Dans ce chapitre, mes personnages fumeront des herbes magiques. Pour celles qui n'ont jamais consommés ou connu des gens qui auraient pu leur en parler, je vais brièvement vous expliquer le principe de la souflette :

Le premier mec fout le bedo à l'intérieur de sa bouche, côté enflammé du côté de la gorge. Il inspire Le second type vient récupèrer la fumée à quelques millimètres de ses lèvres (ce qui m'a toujours fait fantasmé, et je l'ai enfin utilisé dans une histoire mdr !)

Bonne lecture !


II

Le jour où j'ai frôlé un papillon

Je me triturais les doigts depuis un temps. Ma cigarette venait de se terminer et là, assis dans mon propre jardin auprès de l'homme qui m'intriguait depuis un mois bien que je tentais en vain de l'ignorer, je ne savais trop comment réagir.

Pour expliquer son affligeante avance, il m'avait certifié que chez lui, l'horloge indiquait la bonne heure et qu'il n'y pouvait rien si l'électronique n'était pas fiable. Bizarrement, je ne pus que me sentir réjoui d'une telle situation tandis qu'il me racontait quelle importance avait pour lui les sombres écrits de Poppy Z. Brite. Pensif, j'écoutais d'une oreille ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait lu Le Corps Exquis et je me surpris à sourire lorsqu'il m'annonça qu'il me l'apporterait, lundi, en cours.

« Vois-tu, un cannibale qui tombe amoureux d'un nécrophile peu sembler très déstabilisant mais la passion qui traverse tout le long du roman ne peut pas être laissée de côté ! Mais bon, si ce sujet te paraît rebutant, je peux t'apporter Âmes Perdues. Une histoire de vampire à la Nouvelle Orléans entre défonce et rock, c'est extasiant !

— Défonce et rock ? Apporte-moi d'abord celui-là et lorsque je l'aurais fini, l'autre. »

Je ne m'étais pas aperçu que mes paroles laissaient échapper mon envie d'en apprendre plus sur lui mais il était déjà trop tard, je me noyais dans son franc sourire.

« Quelle heure est-il ? Nous devrions peut-être penser à y aller, nan ? »

Je sortis mon portable et me relevait d'un bond.

« Merde, 21h15 ! Dépêchons-nous sinon Ana va encore se plaindre ! »

Et lorsque nous quittâmes mon jardin, un papillon passa entre lui et moi.

Emprisonne-moi.

Attache-moi.

.. o.O.o ..

Et ce que je présumais arriva. Le long regard qu'elle m'offrit lorsque nous passâmes le pas de sa porte, entre suspicion et curiosité, me déstabilisa. Je tira sur son bras avant qu'elle ne laisse échapper les mots qui semblaient lui brûler les lèvres. Surpris mais restant néanmoins interdit, Mathieu alla rejoindre nos amis dans le salon après un signe de tête à l'hôte de maison.

« Alors ? »

Elle m'assommait de questions comme de sous-entendus tandis que nous marchions jusqu'à sa cuisine et de peu, j'aurais pu faire demi tour et quitter la maison. Je savais que c'était une mauvaise idée d'arriver avec lui…

« Vous faisiez quoi ? Hein ? Hein ?

— On discutait bouquin.

— C'tout ?

— Oui c'est tout. A quoi t'attendais-tu d'autre ? » soupirai-je.

La longue liste de ses fantasmes me fit très vite regretter ma question et je la coupai en lui rappelant que je n'étais pas encore aller saluer les autres. Visiblement excitée par la tournure que prenait la situation, elle m'intima d'aller vite retrouver mon prince charmant. Bougon, je la laissais dans la cuisine.

« Seimei ! » s'écria tout à coup Mia, une ex.

Dorénavant à fleur de peau, je faillis la repousser quand elle m'enlaça mais à son ton si enjoué de me retrouver, je me dis que détruire le bonheur des autres pour son propre égoïsme n'était pas une chose à faire et pris sur moi de lui rendre son étreinte.

« Je ne pensais pas qu'on aurait pu perdre contact aussi facilement juste parce que je suis à la fac cette année, c'est bien dommage ! Mais on va rattraper cela, n'est-ce pas ? »

Un clin d'œil de sa part et juste le temps pour moi de m'apercevoir qu'il venait de détourner son regard de la scène.

Regarde-moi.

.. o.O.o ..

Mia ne me laissait aucun répit. Ma vaine intention de m'asseoir auprès de Mathieu avait échoué lorsqu'elle s'était installée entre nous, m'accaparant par la même occasion. La déception due se lire sur mon visage car aussitôt, Ana m'intima de venir lui faire une soufflette. Elle se trouvait assise face à lui. Je m'excusais brièvement auprès de Mia et de la stupide conversation qu'elle tentait d'entretenir avec moi pour venir embrasser la joue de celle qui venait de me sauver.

« Renouer avec son ex devant le prince charmant, tu es plus réfléchis niveau amour que je ne le pensais » me souffla-t-elle. « Bientôt, il te mangera dans la main !

