Bonjour à tous!

À tous les lecteurs de Rêves d'été, je vous souhaite un très joyeux Noël à l'avance! Voici une petite suite qui, je l'espère, vous fera revivre l'aventure de Zachary et Jonathan avec le même plaisir qu'autrefois! C'est mon petit cadeau pour noël cette année, un petit cadeau pour vous et moi! Pour vous remercier, entre autres, de m'avoir autant encouragée à continuer d'écrire, malgré les moments interminables pendant lesquels je vous faisais languir… J'espère poster un chapitre par jour, à partir d'aujourd'hui jusqu'au 26 décembre… Si tout se passe comme prévu!

Notez bien que cette histoire est une suite à mon histoire Rêves d'été. Si vous ne l'avez pas déjà lue, je vous encourage à le faire avant de lire celle-ci, sinon vous ne comprendrez pas grand chose.

Sur ce, bonne lecture!

Rêves d'hiver

Chapitre 1 – Vendredi 21 décembre

Le ciel commençait déjà s'assombrir malgré qu'il n'était que dix-sept heures trente. La forêt enneigée avait la morne teinte grise caractéristique des soirs d'hiver. Car dans ce coin reculé de la campagne québécoise, l'hiver ne prenait pas son temps pour installer ses couleurs sur le paysage. Les phares de la voiture illuminaient le chemin que tous deux connaissaient par cœur. La route était glissante et ils progressaient lentement. Soupirant d'impatience, Zachary osa jeter un regard vers François, concentré sur la route. L'homme eut cependant conscience de l'impatience du garçon à ses côtés et eut un sourire engageant.

« Alors, comment te sens-tu? »

« Nerveux… Je suis impatient, mais en même temps… je n'ai aucune envie que ce moment n'arrive. À quelle heure arrivent-ils déjà? »

« Ils ont dit vers dix-huit heures trente, mais tout dépend des conditions routières… Faut dire qu'avec cette neige… »

« M'ouais… »

« Qu'est-ce que tu vas lui dire? »

Un nouveau soupir. « Je n'en ai pas la moindre idée. »

La voiture s'engagea dans le stationnement de la grande demeure où vivaient François, Sandra et Zachary depuis l'été dernier. Après une journée de travail qui avait parue interminable aux yeux de Zachary, les deux hommes descendirent de la Jeep et échangèrent un dernier regard avant de retourner vers la demeure. L'air était froid, mais le vent leur offrait une trêve plus que bienvenue. Devenu très paternel depuis quelque temps envers leur locataire, François posa une main gantée sur l'épaule du jeune homme, dont les cheveux sortaient en mèches rebelles d'une tuque visée un peu de travers.

« Tout ira bien. Il sera heureux de te voir. »

« Ah, tu crois? »

Un sourire réciproque et ils poussèrent la porte pour entrer dans l'antre chaleureux de la demeure familiale. Au même moment, Sandra, l'épouse de François, sortait de la cuisine pour porter les couverts vides sur la table de la salle à manger.

« Salut, les hommes. Passé une belle journée? »

« Moi, ça va. Par contre, le jeune nous fait la très classique crise d'angoisse de l'amoureux transi. Très réussie, je dois dire. »

« Sympa, Frank, » fit Zachary en grimaçant. Il lança un regard suppliant à Sandra, espérant qu'elle saurait se montrer plus encourageante.

« Oh, pauvre amour. Rien à craindre, tu es beau comme un cœur. Allez, enlève tout ça et viens m'aider. »

Levant les yeux au ciel avec un sourire amusé, Zachary se mit en devoir de retirer tuque, mitaines, foulard, bottes et manteau, et de les remettre à leur place dans le placard de l'entrée. Puis il monta les escaliers deux par deux pour aider à mettre la table. Il aimait ces deux drôles d'oiseaux qui avaient accepté de partager leur intimité avec lui depuis déjà plusieurs mois. Une fois les couverts placés, il descendit jusqu'à sa chambre pour s'arranger un peu. Devant la glace, il se regarda quelques minutes, essayant de remarquer les changements qui s'étaient opérés depuis la dernière fois qu'il avait vu Jonathan, à la fin de l'été dernier. Son visage était plus mûr, lui semblait-il. Une barbe naissante lui donnait un air un peu rebelle, mais il n'avait pas le temps pour un rasage. Il coiffa un peu ses cheveux droits, plus longs que l'été précédant et toujours aussi indomptables. Il parfuma son cou d'un soupçon d'eau de Cologne et remonta à l'étage pour rejoindre Sandra et François.

