Marre des problèmes.

Vingt minutes plus tard, j'ai fumé quatre cigarettes, et j'ai décidé de faire abstraction de l'état de mon appartement.

Je suis toujours énervée, mais je suis plus déprimée qu'autre chose. La conversation avec Ares a pris un tournant vraiment surprenant, si bien que je ne sais même plus comment rattraper la situation.

J'en meurs d'envie, pourtant.

C'est peut-être parce qu'il a réagit en énorme fils de pute (après tout, je juge que ce que je lui ai dit est l'une des choses les plus personnelles que j'ai pu dire ces derniers années). C'est aussi peut-être parce que je me suis braquée légèrement vite.

Toujours est-il que le feeling qui réside au creux de mon estomac ne me plaît pas du tout. Je me sens complètement démunie. Même si je juge que c'est à lui de s'excuser, je meurs d'envie de le faire moi-même, parce que j'ai peur que la conversation ait terminée définitivement notre relation.

Agitée par la trouille qui s'empare de moi, je fais les cent pas dans mon appartement.

Ca ne peut pas être fini, si ?

Vu le début de la conversation, je pense qu'il voulait autant que moi qu'on réessaye…

Putain.

Que faire.

Je suis encore trop énervée pour aller m'excuser. Et j'ai tellement envie de remettre les choses à plat que ça va sûrement partir en couille. Une chose est sûre : je ne veux pas tenter ma chance et ruiner ma relation avec Ares définitivement. Mais… il faut qu'on reparle de certaines choses. Et gravement. Voir ce qu'on pensait vraiment de toutes les merdes qu'on s'est dits. Je n'ai pas du tout envie de lui raconter pour ma petite sauterie avec Madison, mais il va bien falloir le faire. Et je veux savoir combien de filles Ares a fréquenté pendant notre séparation. Et la liste ne fait que s'allonger.

Ce n'est malheureusement pas une comédie Américaine à la con où une déclaration d'amour résoudrait les problèmes.

Surtout que je suis contre la déclaration d'amour. C'est tellement cliché. Et pathétique. Allô, les gens, sortir des banalités en pensant qu'elles sont uniques et magiques ?

Tss.

Ça ne me fait pas avancer.

Je passe mes mains sur mon visage, et me rend compte qu'elles tremblent.

C'est là que ça me frappe. J'ai peur.

Peur que ce soit fini pour de bon et que je ne puisse rien y faire. J'ai peur de ne plus jamais être avec Ares.

Je n'y avais jamais pensé comme ça auparavant. Ne plus avoir Ares, plus jamais.

Je me rappelle du drame que ça avait été dans ma vie quand je m'étais rendue compte que Donato m'avait plaquée pour de bon, et qu'il ne voulait plus me revoir. Je n'allais plus jamais avoir son approbation, son ton adorateur et toutes les autres merdes dont j'étais folle amoureuse.

Avec Ares, ça m'angoisse. Et c'est pas tant le fait d'être avec quelqu'un qui m'aime. C'est le fait de ne pas avoir Ares.

Ca m'angoisse tellement que je n'ai pas envie d'y penser. Je prends une grande inspiration pour déloger le point d'angoisse qui s'est logé entre mes côtes.

Ca ne peut pas être fini…si ?

Je suis en train de contempler d'aller acheter une bouteille de pinard pour faire descendre un ou deux Prozac, quand quelqu'un frappe à ma porte.

J'ai deux chances sur trois (Ares, le groupe, Madison) pour que ce soit quelqu'un que je n'ai pas envie de voir, mais je suis toujours remontée, donc gueuler sur quelqu'un me fera le plus grand bien.

J'ouvre la porte sur Madison, qui tient une batte de baseball en aluminium dans la main droite (ça ne m'étonne pas de Madison de ne pas en avoir une en bois comme le commun des mortels).

"Je n'ai pas du tout envie de faire du sport, merci," je lui annonce avec sarcasme.

Il lève les yeux au ciel. "Je passais voir comment tu allais, et récupérer l'adresse d'Ares."

Il balance agilement la batte et vient frapper la paume de sa main gauche avec. Il a l'air inhabituellement menaçant.

