doué… Enfin, Zachary ouvrit un œil et leurs regards se
croisèrent immédiatement. Jonathan rougit en songeant qu'il attendait sans doute quelque chose de lui. Zachary embrassa alors délicatement ses lèvres rosées, un simple baiser, innocent et doux, puis se décolla aussitôt.

« Te sens pas obligé… » déclara Zachary, comme s'il comprenait ce à quoi il était justement train de
penser. Un sourire tendre sur les lèvres, il caressa tendrement les cheveux blonds et défaits de son amant. « Je suis pas pressé, ça peut attendre… »

« Oui, mais… » marmonna Jonathan, embarrassé, en évitant de croiser le regard du brun.

« Je t'assure, allez… Je t'enseignerai tout ça plus tard, c'est tout. »

Jonathan le regarda, mi outré, mi confus, en haussant un sourcil à cette dernière remarque des plus
étranges. Mais Zach se mit à rire doucement en prenant sa main dans la sienne. « Tu prends vraiment tout
au sérieux. » se moqua-t-il en l'entraînant vers lui.

Jonathan ne dit rien, sachant pertinemment qu'il s'était encore une fois fait avoir par une des plaisanteries
douteuses de Zach. Il posa sa tête sur la poitrine ferme de son ami et se détendit en sentant la main de ce
dernier caresser son dos d'un mouvement distrait. Il ne put s'empêcher de se remémorer la déclaration que
lui avait fait Zachary plusieurs minutes plus tôt, et tout ce que lui-même n'avait pas eu le temps de lui dire.

« Zach, tu crois au destin? »

« Hm… En partie. Pourquoi? »

« Pour savoir… » Silence. « Et aux âmes sœurs, tu y crois? »

La poitrine de Zach émit une douce vibration alors qu'il riait silencieusement.

« C'est quoi, ces questions, Jo? »

Jonathan sourit avec amusement, tout en caressant de sa joue la peau dorée de Zach.

« Laisse tomber, je sais plus ce que je dis… » murmura-t-il en laissant ses paupières s'abaisser.

Il sentit Zachary déposer un baiser dans ses cheveux, puis l'entendit murmurer : « Bonne nuit, Jonathan… » avant de sombrer dans un sommeil sans rêve. Pour la première fois dans toute son existence, il eut cette impression que le rêve se terminait juste au moment où il s'assoupissait.