Disclaimer : Le titre est à Gorillaz, le reste à moi, évidemment.

Pour Tan. Na.


Tomorrow comes today

Grommellement inaudible. Une certaine haine envers le pétillement humide de l'aspirine dans le verre d'eau. S'appuyer la tête sur la main, le coude sur la table, avec la lancinante question du mais qu'est-ce qui m'a pris. Pourquoi j'ai autant exagéré. Genre j'suis con. Faut croire que oui. C'est la dernière bière, le dernier verre, la dernière goutte. Promesse d'ivrogne, comme toujours.

A chaque fois croire qu'on a compris la leçon, se persuader que franchement on fera attention, on saura se limiter, si si, juré. Et le lendemain de la veille maudire l'oubli instantané qui frappe les bonnes résolutions dès le contact froid de la bouteille dans la main. Doit y avoir quelque chose de chimique là-dedans. C'est programmé dans l'algorithme du fêtard en herbe. Tant pis pour demain, ça sera jamais pire que la dernière fois. Et toujours constater que si, l'enfer sur terre, ça existe. Et il se nomme gueule de bois. Putain.

Malaise de quelques flashs imperceptibles qui assaillent le cerveau déjà en proie à la migraine. Pincer les lèvres, serrer les dents, se tordre les doigts, mais qu'est-ce que j'ai fait hier ? Œil torve à l'eau blanchâtre qui bulle tranquillement, un relent de bon sens qui hurle que c'est pas une bonne idée. Et la tête qui se bat contre des marteaux et des enclumes, voire même une tronçonneuse. Cruel dilemme. Repousser le verre, plus tard, plus tard, pour le moment y'a moyen de survivre.

Inspirer à fond, courage, c'est qu'un mauvais moment à passer, juste quelques heures, pas vrai ? Vague envie de larver au fond du canapé en zappant mollement d'une chaîne à l'autre. Non, c'était pas ça. Attends… Ah oui, si hier c'était arroser un contrat signé, alors aujourd'hui c'est… premier jour, non ? Tu parles d'une motivation. Le chômage c'est pas si mal, on s'y fait, et puis… Ah merde, pas le choix de toute façon. Regarder l'horloge murale qui trône dans la cuisine, c'est bon, au moins y'a le temps.

Se planter devant le miroir de la salle de bain pendant que l'eau de la douche coule et se réchauffe et embue la pièce, nuance moite et souvenirs de draps maltraités. Non, faux, c'était le tissu rêche et usé d'une banquette. Velours rouge. Un peu cliché. C'était frappant, à l'entrée de la boîte. Oh, cette migraine…

Traits tirés, pâles, fatigués, cernes jusqu'aux genoux, peau brouillée, cheveux en pétard et barbe naissante. Faut de l'énergie pour faire d'un zombie un homme, et le courage manque à l'appel. Putain quelle idée de se mettre la murge du siècle la veille d'un nouveau job…

Eau bouillante, condensation de la vapeur partout sur le carrelage des murs, blanc éblouissant lumineux et réfléchissant. Reflet d'une silhouette inconnue. Cligner des yeux, c'est bon, ça a disparu. Mais pas la sensation qui va avec. Qu'est-ce que j'ai fait hier ?...

P'tit dej expédié, marche forcée sous la pluie morose, à quoi ça sert de se doucher pour se faire tremper dès le pied hors de l'appart ? Connerie va. Grimace à chaque passage de voiture trop pressée, mal de crâne qui n'en démord pas et revendique sa position stratégique juste derrière les tempes. Se mordiller les lèvres pensivement, y retrouver un arrière-goût métallique inconnu. Les souvenirs sont en chemin.

Bus en retard de deux minutes, ça commence bien. Les portes s'ouvrent dans un chuintement à en faire hurler les morts, deux marches à gravir, un contrôleur aussi maussade que la météo, d'ailleurs il a une tête de grenouille ce con. Tout au fond du tank sur roues, une place assise, siège crevé bourre qui s'évapore par tous les coins et tags un peu partout sur les vitres et le sol. Regarder dehors, quitte à se foutre le moral dans les chaussettes autant le faire bien.

Deux, trois, quatre arrêts, ronron qui berce, à se demander comment le chauffeur fait pour pas s'endormir sur son volant. Sursaut violent quand une voix retentit beaucoup trop près. Je peux m'asseoir ? Euh oui, bien sûr. Faire de la place par instinct, préserver son espace vital et se ramener le plus proche possible de la vitre froide et embuée. On voit déjà plus rien de ce qui se passe de l'autre côté de l'univers.

Enorme sourire de la fille voisine, elle a l'air de vouloir discuter. Ignorance pure et dure, c'est qui cette pouffe ? Eclat du piercing sur sa langue.

PLAY.

Mains sur la peau si chaude si chaude brûlante froissement de tissus contact pressant oh excitant ses seins fermes et bons sous ses doigts lèvres contre lèvres avaler son souffle mordiller sa bouche arracher la volonté de son corps et la prendre là sur la table de l'alcôve et la prendre jusqu'à plus soif jusqu'à l'extinction de tout ce qui lui brûle l'intérieur jusqu'à la fin des temps jusqu–

STOP.

Elle se lève, cascade de phéromones au creux des sens. Les souvenirs sont revenus. Sourire en suivant vaguement des yeux le corps qui se déhanche involontairement dans la foule. Elle abandonne le navire. Chavirer seul, tout seul. Pas grave. Regarder par la fenêtre, laisser se miroiter dans la vapeur les restes d'une soirée pas si mal que ça finalement. S'égarer une seconde sur le siège d'à côté encore tiède. Papier beige stylo rouge. Quelques chiffres qui s'alignent. Un numéro de téléphone.

Qui a dit que ce serait une journée pourrie ?