J'essaye d'imaginer la scène - Madison avec son skinny et ses cheveux blond platine en train de frapper Ares avec sa batte argentée. C'est presque comique - quoique sexy, parce que malgré tout, Madison est hyper bien gaulé, et je pense que la contraction des muscles de son dos quand il frappe quelqu'un avec une batte doit valoir le détour. Et je pourrais y aller avec lui, dire à Ares pendant qu'il s'écroule au sol que c'est avec Madison que je pars à Hong Kong, et ensuite l'achever à coups de pieds.

Et après, je peux en profiter pour aller faire un tour chez Donato.

Pour le coup - ça rendrait mon dimanche vraiment cool.

"Je peux entrer ?" Me demande-t-il alors que je me perds dans mes pensées.

Avant que je puisse répondre, un entend du raffut dans la cage d'escalier. Madison se retourne pour voir qui arrive, et je fais un pas sur le côté pour observer ce qu'il se passe.

Je grogne quand je vois arriver Charlie et Caro. Je viens à peine d'emménager et je dois déjà changer la code de la porte cochère.

Charlie a l'air inquiet quand il croise mon regard. Il s'arrête à côté de Madison, et le regarde de haut en bas.

"Qu'est-ce que tu fous avec une batte de baseball ?" Demande-t-il bêtement à Madison, parlant en Anglais spontanément.

Madison prend un air carnassier, et j'interviens avant qu'il ne puisse répondre - surtout que Charlie n'est pas un grand fan de Madison depuis que j'ai couché avec lui, parce que ça met à mal ses plans de me recaser avec Ares.

"Qu'est-ce que vous faites là ?" Je demande, forçant un ton agacé plutôt que surpris. "J'ai dit que je ne voulais pas vous parler."

"Lou, fais pas ta princesse," dit Caro d'un ton irrité, en levant les yeux au ciel. "Tu sais très bien que tu ne vas pas te débarrasser de nous aussi facilement."

Je croise les bras devant moi et lève le menton, décidant de ne pas lui répondre.

"Je boirais bien un Coca," dit Madison quand quelques secondes de silence passent, essayant d'être utile.

"Moi aussi," rajoute Charlie spontanément. Quand je le foudroie du regard, il prend l'air penaud et rajoute : "Il fait plus de trente degrés et on est venu vite."

Je soupire.

"Entrez," je dis du ton le moins accueillant possible.

"Tu joues au baseball ?" J'entends Caro demander à Madison quand ils passent le seuil de la porte, après Charlie.

"J'ai une frappe méchante," répond-il nonchalamment, et le double sens me fait sourire malicieusement.

Ils s'installent sur les canapés, comme s'ils étaient chez eux, et j'en profite pour aller chercher des verres et du Coca dans le frigo. Quand je reviens dans le salon, ils ne parlent pas.

Moi qui pensais que mon dimanche ne pouvait pas être pire.

"Je peux savoir ce que c'était que ce coup de fil ?" Demande Charlie, une fois que je me suis assise à côté de Madison, l'air plus déconcerté qu'inquiet.

"Je ne vois pas pourquoi je devrais t'en parler," je dis d'un ton pointu, tendant le bras pour attraper mon paquet de clopes qui traîne sur la table basse.

"Euh," dit Charlie avec sarcasme, "Peut-être parce que tu viens de me dire que tu ne voulais plus jamais me voir de ta vie ?"

Je soupire. Madison me regarde l'air curieux, en levant un sourcil. Je sais qu'il pense que j'ai sur-réagit, et il a sans doute raison, mais il ne le montre pas plus que ça (je lui en suis reconnaissante).

"Figure toi que j'ai pris un verre avec Ares il y a une heure," je dis avec un ton acide, avant d'allumer ma cigarette.

Les yeux de Charlie s'allument d'une lueur réjouie pendant un quart de seconde avant de comprendre que vu mon humeur, ça ne s'est pas bien passé.

"Et ?" Demande Caro brusquement, comme si elle était en plein milieu d'une série télé.

"Et on va disparaître vers un soleil couchant dans une calèche," je dis sèchement. "Ma gueule te fait sérieusement questionner si ça s'est bien passé ou pas ?"

Je vois Madison qui se pince les lèvres pour ne pas rire à ma réponse (c'est vrai que je me trouve assez drôle, dans cette situation de merde), et Caro a un mouvement de recul, comme si mon hostilité l'avait littéralement frappée.

"Attends," dit Charlie d'un ton conciliateur, faisant un geste apaisant avec ses mains. "Tu peux revenir sur ce qu'il s'est passé ?"

