Chapitre 14 : Mauvais moment

-Euh…je…

Nathan haussa les sourcils.

Ne comprenait-il donc pas la difficulté de l'exercice qu'il m'imposait ? Nous savions tout les deux que je n'étais pas restée pour me rattraper en anglais mais ça ne me facilitait pas la tâche pour autant !

Il soupira et mes joues virèrent à l'écarlate.

-Manquais plus que ça…

Marmonnais-je.

Il éclata d'un rire franc, détendant immédiatement l'atmosphère pesante qui s'était installée entre nous et quitta son siège pour s'asseoir sur la chaise de Max, juste à côté de moi.

-Alors je pense que c'est à mon tour de te présenter des excuses…

Il était si proche de moi que je sentais son souffle sur mon visage.

-Ah non ça ne va pas recommencer !

Je me reculai brusquement puis je pris conscience qu'il avait pu mal interpréter mon geste. Je me pris la tête entre les mains et gémis. Avait-on jamais vu une fille aussi stupide ?

Tout en m'efforçant de ne pas le regarder dans les yeux, je pris une grande inspiration et lui expliquai mon comportement, honteuse de lui avouer mon secret.

-Désolé Nathan… euh Ventemiga… euh Monsieur ! J'arrive pas à me concentrer quand je vous regarde dans les yeux…

Et voilà j'ai rater ma vie ! Si il ne part pas après ce que je viens de dire et si il ne me dis pas que je fais pitié, c'est que c'est le mec idéal !

Je levai les yeux en priant de toute mes forces pour ne pas décelé dans les siens une lueur dédaigneuse.

Il souriait. Mais pas d'un sourire moqueur, il souriait avec…

Tendresse ?!

Il me prit alors au dépourvu, m'enlaça et plongea sa tête dans mes cheveux.

-Et maintenant que tu ne vois plus mes yeux, ça va mieux ?

-Euh…je…

-Apparemment non ! Moi je me sens bien là où je suis mais si tu veux je…

-Non !

Il s'esclaffa et je sentis tout mon corps vibrer au rythme de son rire.

Pour dire que je ne voulais pas qu'il bouge ! Malgré l'étrangeté de la situation, je comptais bien profiter de ce moment !

Je fermai les yeux et inspirai à fond.

Mmmh ! Qu'est-ce qu'il sent bon !

Puis, je le sentis bouger, relâcher son étreinte. Il s'éloigna un peu. Un tout petit peu qui me semblait énorme.

Déjà !

-Steph…

Je frissonai. Il m'avait appelé Steph…

-Steph regarde moi dans les yeux.

Je plongeai mon regard dans le sien mais pour la première fois, je ne m'y noyai pas.

J'avais inconsciemment franchi une étape et si ses yeux me semblait toujours aussi attractifs, je n'avais plus honte, plus peur.

Je l'aimais et il m'aimait.

Aussi non pourquoi aurait-il agit ainsi ?

-Je vous écoute Monsieur.

A cette phrase, l'air serein qu'il affichait s'envola.

-Mais tu le fais exprès ?!

Horrifiée, j'essayais de comprendre ce que j'avais pu de dire de blessant.

Mon cœur s'arrêta de battre…

Il reprit :

J'ai essayé de t'ignorer et même de t'oublier mais je n' y arrive pas ! Alors j'ai pensé que peut-être, si tu acceptes, nous pourrions… Mais à chaque fois que tu m'appelles Monsieur tu me fais culpabiliser en me rappelant les différences qui nous séparent et … Ca va ?

Et reprit sa course, plus vite, plus fort, tant et si bien que je cru qu'il allait sortir de ma poitrine.

Inquiet, Nathan s'agenouilla à côté de moi et me pris la main.

Une pensée incongrue me traversa l'esprit et je fus prise d'un rire douloureux.

On dirait une demande en mariage !

En m'entendant rire, il se redressa et me dit sur un ton agacé :

-Ne me fais plus de peur pareille ! Tu étais toute blanche et j'ai cru que… enfin bref !

-Désolée je ne l'ai pas fait exprès…

Dis-je en espérant que sa colère allait s'estompée.

-Allez, pas grave ! Bon je continue ?

J'acquiesçai en silence, rassurée de voir qu'il ne m'en voulait pas.

Bien que j'en suis pas responsable !

-Voilà. En fait je voulais simplement te dire que, si tu es d'accord bien sur, on pourrait peut-être aller vers une relation disons plus…officielle…

-Hein ?

