Disclaimer : Plus ils sont malades mentaux, mes persos, et plus je suis fière de dire qu'ils sont à moi.

I shout.

C'est même pas de la tristesse. Une sorte de mélange pâteux entre de la culpabilité et de la sérénité. Une once de regret, aussi, peut-être. Rien de bien grave.

Un mélange pâteux et pas bien homogène, d'ailleurs. Parfois il tombe sur une sorte de grumeau vachement amer qui lui passe pas. Ca, c'est la partie culpabilité, faut croire. C'est con. C'est pas sa faute, à ce qu'il paraît. Il s'en fout un peu des rumeurs. Ca l'a jamais vraiment atteint. Ca vole pas haut, il les entend même pas. Y'a rien de pas naturel dans ce qu'il fait.

Il écoute juste.
Oh, rien d'intéressant.
Le tic tac de l'horloge.

L'écho douloureux au fond de son ventre. Ou quelque chose qui y ressemble. Une envie de gerber, quelque part dans sa gorge, peut-être. Peut-être pas. Il fronce les sourcils, se pose la question, comme ça, pour voir, et c'est quoi ce truc, là, qui gigote dans sa tête ? Ca lui semble vaguement familier, quelque chose qui remontrait à sa tendre enfance, il sait plus trop.

Tic tac.
Et le silence dans la pièce.
Lugubre ?
Marrant, il aime bien ça.

La pièce ? Quelle pièce ? Un souffle qui lui caresse le visage, un soupir, un petit ricanement satisfait, une plainte, la dernière, ça fait du bien quand c'est fini. Il balance ses jambes dans le vide, assis sur la table de jardin dans la véranda, moitié dehors, moitié dedans, jamais bien défini, comme toujours. Juste ce petit goût de manque qui l'emmerde, le taquine, le tiraille, le nargue, il essaie d'ignorer mais c'est dur.

Tant pis.

Il regarde dehors, le soleil qui se couche, bientôt c'est sûr on verra les étoiles. Une silhouette au fond de la cour, une ombre qui grimpe sur le mur, saute de branche en branche sur l'arbre, atterrit au sol comme un chat. Ou un renard. Peut-être un esprit de la forêt ?

Ca serait marrant tiens.
Il lui dira, à l'occasion.

Il s'approche, souple et silencieux, presque vaporeux. Il a pas besoin de deviner qui c'est, il le sait déjà. Plus grand et plus gracile à la fois. Cheveux en pétard dans le vent. Reflet doré et glacial sur le médaillon qu'il porte autour du cou.

Il se lève, le rejoint. Sourire provocateur. Coup de poing vengeur vite évité. Avec juste le bruit de l'air en mouvement.
Et le tic tac incessant de la pendule du salon.

Comme pour lui rappeler le temps qui s'arrête jamais.

Pas un mot, un coup d'oeil dans la pièce et ça y est on s'en va. Ou bientôt. Ils sont pas pressés. Petit regard impressionné, il y a pas été de main morte, c'est pas beau à voir, et le nouvel arrivant tressaille même pas. Chapeau. C'est là qu'on voit les habitués.

Ou les pros.
Ou les deux.

Encore ce goût de bile qui remonte et gigote désagréablement. Il regarde en arrière, méchamment, accuse en silence le responsable de ses maux. Crache. Renifle de mépris. Ouais, ça va vite passer.

Il se sent pas forcément mieux qu'avant. Juste calmé. Pas spécialement satisfait. C'était pas une jouissance. Juste un instinct de survie. Il se mordille consciencieusement la lèvre inférieure, le sang perle, ça il aime. Il le lèche. L'autre le regarde. S'approche. Le retient d'une main sur les hanches. Lui mord la bouche et recueille le liquide vermillon qui s'en échappe. Qui brille même dans la nuit.

Pas besoin de savoir que c'est par pure gourmandise.
L'amour c'est pas leur truc.
Ca veut rien dire.

Il s'éloigne, d'un pas, ou deux, en rythme avec l'horloge. Bruit métallique de la lame qui rencontre la table. Il s'étire, soupir de bien-être, ignore les protestations de ses muscles endoloris. Trop contractés. Pas habitués.

Et le sang poisseux qui lui colle aux mains encore. Il les tend à l'autre. Qui les lèche. Avidement. Il a soif ? Il a toujours soif. Comme un feu qui lui brûle dans le gosier. Il va chercher un verre dans l'armoire, la bouteille de jus dans le frigo. Lumière trop crue qui lui donne mal aux yeux. L'autre accepte la boisson. L'avale d'un trait. Ca le fait sourire. Il fait pareil, un peu pour chasser ce goût de bile, un peu pour remettre les pieds sur terre.

C'est pas facile d'escalader les murs avec la tête qui tourne.
Et encore moins avec des boulets aux chevilles.
Mais ça il l'admettra pas.

Ils sont pas pressés, y'a que le tic tac régulier et tranquille pour leur rappeler que le temps est pas infini. Qu'il leur est compté. A plus ou moins long terme.

Il regarde dehors, ce soir c'est pleine lune. Drôle de présage. C'est un jeudi douze aussi. Il est un peu en avance sur le calendrier. Haussement d'épaule incertain. Il s'en fout. Les chats noirs sont ses préférés. Les échelles le font rire. Pourquoi jouer les superstitieux ?

Il glisse jusqu'à la porte-fenêtre grande ouverte sur la nuit. Parfum de nature. Là, quelque part, loin. Vachement tentant. Silence de plomb. A croire que tout s'est arrêté. Sans l'horloge il l'aurait cru. Il veut pas être demain.

Les grumeaux se font plus espacés. Il aura toute la vie pour les sentir s'agiter dans son ventre. Le dernier explosera le dernier jour. A l'aurore. C'est comme ça qu'il le veut. L'autre le rejoint, debout derrière lui. Sans le toucher. Surtout pas le toucher. Il est trop froid, ils risqueraient de rester collés. Fondus. Dans la glace. Celle de leur haine.

Ils sortent, ferment la porte. Dehors, c'est pareil qu'à l'intérieur. Faut partir, marcher plus loin. C'est là qu'il se sentira mieux. L'autre lui sert de guide. Il connaît le chemin. C'est pas long. Y'en a pour quelques heures, pas plus. Juste le temps d'arriver là-bas, ça sera demain.

Il veut pas vraiment que le soleil se lève à nouveau. Il a un peu peur. Non. C'est de l'appréhension, plutôt.

Demain, c'est le jour où il est né.
En rêve.

Il aime pas ça. C'est fictif. Ca sert à rien. Compter les années, un deux trois soleil. Si tu bouges, t'es mort.

Ca tombe bien.
Demain, c'est le jour où il est mort.
Où il va renaître.
Ou mourir à nouveau.
Il sait pas trop.

Il marche, escorte les constellations. La petite ourse. L'étoile polaire. Il suit, sans se poser de question. Les questions, ça encombre. L'amertume aussi. Il veut se faire tout léger pour suivre son guide sans se fatiguer.

Pour être porté comme un souvenir heureux.
Ou comme le pire des regrets.

Ecoutez-moi quand je hurle !