Je leur raconte donc que j'ai croisé Ares chez Monoprix ce matin, que je lui ai proposé d'aller boire un verre, qu'il m'a rappelé toute à l'heure, et qu'on s'est vu. J'embraye sur la conversation, et, de bonne foi, raconte que les choses se passaient plutôt bien jusqu'à ce qu'Ares ne se contente pas de mon explication, qu'il me reprochait de ne jamais être contente, et qu'ensuite il avait juste décrété que ça ne servait à rien de s'engueuler. Je finis l'histoire, répétant avec pas mal de fierté que 1) je lui avais sorti ma phrase de rupture, et 2) que j'avais traité sa villa en Italie de merde.

"Tu pars à Hong Kong ?!" Demande Caro, trébuchant sur ses mots, comme si elle n'avait imprimé que cette partie-là de la conversation.

"Oui !" Je m'exclame joyeusement, en profitant pour détourner la conversation. "Avec Madison !"

J'accompagne mes gestes à ma parole en me rapprochant de Madison sur le canapé et posant mes deux mains sur son avant-bras, l'air triomphant.

Mes deux ex-amis me lancent un regard blasé, et je n'ai pas le temps de les envoyer chier que Madison prend la parole.

"C'est mort," dit-il en laissant traîner le dernier mot. "Tu vas régler le problème avec Ares, parce que cette histoire me fatigue."

"Mais ?" Je m'exclame, éberluée (oui, oui, c'est bien le mot). "Et ton idée de lui péter la gueule avec ta batte de baseball ?"

Je vois Charlie regarder ladite batte du coin de l'oeil, posée à côté de Madison, avec l'air méfiant.

"Donc tu ne joues pas au baseball…?" Dit Charlie d'une petite voix.

"Pas vraiment," répond Madison sérieusement, le fixant droit dans les yeux.

Pu-tain. Mais depuis quand est-ce que Madison est un bad boy ?

Charlie se tasse sur lui-même, lui aussi surpris du changement d'attitude de Madison, mais pas assez courageux pour tenter de comprendre pourquoi.

"On peut revenir sur le sujet de départ ?" Intervient Caro, quant à elle pas du tout impressionnée par Madison - après tout son mari est un putain de mur.

"Lou ne part pas à Hong Kong," dit Madison, le ton malin, retrouvant une posture et attitude qui m'est familière.

"Je ne pars pas à Hong Kong," je réponds en marmonnant.

Caro soupire. "Je parlais d'Ares ?" Dit-elle, irritée.

"Quoi Ares ?!" Je réponds sèchement. "C'est mort, c'est mort. Je ne sais pas ce que vous aviez fumé l'autre jour, mais je doute qu'il soit tant "amoureux" que ça."

"On ne va pas revenir là-dessus," dit-elle d'un ton exaspéré. "Je voulais savoir comment tu allais vis-à-vis de ça."

Je le prends aussi bien qu'une balle dans le pied, merci.

En y repensant, je me sens aussi misérable que toute à l'heure, quand j'étais toute seule.

Ils me regardent tous avec attention, à l'écoute.

Je soupire. A part m'embarrasser devant eux, il ne peut rien m'arriver de mal, si ?

"Vous vous souvenez de ces fois à l'université où vous vous mettiez des énormes mines plusieurs soirs d'affilée?" Je demande, essayant de leur expliquer comment je me sens.

Ils hochent tous la tête, avec l'air momentanément plongé dans leurs souvenirs. On n'est pas allé à l'université ensemble, mais une chose est sûre, la vie étudiante rallie tout le monde à l'alcoolisme.

"Vous vous souvenez aussi de ce cinquième matin de gueule de bois, ou vous vous sentiez super sales et mortifiés par toutes les conneries que vous aviez faites cette semaine-là sous l'effet de l'alcool ?" Ils hochent encore la tête. "Et que vous vous disiez que c'est bon, cette fois-ci, vous alliez arrêter de boire, à vie."

Madison pousse même un léger grognement d'acquiescement. Caro et Charlie hochent aussi la tête avec une moue un peu dégoûtée - sûrement d'eux-mêmes, et des états lamentables dans lesquels ils se mettaient. C'était le bon vieux temps, n'empêche.