À peine quelques minutes s'écoulèrent avant que la sonnerie ne retentisse, interrompant la discussion en cours. Le cœur de Zachary s'arrêta presque de battre et il sentit sa poitrine oppressée. Ne sachant plus où donner de la tête, il se contenta de suivre François et Sandra qui, réjouis, s'étaient élancés vers la porte d'entrée. N'attendant pas qu'on leur ouvre la porte, les parents de Jonathan entrèrent avec des sourires rieurs. Le père de Jonathan portait une grande valise à la main. Comme chaque année, la petite famille passerait tout le temps des fêtes dans ce petit coin de campagne qu'ils appréciaient tant, loin de leur métropole grise et bruyante. Ignorant les salutations et les étreintes qu'échangeaient les adultes devant lui, Zachary tendit le cou pour apercevoir Jonathan. Son cœur se remit alors à battre, mais à un rythme dangereusement effréné. Jonathan était plus beau que jamais. Ses cheveux blonds avaient été coupés très courts, lui donnant un air beaucoup plus mature. Il semblait avoir perdu du poids, même s'il était déjà très mince dans les souvenirs de Zachary. Son visage était moins rond, ses joues plus creuses. D'après l'absence de lunettes sur l'arrête de son nez, Zachary devina qu'il avait finalement opté pour les lentilles cornéennes, révélant plus franchement toute la beauté de ses yeux gris. Lorsqu'il revint sur Terre, Zachary remarqua que quelque chose clochait. Un détail immense. Dans la main de Jonathan se trouvait celle d'une jeune fille. La surprise était totale pour tous, qui ne purent s'empêcher de la dévisager quelques secondes. Sandra fut la première à se ressaisir.

« Oh, mais quelle surprise! Tu nous présentes, Jonathan? »

Elle descendit quelques marches et serra la main de la jeune fille, qui lui offrit son plus beau sourire.

« Sandra, François, voici Émilie. Ma petite amie. »

Même s'il ne le laissa pas transparaître, Zachary se sentit tomber en morceaux. Pour ne pas perdre pied, il s'accouda à la rambarde avec nonchalance. Il eut une soudaine envie de disparaître à travers le plancher. Surtout lorsqu'il croisa le regard d'une froideur indéchiffrable de Jonathan, qui le regardait d'en bas. Après les présentations en règle, François se tourna vers Zachary et lui sourit avec malaise avant de reporter son attention sur les invités.

« Et le jeune homme en haut, c'est Zachary. Il vit avec nous pour une période indéterminée et nous l'avons invité à se joindre à nous pour les fêtes. Zach, je te présente Chantale et Raymond, les parents de Jonathan. »

« Enchanté, monsieur, madame… »

Il se pencha courtoisement, s'efforçant de sourire le plus naturellement possible. Les salutations terminées, les derniers arrivés finirent de retirer leurs vêtements d'hiver et rejoignirent les autres dans la salle à manger. Déjà, une odeur succulente hantait la pièce et les estomacs n'y restèrent pas indifférents. Seul Zachary semblait n'avoir aucun appétit.

Pendant le repas, Zach en profita pour détailler sans la moindre vergogne la jeune fille assise aux côtés de Jonathan. Les cheveux du même blond que son petit ami, coupés un peu sous les épaules, les yeux bleus, le teint clair, mince, quelques centimètres de moins que Jonathan, des vêtements plutôt sobres. À peu de choses près, on aurait dit l'équivalent féminin de Jonathan. Et pourtant, Zachary la détestait déjà. Il ignorait comment il pourrait la supporter tout ce temps. Sa façon de regarder Jonathan l'exaspérait au plus haut point. Il se sentait irrité chaque fois qu'elle faisait vibrer l'air de son rire suraigu d'écolière. Mais surtout, il la détestait de former une telle barrière entre Jonathan et lui. Comment pourrait-il faire renaître leur passion avec cette sotte continuellement dans les parages? Désespéré, il toucha à peine à son assiette.