C'était sortit tout seul. Je n'avais pas voulu l'interrompre, seulement le nombre de sous-entendu que je pouvais comprendre derrière cette « relation officielle » méritait d'être éclairci !

Gêné, il se tortilla sur son siège.

Ha ha ! Je ne suis pas la seule à ne pas toujours être à l'aise !

-Je veux dire que si tu veux que…euh…oh laisse tomb…

Il n'eu pas le temps de terminer sa phrase car j'avais plaqué ma main contre sa bouche. J'en savais suffisamment.

-Je veux bien, je veux même plus que bien !

Le soulagement puis la joie s'imprimèrent tour à tour sur son visage.

- Merci ! Euh.. par contre je dois te prévenir que tout ce qu'il se passera entre nous doit rester en dehors de l'école et euh…que je veux que tu saches que même si je suis plus âgé, on franchira les étapes à ton rythme et que pour Cl…

Bon si j'ai bien compris c'est mon copain non ? Alors j'ai bien le droit de faire ça !

Je plaquai mes lèvres contre les siennes afin qu'il se taise. Du moins était-ce mon but au début. Alors que j'avais commencé notre baiser, il reprit le contrôle, happa mes lèvres, me faisant voyager bien plus loin que tout ce dont j'aurais pu rêver. Je me laissai aller contre lui, perdant la notion du temps, de l'espace,… En réalité, je perdis toutes notions possibles excepté celle de la présence de son corps contre mon corps.

Mais le baiser ne dura pas. Il le rompit et me fixa avec inquiétude.

Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?!

J'avais envie de pleurer mais je me retenais. Il ne fallait pas qu'il me prenne pour une gamine !

Il posa sa main sur mon front et je l'interrogeai du regard.

-Steph… Tu est malade. Il faut que tu rentres chez toi, l'infirmière n'est pas là aujourd'hui.

Il regarda sa montre et lâcha un juron.

-Et je ne peux même pas te raccompagner, les autres arrivent dans cinq minutes…

Il leva à nouveau les yeux vers moi.

Maintenant qu'il le disait, je réalisais qu'en effet, quelque chose clochait. J'avais mal de tête et je me sentais fiévreuse.

-Tu as mon numéro hein ? Si il se passe quoi que se soit, tu m'appelles ! Je passe chez toi se soir d'accord ?

Je hochai faiblement la tête.

Il me raccompagna jusqu'à la porte, m'embrassa avec infiniment de douceur et me promis à nouveau de passer me voir dès que les cours seraient terminés.

Tout en descendant les escaliers, je le regardai s'éloigner vers la salles des profs se qui m'empêcha de voir que Clem, caché dans l'embrasure de la porte du cagibi, avait surpris notre baiser.

Quand je ne le vis plus, je détournai la tête et fixai les escaliers en espérant ne pas tomber car je me sentais de moins en moins bien, de plus en plus mal, bref il était temps que je rejoigne ma maison.

Quand j'arrivai enfin dans ma rue, la première chose que j'aperçus fut la porte de ma maison entrouverte.

Un cambriolage ? Un vol ?

J'allongeai mes foulées pour atteindre plus vite ma demeure mais arrivée à l'entrée de celle-ci je du m'appuyer contre un mur pour reprendre mon souffle.

Vraiment pas en très grande forme !

Moi qui courait régulièrement, abaissée à reprendre ma respiration ?! Pfff !

Une fois remise, je reportai mon attention vers mon habitation.

Je pris mon courage à deux mains et, à pas de loup, me dirigeai vers le salon d'où j'entendais une voix de femme.

Elle parle toute seule ? Non, elle doit être au téléphone…

Son timbre me semblait familier mais je ne parvenais pas à mettre un visage sur cette voix.

J'entrai dans le salon.

-Ma Chériiiiiiie ! Je suis là pour toute la semaiiiiiiine ! J'ai pu me liiiiiiiibérer pour te voiiiiiiir ! Ca faiiiiit si longtemps !

Je me figeai et une dizaine d'informations fusèrent en même temps dans mon esprit.

-Maman est là.

-Maman déteste les hommes.

-Nathan passe ce soir.

-Je me sens mal…

-Elle va vouloir s'occuper de moi.

-Ca fait deux ans que je ne l'ai plus vue !

-Je parie qu'elle va prendre ma chambre et que je vais devoir loger dans le salon.

-Maman va me demander ce que devient Clem.

-Je ne veux pas qu'elle soit là et encore moins maintenant !

-Je me sens vraiment mal…

Je fus prise d'une violente quinte de toux puis je tombai à genoux, je tombai à terre, je tombai…