"Et bah là, c'est la même chose," je dis sobrement. A leur mine perplexe, je continue : "Vous vous dites que vous allez y arriver. Et ensuite, vous vous souvenez que vous avez cette soirée de dingue le lendemain soir."

Ils plissent des yeux, tous les trois, l'air dubitatif. Je continue. "Et là, vous vous dites que ce n'est pas possible. Que vous ne pouvez pas arrêter de boire. Que c'est ridicule, parce que c'est tellement bien ! Et tout le monde autour de vous bois et s'amuse, alors pourquoi pas vous ? Et ne plus jamais boire… sérieusement ? Plus jamais. Jamais."

Ma gorge se serre. C'est pas humainement possible que je ne vois plus jamais Ares - que je ne sois plus jamais avec lui.

"Jamais," je répète, ayant du mal à articuler le mot tellement ma gorge est serrée.

A ma plus grande horreur, je sens les larmes me monter aux yeux.

Je ne veux pas ne plus jamais voir Ares. C'est tout simplement trop affreux à imaginer.

Madison pose une main sur mon genou en signe de soutien - Charlie le regard d'un mauvais oeil - et Caro a l'air désespéré pour moi.

"Euh…" Hésite Charlie. "Si tu veux je nous sers tous une verre de vin…?"

Caro lui donne un léger coup dans le ventre du revers de la main et le regarde avec un regard insistant, levant les sourcils.

Je vous les rouages tourner dans le cerveau de Charlie le temps qu'il comprenne mon analogie, et qu'un "o" silencieux se forme sur sa bouche. Il prend aussi un air triste, en comprenant que par ce "jamais" qui m'est insupportable, je parle d'Ares (duh).

Le silence qui s'étire, et mon train de pensée figé sur l'idée d'une vie sans Ares, font remonter mes larmes.

Mon regard humide croise celui de Madison. Il fronce les sourcils, peiné pour moi, et ouvre ses bras. Sans qu'il n'ait besoin de me le demander deux fois, je me penche vers lui pour qu'il me prenne dans ses bras.

"Lou, je veux pas t'inquiéter, mais tu devais être sérieusement alcoolique, quand t'étais étudiante," dit-il d'une voix caustique quand il resserre ses bras autour de moi.

Ça fait rire Charlie.

"Et je n'ai pas raconté la première fois où j'ai essayé d'arrêter de fumer," je dis, le visage enfoui dans la chaleur du t-shirt de Madison.

Ça le fait rire à gorge déployée, et je sens son buste se contracter et bouger. Ca me réconforte.

"Jamais j'arrête de fumer," dit Charlie, outré rien qu'à l'idée.

"Tu bois, et tu fumes encore," me dit Madison avec un sourire dans la voix. "Donc tu n'as pas vraiment besoin de t'inquiéter pour Ares."

"Tu viens quand même de comparer ta rupture avec Ares à une gueule de bois," dit Charlie d'un ton sarcastique.

"Tu avais une relation enivrante avec Ares ?" Demande Caro avec un ton gentiment moqueur.

Je sens que je vais rougir, alors pour éviter ça, je dis d'un ton mauvais : "Je ne suis pas un poème de Baudelaire. Pas besoin de retranscrire ce que j'ai dit !"

"C'était méchamment profond, Lou, bien joué," constate Madison avec un ton fier.

J'émets un rire humide des larmes qui restent au fond de ma gorge.

"Tout le monde me prend pour une conne, merci," je dis avec humour.

Ils sourient tous, rassurés par l'amélioration de mon moral.

Je me racle la gorge, légèrement embarrassée. On se regarde tous d'un silence entendu et chaleureux. J'ai envie de les mettre dehors gentiment et aller prendre un bain.

Mais non - ça frappe à la porte. Je n'ai pas du tout envie de voir du monde maintenant.

Avant que je puisse faire quoique ce soit, Caro se lève pour aller ouvrir. Je lance un regard de détresse à Charlie en me redressant sur le canapé, mais il ne fait que hausser une épaule impuissante. Deux secondes plus tard, Jason et Lila apparaissent dans mon salon.

"Désolé d'avoir mis autant de temps, on a eu du mal à se garer," explique Lila.

"Chouette, même le 16e arrondissement est là," je dis avec un faible sarcasme. "Vous n'avez rien de mieux à faire de votre dimanche soir ?"

