Chapitre 1

Je tirai la manche de Clem et lui montrai le vieil homme qui s'efforçait de se faire entendre au milieu de la cour, et ce, en sachant qu'il n'y arriverait pas.

-C'est lui ?

- ?

- Notre nouveau titulaire !

Soudain, mon nom fusa dans la cour, lui ôtant la possibilité de me répondre. Je l'embrassai rapidement sur la joue pour me diriger vers le bâtiment central. Évidemment, nous n'avions pas suivi la répartition des dernières années, et ce ne fut que quand j'entrai dans le local de cours que je vis enfin ma classe. Aziz, Leïla, Micheline… Je soupirai.

Je jetai un rapide coup d'œil vers l'entrebâillement de la porte et je vis Clem qui me fit un rapide signe de la main…pour se diriger vers les labos ! Elle n'était pas dans ma classe ! Après six années passée ensemble, on avait osé nous séparer, nous, les inséparables ! Cette dernière année à Saint Luc allait me peser plus que de raison, je le sentais.

Dégoûtée, je me retournai pour regarder celui qui allait me servir de titulaire afin de lui décocher un regard assassin, ma spécialité.

-…

-Un problème mademoiselle ?

-euh…je …nan…enfin je veux dire non lui dis-je en reprenant un peu contenance.

Il me regarda, ses yeux défiant les miens. Je grognai. Le fait qu'il soit beau ne changeait rien, j'avais été séparée de ma meilleure amie, je me retrouvais dans une classe de presque inconnus et qu'il soit si..

Non je me perds là !

Je me détournai et m'intéressai subitement à mes cheveux, honteuse de m'être fait remarquer. Il me quitta des yeux et nous demanda de choisir nos places. Je ne bougeai pas, me repassant en boucle les intonations de sa voix grave et masculine. L'année ne serait peut-être pas si pénible au final.

-Hé ho !

Je sursautai, tirée brusquement de mes rêves.

Oh non ! Pas lui !

-Max…salut…ça va ?

-Hey my little bird ! Je vais bien et toi ? Tu m'as manqué ! Tu t'assieds à coté de moi ?

Je frissonnai en entendant son léger accent. Max était arrivé l'année passée de New York et s'était tout de suite imposé comme un des beau gosse de l'école. Il était sorti avec un nombre incalculable de filles et nous avions fini par comprendre qu'il agissait ainsi pour battre son « record ». Parce que oui, un porc qui tient un journal avec le nombre de ses conquêtes, ça existe.

Qu'est-ce que je viens faire dans cette histoire ?

Il se trouve qu'au moment de comptabiliser ses exploits, il était arrivé au malheureux nombre de 39 conquêtes et ayant épuisé toutes les belles du collège, il avait décidé de se trouver une fille potable -moi- au bal de fin d'année pour arrondir ce fameux nombre. Sauf qu'en plus d'être bonne à arrondir les chiffres, j'étais aussi attirée par ce garçon qui ne m'avait jamais adressé la parole. Mauvaise idée, mauvaise expérience. Depuis, je garde mes distances avec tout personne du sexe masculin, mon esprit associant directement les garçons aux ennuis.

J'allais refuser catégoriquement mais le directeur entra alors dans la pièce nous obligeant à accélérer notre cadence, je fus donc forcée de prendre place à coté de Max.

Non mais quel idiot ! Je rêve ou il a choisi de s'asseoir au premier banc devant le prof !

Je levai mes yeux vers celui-ci et nos regards se croisèrent une nouvelle fois. Je sentis le rouge me monter aux joues et je me promis de ne plus le regarder… Je ne voulais pas passer au statut de tomate ! D'ailleurs je ne comprenais pourquoi je réagissais ainsi…

Il est jeune …

faut vraiment que j'arrête les films romantiques, ça commence à me monter à la tête !

Le directeur prit la parole, me coupant de mes pensées.

-Je vous présente Mr. VENTEMIGA, il est nouveau dans cette école et j'espère que vous vous comporterez bien avec lui.

Ricanement général. Un nouveau ? La classe allait le faire souffrir… !

Il continua :

-Il a 23 ans et sera votre professeur d'anglais et d'italien.

