Son portable à la main pour s'éclairer, dans la même pièce que 4 membres de sa famille, écrire un chapitre en une nuit emplie de moustiques et de ronflements en tous genres, ça donne ça ! mdr


III

Le jour où j'ai été blessé par un papillon

« Seimei ! »

Une main me fit faire volte face mais déjà, je me dégageai, m'apprêtant à courir s'il le fallait.

« Seimei, je… excuse-moi, je ne sais pas ce qui m'a pris… »

Je le repoussai violemment, ma tête alla heurter le mur de pierre derrière moi. De mes yeux voilés par les larmes, je vis l'expression d'inquiétude qu'il arborait et tandis que je le voyais se rapprocher à nouveau, je me mis en boule, la tête entre les mains.

Les papillons sont éphémères.

Les papillons sont trompeurs.

« Seimei, je t'en supplie, regarde-moi ! »

La douleur de m'être fait rejeter, de m'être trompé, d'avoir un tant soit peu [ça s'écrit bien comme ça… ? ^^''] espéré alors qu'il était un homme, un homme qui dissimulait ce qui m'avait semblé si beau sur son dos.

Par cela – cette certitude qu'un magnifique papillon prenait forme dans son dos et que j'étais le sol de notre entourage à m'en être aperçu –, je n'avais pas compris que cette exclusivité ne m'avait pas été donnée, que son secret n'était pas à moi seul. Mes pleurs redoublèrent tandis qu'il empoignait mon épaule, qu'il la caressait dans l'espoir de me calmer, de se faire pardonner.

« Je ne pensais pas que tu ferais une telle chose, tu m'as pris par surprise… Je sais que j'ai mal réagi, mais… mais je ne pourrais pas t'expliquer une telle réaction », déglutit-il, le regard au loin. « Je peux seulement espérer que tu me pardonneras.

— Ne me fais pas rire… » réussissais-je à articuler entre deux spasmes. « Pourquoi devrais-tu t'excuser pour m'avoir repoussé ? Cela fait bien plus mal que tu viennes t'en excuser. Tu aurais seulement dû me laisser seul ! Et puis, c'est de ta faute aussi, me donner autant de faux espoirs puis me rejeter à l'instant où je tente de te toucher… Pourquoi t'es-tu rapproché de moi, hein ? J'étais bien plus tranquille avant que tu ne tentes de nous faire devenir amis ! »

Sous le réverbère duquel il m'avait un peu plus tôt tiré, la lumière me laissait entrapercevoir l'once d'incompréhension qui voilait son visage. Malgré cela, je continuai dans ma lancée, tentant ainsi de me libérer, de m'envoler, d'accepter que pour lui, je n'étais rien.

Dépunaise nos ailes.

« Parce que t'en as vraiment rien à battre de ce que je peux ressentir. Tu as même réussi à me faire pleurer, tu devrais te féliciter pour cela ! Aucune femme ne m'a jamais fait pleurer, aucune ! Et toi, tu te ramènes, tout propret et innocent et je ne pense plus qu'à une chose, à voir ton papillon dans son intégralité !

— Mon papillon ? »

Visiblement interloqué, il relâcha mon poignet qu'il avait sans doute enserré dans l'idée de bientôt me faire taire et s'assit lourdement face à moi. Son regard sérieux autant qu'attristé me laissa de marbre.

« Comment… comment l'as-tu su ?

— Voilà, il n'y en a vraiment que cela qui t'intéresses ! Je me dévoile en pleurs dans la rue et tu ne peux me poser que cette question idiote ?

— Nan, Seimei, c'est important… Comment l'as-tu su ? » me supplia-t-il bientôt. »

Mes dents se refermèrent sur ma lèvre intérieur, y faisant perler mes fluides, alors que la colère venait de finir d'effacer les gouttes de tristesses sur mes joues rosies.

« Mais, putain, t'es pas capable de m'écouter ? Je t'aime, merde ! C'est pas suffisant ? Raaah… fait chier… Je te hais ! Je te hais, tu mériterais de crever ! »

Une main se plaça sur ma joue que je repoussai à nouveau, fou de rage.