"Quand on reçoit un coup de fil aussi stressé de Charlie, pas vraiment," répond facilement Jason.

Je me tourne vers Charlie, qui hausse les épaules, l'air penaud.

Ca me met presque mal de l'avoir engueulé au téléphone toute à l'heure - il a l'air de l'avoir vraiment pris à coeur.

Les deux s'installent et Lila allume une Vogue.

Faites comme chez vous.

"C'est moi où l'atmosphère est vachement lourde ?" Demande Lila en nous regardant tous un à un. "Vous vous êtes engueulés ? Lou, ça va ?"

Pour sa défense, elle est vraiment inquiète.

"Je vais bien," je dis d'un ton crispé. "Pas la peine de débarquer pour une réunion de crise."

"Lou a vu Ares," dit Caro d'un ton doux. "Ca s'est mal passé," rajoute-t-elle du même ton, quand le visage de Lila s'illumine.

Ca la calme directement, et elle me lance un regard peiné. Elle est où, cette batte, que je les frappe tous un par un ?

"Maintenant qu'on a éclairci le drame," je dis avec sarcasme, "est-ce qu'on peut tous rentrer chacun chez soi et laisser Lou prendre un bain et se détendre avant son conference call de demain matin ?"

Tout le monde ici n'est pas en vacances, figurez-vous.

Charlie reçoit un message sur son iPhone, qu'il lit attentivement. Je n'ai même pas envie de demander de qui il vient - sûrement d'Eugénie ou Nico qui l'informent de leur arrivée imminente.

"On veut juste s'assurer que tu ne vas pas continuer à nous ignorer," dit Caro.

"Et on est vraiment désolé de la tournure qu'a pris la discussion l'autre jour," ajoute Lila, les mains sur le coeur et la voix pleine d'émotion (n'est pas un bisounours qui veut).

"Tu n'étais même pas là," je dis platement.

"C'est vrai, mais tu me connais," dit Lila d'une voix innocente. "Je me sens toujours concernée quand mes amis vont mal."

C'est niais, mais vu sa moue, c'est adorable. C'est Lila.

"Vraiment," ajoute Charlie sérieusement, et je vois Jason hocher la tête.

Ils me regardent tous les quatre, comme s'ils attendaient le jugement dernier, et je n'ai pas le coeur de les rembarrer. En plus, j'ai vraiment envie de ce bain, et de me retrouver peinarde chez moi. Ils sont en train de finir mon Coca Light, les bougres, en plus.

"D'accord," je dis avec un ton théâtral. "Mais c'est bien parce que c'est vous."

Ils me sourient, comme des cons, et ça me rend même un peu émotive.

"Aww," dit Lila, se levant du canapé pour venir me faire un câlin.

Super. Je rends sont étreinte à Lila, tout de même, parce que je regrette de lui avoir fait de la peine. Quand elle me relâche, je dis : "On est bon ? On peut dire qu'on se fait un resto demain soir et que vous pouvez rentrer chez vous ?"

Ca fait rire Charlie. "On a compris le message," dit-il avec humour. "On se casse."

"Merci," je dis avec un sourire apaisé. "Vous êtes des coeurs. Et dites à Eugénie et Nico que tout va bien, qu'ils ne débarquent pas dans une heure."

"Et juste une dernière chose," tente Charlie. "Avec Ares…?"

Ca aura presque été facile de me débarrasser d'eux.

"On verra," je dis, décidant d'être conciliante pour ne pas relancer le débat. "Ne vous enflammez pas trop, vu la conversation qu'on a eu cet après-midi."

"Pour info," dit Charlie en se levant, et je prie que ce soit pour partir, "je pense que tout ce qu'il voulait entendre, c'est que tu l'aimais, et que tu voulais le traîner dans ton appartement pour baiser toute la nuit."

C'est marrant que cette idée ne me soit pas venue à l'esprit pendant ma conversation avec Ares. Parce que fondamentalement, c'est là où je voulais finalement en venir.

"Je garde ça à l'esprit," je lui dis platement, mais ne croyant pas vraiment avoir ce genre de conversation avec Ares dans un futur même lointain.

Ils se lèvent tous d'un commun accord, même Madison, qui récupère sa batte de baseball. Quand je croise son regard pour lui dire de rester un peu, il me dis platement : "Tu ne viens pas à Hong Kong, c'est pas la peine d'insister."