Calé dans sa chaise, Zachary se demandait ce qu'il faisait là. Était-ce vraiment sa place? Les adultes discutaient entre eux de l'autre côté de la table, Jonathan et Émilie parlaient à voix basse en face de lui. En les regardant, il eut envie de baisser les bras, mais sur le point de se lever pour retrouver sa chambre, il se rappela la promesse qu'il s'était faite. Coûte que coûte, il réussirait à réveiller le cœur de Jonathan. Ne serait-ce qu'un instant.

Dans son esprit, les méninges s'activèrent et il se mit à élaborer un plan, douteux et immature certes, mais qui avait l'avantage d'être assez audacieux pour obtenir des résultats. Il devrait agir sur deux front : en premier lieu, déstabiliser la fille, tous les moyens étant permis. Il lui ferait regretter d'être là, lui filerait un malaise digne de celui qu'il ressentait. En second lieu, il devait faire en sorte que Jonathan ne puisse plus s'empêcher de penser à lui. Ne jamais les quitter d'une semelle, s'il le fallait. Au moment où les deux amoureux échangèrent un chaste baiser en croyant échapper à l'attention du reste des invités, Zachary décida de passer à l'action. Il se pencha vers eux, l'air faussement sympathique.

« Salut vous deux. »

L'effet fut immédiat. Les joues rouges, ils le regardèrent avec un étonnement non-feint. Arborant son plus beau sourire, Zachary joua les charmeurs.

« Y'a pas à dire, il a du goût mon Jonathan. Je suis enchanté de faire ta connaissance, Émilie. »

« Merci beaucoup. Moi aussi, je suis enchantée. »

« C'est drôle qu'on n'ait jamais entendu parler de toi, par contre. »

« Oh… heu… Eh bien, on ne sort ensemble que depuis 2 semaines et 3 jours, alors… »

« Elle compte, en plus… C'est mignon. »

Émilie ricana, repoussant d'un geste de la main les cheveux blonds qui caressaient son visage.

« Qu'est-ce que tu veux, Zach? » Apparemment plus mal à l'aise que sa petite amie, Jonathan le dévisageait.

« Je viens seulement discuter un peu. Je vous regardais de là-bas et je me disais… c'est dingue. Ils pourraient presque être frères et sœurs. »

Un silence perplexe accueillit son affirmation. Écarlate, Jonathan se leva subitement et l'attrapa par la manche, apparemment en colère.

« Viens, faut qu'on parle. Désolé, je reviens, Émilie… »

Bien qu'un peu malheureux de voir son ancien amant en colère contre lui, Zachary se félicita au moins de pouvoir avoir quelques minutes seul à seul avec lui. Il ne s'était pas attendu à des résultats aussi rapides. Le Jonathan qu'il avait connu n'était pas aussi fonceur. Il suivit le blond qui l'entraîna dans une pièce minuscule où Sandra et François entreposaient un peu de tout et de rien. Un vrai bazar, tout juste assez grand pour ne pas l'appeler un placard. Comme l'espace était restreint, Zachary se retrouva presque adossé contre le mur du fond, un manche à balai entre les omoplates. Le tout était plutôt inconfortable, considérant de surcroît qu'il n'était qu'à quelques centimètres de l'objet de ses fantasmes. Jonathan claqua la porte derrière lui et fusilla Zachary du regard dans la semi-obscurité.

« Qu'est-ce qui te prend, Zach? », murmura le blond, sans pour autant masquer sa colère. Apparemment, il ne voulait surtout pas être entendu.

« Désolé… Mais tu crois que c'est facile pour moi? »

« Nous deux, c'est fini, je croyais que c'était clair. C'est ce que tu voulais. »

« Je… »

« Qu'est-ce que tu attendais, dis-moi? Je suis ici en vacances avec mes parents. J'ai pas envie de me casser la tête avec tes histoires. »

« C'est pour ça que tu t'es inventé une petite amie pour l'occasion? Je dois dire que tu as fait fort, je ne l'avais vraiment pas vue venir, celle-là. »

Rouge de colère, Jonathan repoussa Zachary contre le mur, le fixant d'un regard dur. Zachary fut étonné de le voir dans cet état. Il avait tellement changé… Et pourtant, il était tout aussi difficile de ne pas être attiré par cette nouvelle version plus assurée. Par ces lèvres, tout près des siennes. Par ces hanches étroites et ce corps dont il connaissait chaque détail. À portée de main. Il en rêvait depuis si longtemps… Vue la tournure que prenait cette conversation et la pression qui commençait à se faire sentir sous sa ceinture, Zachary comprit qu'il valait mieux couper court, sans quoi il n'en ressortirait pas indemne.