Il descendit de l'estrade et échangea quelques mot avec Ventemiga. Il s'apprêtait à sortir quand il lui jeta un coup d'œil interrogatif.

-Nathan ?

-Mh ?

alors comme ça il s'appelle Nathan…

-Tu n'as pas eu d'ennuis avec elle ?

Quoi !? Mais il parle de moi ! Il va me faire passer pour quoi !?

-Non pourquoi, je devrais ?

Le directeur étouffa un rire puis me fis un clin d'œil. Ainsi donc il était dans le coup, il avait aider à répartir les classes..

-Je te raconterai ce midi.

Et il sortit de la pièce.

Pour échapper au regard interrogatif de notre « titulaire », je me penchai vers Max qui me donnait des coups de coudes afin savoir ce qui s'était passé.

Quel abruti !

Je poussai un soupir et lui soufflai à l'oreille :

-Qu'est-ce que tu veux que j'en sache crétin ? Et pourquoi as-tu voulu t'asseoir à coté de moi ?!

-Ah ça va…. Tu sais on pourrait vraiment être amis …j' voulais juste être sympa…

J'étouffai un ricanement.

-On essaye d' être sympa maintenant ?

Il n'eut pas le temps de répondre car Ventemiga toussota, nous signalant au passage qu'il avait tout entendu…

Quelle journée pourrie !

Après un rapide tour des prénoms et un résumé des objectifs à atteindre pour la fin de l'année, la cloche sonna enfin et je jetai rapidement ma veste sur mes épaules, poussée par le désir de sortir enfin de cette mauvaise blague. J'allais franchir la porte mais dans ma hâte je fis tomber mon porte-feuille et en m'abaissant pour le ramasser je me pris les pieds dans un sac. Belle gamelle, il fallait l'admettre. Je me retournai rouge de honte pour vérifier que personne n'avait assister à ce désastre.

Manquais plus que ça..

-Hep hep hep !

Je me relevai, refusant la main tendue, sa main tendue.

-Je …

puta** pourquoi il me regarde comme ça… et …il rigole !

Mon caractère pris le dessus sur ma honte passagère je lui lancai d'une voix sifflante :

-Je peux savoir ce qu'il y a de drôle ?!

Apparemment surpris par mon ton agressif, il s'arrêta de rigoler pour me demandé :

-Et toi, je peux te demander ce qui ne va pas ?

Mes yeux brûlants de larmes de rage, je décidai de l'ignorer et de sortir avec le peu de dignité qui me restait. Je retrouvai Clem qui, affolée par mon état, me demanda comment s'était passé cette matinée mais n'obtenant pas de réponse, elle enchaîna sur sa journée me décrivant sa nouvelle classe….

Je n'écoutai que d'une oreille, perdue dans mes pensées.

Mais qu'est-ce qui m'arrive bon sang ?!

La journée passa très vite car je ne fis pas attention à ce qui se passait autour de moi. Quand Max me posait des questions, je répondait vaguement et les profs ne m'interrogèrent pas. Je n'avais qu'une hâte, rentrer chez moi.

J'aurais presque pu passer une assez agréable journée si IL n'avait pas du nous donner cours en dernière heure. Il me questionna une fois. Je ne répondis pas et, comme si de rien n'était, il continua son cours. Je restai crispée pendant toute l'heure et au son de la cloche, je laissai échapper un soupir bruyant de mes lèvres. Je fis mon cartable en l'ignorant avec panache, ce qui relèvait de l'exploit puisque son bureau était en face du mien et fis en sorte de partir dans les premiers.

Malheureusement pour moi, il avait décelé ma technique et il me demanda d'attendre dans la classe. Quand nous fûmes seuls dans la classe il me demanda :

-Alors ?

Je décidai d'user d'un stratagème pour rentrer plus vite chez moi mais surtout pour éviter toute confrontation.

-J'dois partir monsieur.

Et je fonçai vers la sortie. Mais il ne m'en laissa pas l'occasion. Avec une force qui me coupa le souffle, il me plaqua contre le mur. Je paniquai, essayai de m'échapper mais j'avais beau être majeure, je n'avais aucune chance contre un homme adulte.

-Mais quel est ton problème ?! me dit-il sur un ton vibrant de colère.