Ca m'arrête nette. J'aurais essayé.

Enfin -

"Sûr ?" Je demande, avec la mine la plus adorable que je puisse faire.

"Vas-y, redemande-le moi pour voir," dit Madison en agitant la batte avec un air faussement menaçant.

Ca suffit quand même à m'en dissuader. "Okay," je concède. "De toutes les façons, j'aime pas Hong Kong."

Ce n'est pas vrai du tout, mais Madison roule des yeux et sourit.

"Bon, grognasse, on s'appelle demain", dit-il en ouvrant un de ses bras.

Sans même réfléchir, je m'approche de lui pour une étreinte. Quand il me relâche, ça frappe à ma porte. Putain.

Evidemment, c'est Eugénie et Nico, qui me regardent tous les deux avec autant d'émotion et d'inquiétude que les autres à leur arrivée.

"C'est bon !" Je dis avec la voix trop aiguë, accompagné d'un sourire exagéré d'oreille à oreille. "On est tous amis ! Yay !"

J'écarte les bras en l'air, et m'approche d'eux pour leur faire un câlin collectif rapide pour montrer que tout va bien.

"Ah ouais ?" Demande-t-elle, étonnée. "Si facilement que ça ?"

"Oui," j'insiste. "On se fait un resto demain soir."

Je vois Nico lancer un regard interloqué à sa femme, se demandant comment c'est possible que je ne leur fasse pas une crise. Caro doit lui lancer un regard entendu du genre "je te raconte sur le trottoir en bas", parce que Nico hausse les épaules, comme pour montrer qu'il lâche l'affaire.

"Puisqu'on est tous ici, on va se boire un verre avant le dîner ?" Demande Jason à l'ensemble de la pièce.

"Bonne idée," répond Charlie, ravi de la proposition. "Lou, tu veux venir ?"

Je me tourne vers Madison. "Tu me prêtes ta batte deux secondes ?" Je lui demande avec une voix mielleuse.

"Pas la peine," intervient Charlie rapidement. "On y va ! Allez, allez, tout le monde !"

Enfin, tout le monde se dirige sur le palier devant mon appartement.

"Ca va aller ?" Demande Eugénie, avec le regard insistant qui veut me faire cracher le morceau.

Sauf que pour rien au monde je me refais la scène de toute à l'heure. Je veux juste prendre un bain - même pas pour me morfondre ! Entre la semi-déclaration de Madison, la discussion avec Ares, moi qui décide de partir à Hong Kong mais qui me fait rembarrer, tout le monde qui débarque un à un… je veux juste être seule. Il s'est passé tellement de choses aujourd'hui que j'ai juste envie de réfléchir.

De me morfondre un peu sur mon sort, aussi, parce que j'adore ça.

Et me shooter la gueule au Prozac avant d'aller me coucher, pour être en forme demain. C'est pas tout ça, mais j'ai un deal de plusieurs millions à conclure.

"Au top," je dis, agacée, avec un signe des mains sec pour ponctuer ma phrase. "Si je pense à me jeter du balcon, je vous appelle avant. Promis."

Eugénie sourit, rassurée, et me prend dans ses bras.

"Tu peux même m'appeler pour papoter," dit-elle avant de me relâcher.

Je ne savais pas que j'avais des amis aussi oppressants - même si je dois avouer que ça me touche pas mal.

"Et on va dîner dans le coin, donc si tu veux nous rejoindre, n'hésite pas," rajoute Charlie. "En attendant, repose-toi bien, et prends le temps de réfléchir à tout ça."

"Pas de problème," je réponds honnêtement, et considérant aussi l'option de les rejoindre plus tard. "Je vous tiens au courant."

Les autres se regardent, pour comprendre ce que Charlie veut entendre par la deuxième partie de la phrase, et Caro leur lance le même regard qu'à Nico - qu'elle va leur expliquer.

"Super !" s'exclame Lila. "Madison, tu viens avec nous ?"

"Merci," répond-il, "mais j'ai un rendez-vous skype avec ma meilleure amie de New York dans une heure."

"Ah ouais ?" Demande Eugénie, curieuse. "Elle s'appelle comment ?"

"Daria," répond simplement Madison.

"Je savais pas que t'avais des amis à New York," ajoute-t-elle.

Madison la regarde avec l'incompréhension visible sur son visage. "Pardon ?"