— Je te rappelle qu'il est hétéro et que je ne suis pas intéressé par lui. » répliquai-je en enfournant le bedo dans ma bouche.

— Bien sûr, bien sûr. » finit-elle en approchant son visage.

Quand elle se mit à tousser et saluer ma performance puis qu'elle demanda qui voulait que je lui en fasse une en fixant celui qu'il ne fallait pas fixer, le rouge aux joues, je voulus arrêter ses entreprises alcoolisées. Bientôt, elle irait lui annoncer de but en blanc que « j'attends mon prince charmant » si j'oubliais de la surveiller… Mais je me surpris à l'en remercier lorsque je vis les lèvres de Mathieu se desserrer. Scotché à ses lèvres qui allaient bientôt me sortir le « oui » que j'attendais, je crus que j'allais exploser lorsque Mia le devança.

« Oh oui ! Moi, moi ! »

L'expression de son visage changea du tout au tout. Il se renfrogna, perdit son expression de gaieté habituelle et je me sentis blessé qu'il ne tente pas de répliquer à l'opportuniste que c'était à lui. A lui seul d'avoir cette soufflette.

Vole-moi.

« Désolé, mais il n'en reste pas assez, Mia. Le prochain, ok ? » inventai-je pour seule alternative en cachant derrière le dos d'Ana le pet' qui aurait largement pu en supporter une ou deux de plus.

« Sers-moi un shooter de vodka, cousine. »

Bizarrement, je crus que Mathieu s'en était aperçu car il me lança un regard malicieux que je lui rendis.

« Coupé à quoi ?

— Pur. »

Les papillons dans mon ventre me soufflèrent qu'il était temps de me laisser aller. Oui, il m'en faudrait bien quelques uns de plus pour supporter la suite de cette soirée.

.. o.O.o ..

J'étais enfin assis près de lui. Rectification. Il était venu s'installer près de moi pour éviter l'une de mes amies qui tentait diverses approches depuis un bon quart d'heure, alors qu'Ana tentait de ne pas laisser paraître aux vues des autres le regard blessé que j'échangeais à intervalles réguliers avec elle.

J'étais enfin là où aurait dû être ma place depuis bien deux heures : à ses côtés. Je voulus rectifier ces pensées qui m'assaillaient mais les effets du THC ne m'obligeait qu'à rentrer que plus encore dans d'interminables réflexions qui me berçaient d'illusion.

« Alors, cette soufflette ? » chuchota-t-il.

Plein d'espoir, je crus qu'il quémandait la sienne mais il rajouta aussitôt après : « Elle n'attend que cela, regarde. » Bougon, je lui sortis qu'aucune proximité avec cette fille ne m'intéressait et qu'il valait mieux qu'elle m'oublie pendant une heure voire jusqu'au lendemain.

« Tu pourrais la rendre jalouse… »

Je ne pus voir clair en son jeu mais le fait qu'Ana m'ait sorti le même genre d'idée dans le but de l'agacer, lui, m'amusa.

« Et que me proposes-tu ? » lui soufflai-je.

« J'ai justement un bedo, là… T'en veux une ? »

Je me statufiai alors que son souffle venait de chatouiller l'intérieur de mon oreille.

« Ouais… » répondis-je difficilement alors que je m'imaginais déjà rapprocher mes lèvres des siennes.

Un grand sourire parcourut son visage alors qu'il fit tomber les cendres dans sa bière vide puis qu'il mit le bedo dans sa bouche. Je sentis le sang battre violemment à mes oreilles, ma tête tourner et mes joues brûler comme lors d'un premier baiser naïf alors que j'inspirai, tremblotant. Tandis que la fumée remplissait ma gorge, je sentis nos lèvres se frôler très légèrement. Je me retirais aussitôt, pris d'une quinte de toux. Il rit doucement et m'intima de suivre son regard : Mia venait de se détourner, visiblement furieuse.

Embrasse-moi.

.. o.O.o ..

Tout naturellement, vers 2h00, la conversation en vint à ce qui, à longueur de journée, m'obsédait. Je n'aurais su dire si l'expression sur son visage aurait due me faire comprendre qu'il aurait fallut que je me taise voire que je change de sujet, mais je ne pus empêcher mes gestes alcoolisés de toucher sa nuque, de tenter de descendre le col de son tee-shirt.

Il sursauta, rejeta violemment la main que j'avais posé sur lui, la giflant par la même occasion. Interloqué, je voulus m'excuser mais déjà il m'intimait de dégager, de ne pas le toucher, de me la fermer. Au son de sa voix, les autres avaient stoppés leurs conversations et nous regardaient maintenant, de l'incompréhension dans le regard.

Je crus que mon monde d'ailes venait de s'écrouler tout autour de moi, d'un bruit si intense qu'il me réveilla, qu'il me fit comprendre que je m'étais mis à pleurer et qu'il fallait m'échapper. Ana voulut m'arrêter mais je la rejetais, claquant derrière moi la porte, prenant mes jambes à mon cou, fuyant ce que je venais de détruire.

Tuez-moi.

Et j'explosais, déboussolé et en pleurs au coin de la rue.