« Écoute… Je suis désolé. Je sais pas ce qu'il m'a pris… »

« Quand même, fais attention à ce que tu dis. Émilie ne mérite pas d'être mêlée à tout ça. »

« Ok, je serai moins chiant avec elle… »

« Bien. »

« C'est juste que… tu m'as tellement manqué… »

« Zach… »

« Mais enfin… On était amis, aussi. J'aurais au moins espéré pouvoir parler avec toi, savoir où tu en es dans ta vie, ce que tu as vécu depuis la dernière fois. Maintenant, avec Émilie, on ne pourra presque pas discuter, toi et moi. »

Jonathan soupira. Apparemment, les paroles de Zachary commençaient à faire leur effet. Celui-ci se redressa un peu pour soulager son dos, meurtri par le manche à balai, se rapprochant encore un peu de Jonathan par la même occasion. Il comprit que son geste n'était pas particulièrement apprécié lorsque Jonathan posa sa main sur sa poitrine pour l'empêcher d'approcher. Ils sursautèrent tous les deux en entendant au loin un bruit de verre brisé.

« Écoute, Zach, j'ai besoin de retrouver mes esprits. Quand je suis avec toi, je sais plus ce que je veux. »

« Ce que tu veux? Il me semble que ce n'était pas si compliqué l'été dernier… »

« Tu ne peux pas comprendre. Je… Ça suffit maintenant. Les faits sont là. Je suis avec Émilie maintenant. Il faudra t'y faire. Pour le reste, ça nous empêche pas de… d'être amis. Comme au début. »

« Jonathan, je suis désolé… »

« Pourquoi? »

« Pour ça… »

Dans la pénombre de la pièce de rangement, Zachary se pencha vers Jonathan pour poser ses lèvres sur les siennes. Un baiser volé, court et éphémère. Un geste irréfléchi que son surmoi freudien eut tôt fait de lui faire regretter. Jonathan recula d'un pas, n'osant pas le regarder. À ce moment, tous deux sursautèrent lorsqu'une lumière envahit leur repaire secret. Les yeux écarquillés de surprise, ils se tournèrent vers la porte ouverte, où Chantale les regardait avec le même air.

« Bon sang, vous m'avez fait une de ces peurs! Qu'est-ce que vous faites là-dedans, tous les deux? »

« Heu… mais on discutait. Pourquoi? » Sûr de lui, Jonathan n'avait aucunement laissé transparaître son malaise. Il sortit de la pièce et rejoignit sa mère, ne laissant en rien supposer que, quelques secondes plus tôt, ses lèvres embrassaient celles d'un homme.

« D'accord, je… je venais simplement chercher le balai… Un petit bris dans la salle à manger. »

Zachary, demeuré comme tétanisé au fond du grand placard, se réveilla enfin et attrapa le balai qui lui mutilait le dos quelques instants plus tôt. À son tour, il sortit et rejoignit Chantale, lui remettant avec un sourire le balai qu'elle était venue chercher. Les deux garçons retournèrent ensemble à la table, où Émilie attendait sagement. Le rapide baiser que Jonathan déposa sur les lèvres de la jeune femme avant de se rasseoir fit le comble du malaise de Zachary. Il se sentait si mal dans sa peau et dans sa tête. N'ayant toujours pas trouvé son appétit, il abandonna définitivement son assiette pour se gaver d'un morceau de gâteau au chocolat et d'une grosse boule de crème glacée à la vanille. C'était un repas peu nutritif, mais qui avait le bénéfice d'apaiser un tant soit peu les crises émotionnelles en tout genre.

Pendant le dessert, Jonathan souleva un point important auquel personne ne semblait avoir pensé auparavant.