Eugénie rit, l'air de comprendre ce qu'elle vient de dire. "Nan, c'est mal sorti," dit-elle. "C'est juste que t'as toujours des potes à voir à Paris et que tu ne parles jamais de tes amis de New York."

Eugénie n'a pas tort. J'ai déjà entendu parler de Daria, vu des photos, même (laissez-moi vous dire que si elle tente une approche sur moi, je ne la rembarrerais pas). J'ai entendu parler aussi de deux de ses potes d'enfance, Derreck (dit 'Deck') et Alexandre, mais c'est tout. J'ai toujours mis ça sur le compte de la personnalité de Madison : il prend la vie comme il est, et a tellement de sujets de conversations variés qu'il n'a que très rarement recours à des "ouais, c'est arrivé à mon pote untel". Madison vit les choses lui-même, de manière générale.

"J'ai beau être excessivement populaire," répond Madison avec humour, "j'ai tout de même des meilleurs amis."

Il croise mon regard et me fait un clin d'oeil. Je souris niaisement en retour.

"Bon, j'ai soif. Madison pourra nous raconter sa vie au resto demain soir - parce que oui, tu viens," dit Charlie, la voix assez autoritaire pour que tout le monde se bouge et que Madison ne refuse pas l'invitation.

Je regarde le groupe, plantée à l'entrée de mon appartement. Ils sont tous en train de papoter entre eux, et ça doit faire pas mal de bruit pour les voisins, mais je m'en fiche. Je souris. Je suis bêtement heureuse qu'ils soient tous venus me voir. Et même si c'est pas cool de ma part de les foutre dehors, j'ai vraiment envie d'être seule - si ce n'est une heure avant des les rejoindre pour dîner.

Je sors de ma contemplation quand je vois qu'ils se tournent tous vers les escaliers et se taisent.

Le silence m'intrigue et je me mets sur la pointe de pieds pour essayer de voir au-dessus de leurs têtes.

J'aperçois immédiatement une chevelure auburn, très familière. Un "hey, Ares" murmuré par Lila me confirme qui est là.

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine. Il est revenu ? Pour moi ? Les autres ont l'air aussi surpris de le voir que moi, donc ce n'est pas une de leurs manigances. Je ne peux m'empêcher d'espérer… je ne sais pas exactement quoi, mais peut-être que mon dimanche ne va pas craindre autant que je le pensais il y a une heure.

Madison me regarde pas dessus son épaule, l'air interrogateur, mais plutôt content. Il lève un sourcil et hoche une fois la tête vers le bas, l'air de dire "merde pas, copine". Je lui souris faiblement, avant de retourner mon regard sur Ares.

"Hey," dit-il presque solennellement, l'air hésitant face aux huit paires d'yeux fixées sur lui.

"Comment t'as eu mon code ?" Je lui demande bêtement.

Ses yeux verts se fixent aux miens. Son visage est tellement beau que ça me coupe le souffle quelques secondes.

"C'est Charlie qui me l'a filé," dit-il simplement.

Le texto qu'a reçu Charlie. Je savais qu'il se tramait quelque chose.

"Aaaaah, c'était ça ton regard toute à l'heure !" S'exclame Caro, avant de rajouter sobrement : "J'avais rien compris."

"Je vois ça," répond Charlie avec un ton plat qui fait lever les yeux au ciel à Caro.

Un silence s'installe quelques secondes, ou personne ne sait exactement quoi faire de son corps. Je sais que les autres savent qu'ils doivent partir pour laisser Ares me parler, mais que la curiosité les dévore tellement qu'ils seraient prêts à assister à la conversation, comme au cinéma.

"Bon, si on allait le boire, ce putain de verre ?" Intervient Nico, avançant sur le palier en poussant délicatement les gens pour commencer un mouvement vers l'extérieur.

"Salut Lou," chantonne Eugénie sans même me regarder, entamant la descente des escaliers. Les autres lui font écho, et rapidement, je me retrouve devant Ares, sans n'avoir rien à lui dire.

Après tout, je ne sais pas du tout ce qu'il fait là.

"Pourquoi est-ce que Madison avait une batte ?" Demande Ares en Français, l'air complètement à l'Ouest.

Je me force à ne pas sourire. "Tu ne veux pas savoir," je lui dis honnêtement.

