Disclaimer : Pas grand-chose à revendiquer... Les chatons sont aux pompiers, la nostalgie je la laisse à qui veut.

Avent.

Tu glisses une main tendre le long du bois, toujours le même depuis tous ces matins indolents, tous ces après-midis, ces soirs aux repas renversés. Comme cette fois où elle a renversé la chaise et claqué la porte. Une soi-disant crise d'adolescence, mais on ne savait pas trop ce que c'était à l'époque, on n'en parlait pas vraiment. Elle avait toujours été caractérielle, de toute façon. C'est ce qu'il te répétait à l'occasion quand tu te mettais à culpabiliser. Que c'était qu'une sale gosse et qu'elle allait finir par revenir sur le droit chemin. C'était ce qu'on disait de cet âge-là, chez vous.

Le tic tac harassant de la vieille pendule derrière toi, tu l'entends à peine. Cinquante ans qu'elle sonne toutes les heures, tous les jours, quoiqu'il advienne avant ou après. Tu t'appuies sur la table de chêne brut, aussi faible que d'habitude. Loin le temps où tu vagabondais comme une chipie dans les forêts alentours, ne rentrant que pour manger ou aider ta mère aux tâches ménagères. Pas que tu aies jamais été d'une nature très obéissante, mais les claques faisaient mal. Tu souris en te caressant la joue. Ca fait tellement longtemps que tu n'en as pas reçu que tu te demanderais presque si ça fait toujours le même effet. Mais personne ne frapperait une vieille femme.

Tu t'assieds en te perdant des yeux dans les méandres du calendrier affiché devant toi, sur le buffet. Des chatons riants te narguent, les mêmes depuis que les pompiers ont imaginé le concept. Le temps passe mais personne ne vieillit sauf toi. Tu n'as même pas pris la peine d'entourer la date en rouge, comme tu le faisais parfois avant. Réflexe puéril, les jours ne ressemblent plus à rien et tu le sais très bien. Les semaines se comptent aux pains achetés et laissés secs parce que tu n'as pas assez d'appétit pour le manger avant qu'ils ne racissent. Pourtant le médecin t'a dit qu'il fallait que tu prennes des forces pour affronter l'hiver. Mais il ne sait pas ce que ça fait, lui, de se retrouver à partager le repas avec le mur. S'il s'avait, il ne se permettrait pas de te donner des conseils pareils. Comme si tu ne le savais pas, tiens, qu'il fallait bien manger pour être en forme. C'est n'importe quoi, les médecins. Tu secoues lentement la tête en te le répétant. C'est n'importe quoi, le monde d'aujourd'hui. N'importe quoi…

Emmêlée dans ton châle tu t'approches à petits pas du poêle. Il fait cru dans la région, tu as l'habitude des hivers rudes, mais celui-ci te fait bien mal aux muscles. Au cœur. Ou quelque part par là. Tu écoutes presque avec amusement les rugissements du vent dans la cheminée, concurrence déloyale faite à l'éternelle horloge, celle qui te dit que tout pourrait bien rester en place pour quelques siècles encore. Ne pas bouger, c'est tentant. Baisser les bras et se laisser envahir par la poussière et les araignées. Comme une relique du passé que tu n'es pas encore tout à fait.