-Le directeur m'a expliqué que tu n'étais pas dans la classe de ta meilleure amie et je m'excuse si je t'ai vexée tout à l'heure mais je ne te comprends pas ! C'est le premier jour et tu t'es déjà mise en tête de ne pas répondre aux questions pendant les cours !

Je ne savais pas répondre. Mes répliques restaient coincées dans ma gorge tandis que je sentais son souffle chaud me fouetter le cou et que j'appréciai plus que nécessaire la pression de ses mains sur mes épaules. Je commençai à rougir mais certainement pas pour la raison appropriée…

Un grand silence s'installa entre nous. Je remerciai le ciel d'avoir dit à Clem de rentrer sans moi et j' attendis. Il se détendit un peu, me relâcha mais ne m'offrit pas plus d'issues en gardant un de ses bras de chaque coté, les mains appuyées sur le mur.

-Alors ? Demanda-t-il dans un murmure.

-Je ne sais pas…je ne comprends pas c'est…

Il se rapprocha encore un peu de moi et me pria de continuer.

Alors, je craquai.

Peut-être à cause de la rentrée, peut-être à cause de Max…peut-être parce que son visage se trouvait à 10 centimètres du mien….

Je laissai échapper des larmes de crocodile et lui expliquai avec une respiration saccadée mon histoire avec Max, comment il m'avait employée, comment il était parti sans un mot, .. je ne réalisai qu'à la fin qu'à part Clem personne n'était au courant de cette histoire et que je venais de tout déballer à un prof que je ne connaissais même pas… Cela m'acheva et je m'effondrai dans ses bras, perdant tout mes repères.

Nous passâmes 1h durant lesquelles je pleurai à chaudes larmes et où il me consola, trouvant les mots justes, me caressant doucement les cheveux. Je ne vis pas le temps passer et quand les lumières du couloir s'éteignirent j'eus un brusque retour à la réalité.

-Je …. Je suis désolée monsieur… je ne sais pas ce qui m'a pris…

Il sécha une de mes larmes avec la paume de sa main.

-Ça va aller, ça va aller… me dit-il de sa voix chaude et rassurante. Nous étions proches. Très proches. Il parut s'en rendre compte en même temps et s'éloigna un peu.

-Tu veux que je te raccompagne ?

Comme je ne répondais pas, il rajouta :

-Jusqu'à la porte bien entendu …

C'est à ce moment là que je sortie vraiment de ma torpeur. Je fis un geste pour me mettre à nouveau dans ses bras, contre son torse chaud et musclé mais la réalité nous avait frappés tous deux de plein fouet et il rompit toute possibilité de contact avec moi en allant chercher sa veste qu'il avait laissé sur le dossier de sa chaise. Je toussotai, passai ma main dans mes cheveux et lui sourit timidement. Il ne me sourit pas… Peut-être venait-il de réaliser ce qui venait de se passer ? Nous avions été très proches pendant un long moment et même si je me faisais sans doute des films, ça ne me semblait pas très professionnel.. Il m'ouvrit la porte et nous marchâmes en silence jusqu'à la sortie…

Arrivée dehors, je frissonnai. Il me sourit. Enfin.

-Tes parents vont s'inquiéter !

-Non ils travaillent à l'étranger…vous savez monsieur, tant que je ne vais pas en prison, ils ne se soucient pas de moi !

Je rêve ou je lui déballe ma vie là ? Calme toi !

Il fronça les sourcils et j'éclatai de rire. Il haussa les épaules et me demanda si j'habitais loin.

-Non, j'habite tout près même ! Vous voyez la rue là …

Il se pencha en avant pour regarder la direction que j'indiquais et j'inspirai pleinement son parfum.

Mmmh …

-Sérieusement ?

-Euh.. oui pourquoi ?

-Hé bien j'habite dans la rue là, tu vois, elle est perpendiculaire à la tienne !

Il m'accompagna donc jusqu'à chez moi puis attendit que je déniche ma clé dans mon énorme sac pour me quitter. Il ne me fit qu'un bref signe de la main, normal pour un prof… j'eus tout de même un pincement au cœur… Il m'avait serré dans ses bras et il ne me disait même pas bonsoir ?!

J'étais exténuée. Je ne pris pas la peine de me préparer un repas, me jetai toute habillée sur mon lit et m'endormis aussitôt.