On se sonde tous les deux du regard pendant quelques secondes, lui toujours sur le palier, les mains dans les poches, et moi sur le pas de mon appartement, à l'intérieur.

"Je suis désolé - pour toute à l'heure," commence-t-il sincèrement.

Attendez

La cage d'escalier est tellement silencieuse que ça en est presque anormal. Regardant Ares, je mets mon index sur ma bouche pour lui indiquer de se taire. Sur la pointes des pieds, je sors de mon appartement, passe à côté de lui, et me penche sur la rambarde de l'escalier.

Bingo.

Ils sont tous comme des cons agglutinés sur le palier de l'étage inférieur pour écouter la conversation. Ares me rejoint contre la balustrade et sourit.

"Vous avez oublié quelque chose ?" Je demande platement, assez fort pour attirer leur attention, accoudée à la balustrade.

Ils lèvent tous les yeux vers nous, et ont la décence d'avoir l'air gênés. "Euh, non, non," répond Lila avec un ton et air candides. "Charlie refaisait son lacet."

Je lève les yeux au ciel et Ares émet un rire rauque.

"Tu veux rentrer ?" Je lui demande, tournant ma tête vers lui.

"Volontiers," dit-il simplement, avant de me suivre dans mon appartement.

Je le laisse continuer vers le salon pour refermer la porte d'entrée.

C'est en le voyant observer mon salon que je me rends compte de la connerie que j'ai faite en le larguant. J'avais tout ce dont j'ai pu rêver - et même plus. J'ai un job canon qui me plaît (même si les autres s'endorment à chaque fois que je prononce le mot equity), un appartement canon, un mec canon qui me fait me sentir canon. J'ai le groupe d'amis dont des milliers de gens rêvent, je m'entends merveilleusement avec mes parents, et j'avais une relation avec Ares qui me correspondait parfaitement.

Jamais j'ai eu une envie et un besoin aussi viscéraux que ça marche avec Ares. S'il y a un endroit où Ares doit être sur cette terre, c'est avec moi.

J'ai tellement travaillé pour ça - et travaillé sur moi-même - que je sens que je mérite tout ça. J'en ai tellement chié jusqu'à il y a quelques années, que le karma me doit bien ça.

"Il est canon, cet appartement," me dit Ares, croisant mon regard, pas du tout au courant de mon train de pensée.

Un rire surpris sors de ma gorge. Ares lève un sourcil vers moi, l'air curieux et amusé. J'ai envie de rire et de pleurer en même temps.

"Merci," je dis avec un sourire ému, que Ares ne comprend pas totalement.

"Ca va, Lou ?" Demande-t-il doucement avec un sourire tout aussi doux.

"Je t'aime," je dis d'un ton ému et heureux à la fois avant que je puisse m'en empêcher.

Les mots glissent aussi facilement hors de ma bouche parce que je sais avec certitude que ça ne peut que marcher avec Ares. Après tout, il est là pour me voir, non ?

Ares bat rapidement des cils, l'air le plus surpris du monde, et un sourire s'étire sur sa bouche. Il n'en revient tellement pas qu'il en aurait l'air bête s'il n'était pas aussi beau.

"Je sais qu'il y a plein de choses dont on doit parler," je rajoute en essayant de garder un ton sérieux, "mais je le pense. Et j'ai grave envie de te faire l'amour depuis que je t'ai vu ce matin, et là, ça peut pas attendre."

Ses connexions neuronales doivent se rétablir parce qu'en moins d'une seconde, il m'attire par la taille et colle sa bouche contre la mienne. Je reconnais l'odeur de son corps, sa chaleur, la forme de sa bouche et son goût.

Une boule d'euphorie monte en moi, et cette sensation tiraillée entre l'envie de rire et de pleurer de bonheur me submerge à nouveau.

"Jamais de ma vie je n'ai eu envie d'entendre une chose plus que celle-ci," me dit-il en prenant mon visage dans ses mains, me regardant fixement.

Jamais je ne l'ai vu si heureux. Et c'est grâce à moi.

Laissez-moi vous dire qu'un a dûment baptisé mon nouveau canapé.

J'ai un partiel demain matin MAIS. JE. M'EN. TAPE. Ce n'est encore une fois PAS relu…

Il ne reste que l'EPILOGUE! OUI!

Qu'en avez vous pensé ? J'attends vos commentaries ! MERCI pour vos reviews !