« Comment est-ce qu'on s'organisera cette nuit? Je veux dire… On a toujours occupé les deux chambres, mais maintenant que Zachary habite ici et que Émilie… bref, on est cinq et il n'y a que deux lits disponibles. »

Un silence hésitant, presque mal à l'aise, accueillit sa question pourtant posée tout simplement. Zachary avait pensé dormir avec Jonathan en prétextant que deux amis pouvaient bien dormir ensemble s'ils n'avaient pas vraiment d'autre option. Sandra et François étaient bien au courant de cette intention et ils ne surent que répondre. Ce fut Zachary qui mit fin au malaise.

« Prenez ma chambre, ce n'est pas grave. Je peux bien dormir sur le divan-lit quelques jours… »

« …Tu es sûr? C'est un peu chez toi, quand même… »

« Ça ne me dérange pas, Jonathan. »

Les deux jeunes hommes échangèrent un sourire gêné et Jonathan reporta rapidement son attention ailleurs. À travers la grande fenêtre à carreaux, il vit que de gros flocons tombaient du ciel.

« Il neige! »

L'exclamation finit de dissiper le malaise qui régnait. Tout le monde, ravi, se mit à commenter joyeusement le décor magnifique qui s'effaçait à demi sous les flocons d'un blanc pur. La famille décida d'aller faire une promenade à l'extérieur pour digérer leur copieux repas et vérifier l'état du lac. Avec un peu de chance, il serait assez gelé pour que, dès le lendemain matin, ils préparent une patinoire digne de leurs annuelles festivités hivernales.

Alors que tout le monde quittait la table pour revêtir des vêtements chauds, Zachary resta assis à table. Il n'avait aucune envie de se joindre à eux, malgré le plan de reconquête qu'il s'était fait et qui exigeait de ne pas laisser Jonathan en paix avec sa dulcinée un seul instant. Mais il avait besoin de se reprendre, de réfléchir à tout ça. Sinon, il ne passerait probablement pas la semaine.

Lorsque tout le monde sortit, Sandra rejoignit Zachary qui débarrassait lentement la table. Elle posa ses deux mains sur ses épaules et le força à arrêter ce qu'il faisait pour planter son regard dans le sien. Tous les deux portaient le même air triste.

« Laisse tout ça, je m'en occuperai en rentrant… »

« Il faut bien que je me rende un peu utile… »

« Tu dois avoir le cœur en miettes. »

Zachary baissa la tête, refusant cependant de laisser couler les larmes qui lui piquaient les yeux. Devant cette image émouvante, Sandra ne put résister à serrer maternellement le jeune homme dans ses bras en déposant un baiser dans ses cheveux. Ils restèrent quelques secondes sans bouger, puis Sandra le libéra de son emprise.

« Ça va aller, Zach? »

« M'ouais… Je devrais pouvoir m'en sortir. »

« Qu'est-ce que tu vas faire? »

« Je ne sais pas encore. »

Déposant un second baiser sur son front, Sandra libéra Zachary à regret.

« On ne rentrera pas bien tard. Avec le froid qu'il fait. »

« Sandra… merci beaucoup. »

Agrémentant ses mots d'un pâle sourire, il serra sa main dans la sienne pour la remercier d'être restée quelque temps pour lui donner un peu de réconfort. Il appréciait tellement cette femme à la fois douce et dynamique, toujours compréhensive. Elle sembla comprendre et lui rendit son sourire avant de se diriger vers la porte d'entrée. Les autres étaient déjà sortis et elle dut se vêtir en quatrième vitesse pour ne pas les faire patienter trop longtemps.

Dès qu'elle fut sortie dans le froid hivernal, Zachary s'effondra littéralement, s'adossant au mur pour se laisser glisser jusqu'au parquet de bois. Les larmes coulèrent sans qu'il ne puisse contrôler quoi que ce soit. C'était l'unique façon d'évacuer tout le stress provoqué par les événements inattendus de la journée. S'il s'était préparé à tous les scénarios possibles pour ses retrouvailles avec Jonathan, il n'avait aucunement envisagé la possibilité de le voir dans les bras de quelqu'un d'autre, surtout pas une demoiselle. Était-ce vraiment pour sauver les apparences face à ses parents? Était-il réellement amoureux d'Émilie? Ou cherchait-il encore à démêler ses désirs après leur aventure l'été dernier? Zachary ne voyait plus clair dans tout ça. Avait-il même le droit d'interférer dans la vie personnelle de Jonathan?

Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Zachary ne reprenne le dessus sur ses larmes. Redressant la tête, il renifla fortement et se leva pour trouver un mouchoir en papier. Debout devant la glace, il regarda son visage. Il avait les yeux un peu bouffis par les larmes qu'il venait de verser.

« C'est pas toi, ça, Zachary Grenier. Pas question de baisser les bras. »

Avec un sourire exagéré à l'attention de son propre reflet dans le miroir, il tourna les talons et sortit de la salle de bain. Il se dirigea directement vers sa chambre, où il se laissa lourdement tomber sur son lit pour réfléchir. Comment allait-il s'y prendre, alors? Il fallait y aller plus subtilement, ne pas impliquer Émilie, et surtout, surtout, ne plus fâcher Jonathan.

Le regard ambré de Zachary se promena autour de la chambre. Il imagina Jonathan couché à ce même endroit dans quelques heures, cherchant le sommeil dans cette chambre où ils avaient vécu tant de merveilleux moments ensemble. S'il avait été dans un dessin animé, c'est à ce moment qu'une ampoule se serait allumée au-dessus de sa tête. Il se leva d'un bond pour fouiller dans ses affaires.

Une dizaine de minutes plus tard, tout était fin prêt. Dans les draps, il laissa tomber quelques généreuses gouttes de son parfum, celui que Jonathan aimait tant. Impossible qu'il ne s'en souvienne pas. Ils l'avaient acheté ensemble, ce jour où François les avait emmenés avec lui à la ville. Sur la table de chevet, il plaça un petit cadre en bois contenant une photo que Sandra avait prise au crépuscule vers la fin de l'été dernier. Devant le paysage familier du lac d'argent et ses forêts de pins, Jonathan et lui avaient posé avec un sourire naturel, respirant le bonheur de cet été magique. Bien qu'on ne le voyait pas sur la photo, Zachary ne doutait pas un instant que Jonathan se rappellerait qu'il tenait sa main dans la sienne à cet instant si précieux. Pour terminer, Zachary avait coincé une autre photographie dans un coin de son miroir. Une photographie récente qui, il le savait, réussirait sans mal à perturber Jonathan. Sur le papier glacé, on pouvait voir une tente et deux jeunes hommes souriant. Aux côtés de Zachary, un asiatique aux yeux verts tendait la main vers l'appareil qu'il tenait lui-même face à eux.

Satisfait, Zachary monta quatre à quatre les escaliers, avec la ferme intention de s'attaquer à la montagne de vaisselle qui attendait d'être savonnée. Il avait déjà lavé la moitié des couverts lorsque la petite famille rentra de son expédition nocturne. Avec des remerciements qui n'en finissaient plus, ils prirent la relève en l'obligeant à se rasseoir sur un tabouret près du comptoir pour discuter. C'est dans une atmosphère de bonne humeur générale que tous lui exposèrent leur stratégie pour préparer ce qu'ils appelaient déjà la plus belle patinoire de tous les temps.

Vers dix heures, tout le monde se mit d'accord pour prendre une bonne et longue nuit de sommeil. La journée avait été chargée pour tout le monde et il leur fallait être en forme pour mettre en œuvre leurs idées grandiloquentes du lendemain. Jonathan et Émilie se levèrent les premiers pour retrouver leur chambre désignée. Zachary les suivit presque aussitôt et les rejoignit dans les escaliers. Devant la porte de la chambre de Zachary, ils s'arrêtèrent, mal à l'aise, Jonathan osant à peine le regarder.

« Merci encore… pour la chambre. C'est gentil… »

« C'est rien, Jo. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour un ami… Bonne nuit. »

« Bonne nuit. »

Si Jonathan avait eu du mal à lui rendre son regard au début, il semblait maintenant qu'il n'arrivait plus à détourner les yeux. Quelques secondes magiques durant lesquelles Zachary vit renaître tous ses espoirs déchirés par l'arrivée inattendue d'Émilie. Avec le cœur plus léger, il laissa les deux amoureux sur le pas de la porte et disparut dans le petit salon du sous-sol où le divan-lit déplié l'attendait déjà. Il chercha longtemps le sommeil, ne pouvant s'empêcher de songer à celui qui, dans son propre lit, s'endormait aux côtés d'une inconnue.