Les procès sont interdits aux journalistes en temps normal, mais Moi on m'a laissé entrer, alors Je peux vous raconter celui d'un homme accusé par un petit garçon.

Dans le box des témoins, un jeune garçon tremblant, pâle, mais à l'air aussi intelligent que d'habitude, fixe un autre Homme derrière le bureau de l'accusation, et semble y trouver un petit peu de réconfort. Le procureur lui demande de raconter ce qui lui est arrivé, le garçon tremblote. Le jury est pendu à ses lèvres, compatissant devant sa détresse.

"Il…Il m'a fait rester après les cours…soi disant pour parler du dernier contrôle. Il a attendu que tout le monde soit parti et il a fermé la porte à clé…et après…après…il m'a attrapé par le bras et il m'a forcé à me mettre contre le bureau et puis il a…il a…il a mis sa main dans mon pantalon…"

Le garçon se tut un instant pour laisser le temps au jury de s'indigner. Il faisait exprès de s'exprimer de façon enfantine, et petit à petit ses yeux se mouillaient de larmes, apparemment terrassé par le souvenir ignoble qu'on le forçait à raconter.

En face de lui, l'Homme serrait les poings sur le bureau, tentant de le réconforter par son simple regard. Il savait qu'une forte relation fraternelle attendrissait toujours le jury.

Jugeant qu'il avait laissé passé assez de temps, le garçon reprit, bafouillant légèrement

"Et ensuite…ensuite il m'a retourné contre le bureau et il m'a baissé mon pantalon et a mis quelque chose de froid avec ses doigts dans mon …"

Il rougit et baissa la tête. Il aurait évidemment pu dire le mot médicalement correct pour désigner cet endroit, où même une quelconque expression argotique, mais il avait appris au fil des procès que la honte de prononcer ce genre de mots rendait le jury encore plus agressif envers l'accusé.

Il reprit quand son avocat lui demanda tendrement de continuer.

"Ensuite il a baissé son pantalon et m'a mis son…machin…"

Même topo, avec le petit mot enfantin pour rajouter à l'attendrissement du jury, trop facile…

"J'ai eu si mal que je me suis coupé en me mordant la lèvre, j'ai hurlé très très fort mais il n'y avait plus personne dans l'école, et il m'a mit sa main dans la bouche pour que je me taise…"

Il se mit à sangloter sans continuer. Le jury fusillait déjà du regard le professeur en prenant des notes frénétiques, le garçon se dit que c'était déjà gagné, même si son avocat était un ténor du barreau, rien qu'avec son témoignage le prof était déjà cuit, sa réputation ruinée, sa famille disloquée, plus personne ne lui ferait confiance.

Le juge proposa une pause pour permettre au Garçon de se calmer et il partit vers les toilettes avec la satisfaction du travail bien fait, suivi par son "grand frère". Arrivés seuls dans les WC étrangement vides, ils changèrent immédiatement d'attitude, reprenant pour l'un un air blasé et méprisant, pour l'autre un petit sourire calculateur et un regard scrutateur.

"C'est con, il avait l'air sexy…"

"T'auras qu'à te le faire, il sera tout déprimé en sortant d'ici, l'aura besoin de réconfort, surtout que sa femme va le plaquer en emportant ses gosses…"

Le garçon haussa les épaules à ces mots, en se lavant méticuleusement les mains.

"Mouais je verrais…t'as changé d'avocat aussi?"

"L'autre a eu un accident, pis celui là est moins cher."

"Parce que tu le payais l'ancien?"

Le garçon se tourna vers lui avec des yeux qui disaient "Mais ça va pas?"

"Bien sûr que non…"