« Dégage, merde ! Tu te souviens pas ? Tu m'as sorti la même chose chez Ana ! Ne me touche pas ! »

Je ne saurais dire lequel de sa gifle ou de son baiser me frôla le premier.

Détruis-moi.

.. o.O.o ..

Ses lèvres relâchèrent les miennes, rosies et enflammées par la passion, par le désir qui emplissait peu à peu mon esprit. J'en quémandais davantage tandis qu'il reprenait notre baiser, ses deux mains parcourant mon dos. Mes jambes flageolantes, mon cœur battant contre sa propre poitrine, je me sentais voler.

Suis mon ascension éphémère.

Vis mon plaisir frivole.

Je me sentais, libre, beau, aimé.

Je ne compris pas tout de suite qu'il me repoussait.

« Mat-… Mathieu… ? » s'enquis-je, tout à coup affolé.

Celui-ci planta ses ongles dans mes épaules, son regard au mien. Les bras tendus, il me retenait loin de lui. Tout son être m'intimait de ne plus faire un geste, de ne rien faire de plus pour le tenter.

« Je… je suis désolé, Seimei. Mais moi… Mais moi, je ne t'aime pas. »

Il délassa l'étreinte de ses doigts, se releva. Partit.

Il fallait que je me relève… Il fallait que je rentre chez moi. Mais à cet instant, chez moi était nul part. Profondément blessé, je ne savais plus quel chemin prendre, où se trouvait ma maison, où se trouvait celle d'Ana.

Et c'est là que je la vis. Mia.

Son sourire carnassier, son air hautain fixé sur la loque que j'étais, je ne m'aperçu pas tout de suite qu'elle tenterait de se venger.

« Tu sais, Seimei, j'ai tout vu. » fulminai-t-elle. « Si tu ne veux pas que j'en parle aux autres, sors avec moi. »

Je n'étais pas d'humeur à rire de sa bêtise ni encore moins à lui faire comprendre que ceci était inutile. Mais elle était là et elle, elle voulait de moi.

Malgré son air de défi qui m'aurait donné cette envie de provocation qui d'ordinaire m'animait, j'acquiesçai.

« Ouais, okay. On va chez toi ? » lançais-je mollement en l'empoignant par le bras.

« Ah, euh… ouais, ouais, bien sûr ! »

Arrache mes ailes.

Mange-les.

Laisse les tremper dans les sucs gastriques de ma détresse.

Elle était là. Elle ne comprenait pas que seule elle finirait blessée. Car si je ne pouvais pas avoir ce salaud, personne ne devrait être heureux. Je veillerais personnellement à ce qu'elle ne le soit pas.

.. o.O.o ..

Non loin de là, Mathieu épiait le baiser échangé entre celui qu'il aimait et celle qui n'avait cessée de l'agacer durant cette soirée. Il se réjouit de voir que la passion qu'ils avaient ressentis un temps plus tôt n'était plus au rendez-vous. Qu'il avait l'exclusivité. Et que même s'il ne pouvait pas avoir Seimei, il ne restait néanmoins qu'à lui. Rien qu'à lui.

Sauve-moi.

.. o.O.o ..

« Laisse-toi baiser. » avais-je susurré à son oreille.

Elle était déchirée. Défoncée. Elle ne comprenait pas qu'elle se faisait utiliser par celui qu'elle convoitait.

Même lorsque je la sodomisa.

Je voulus pleurer de la voir si idiote, la frapper, lui montrer qu'elle se trompait en réagissant de la sorte. Néanmoins, lorsque j'atteins l'orgasme, terrassé par les événements passés, il était trop tard pour la morigéner, pour lui prouver que je n'étais qu'un salaud, qu'un pervers machaon frivole et décadent.

Qu'une pourriture.

Qu'une infamie.

J'allumai une cigarette. Alors que je cherchais des yeux un cendrier, je m'aperçus que le draps arborait une tâche rouge. Une tâche de sang. Une tâche en forme de papillon… Mon cœur se serra. Dorénavant effrayé, j'empoignai le tissus qui recouvrait son frêle corps pour m'apercevoir qu'également ses cuisses étaient rouges, mon sperme coulant de ses orifices au matelas. Sous la stupeur, je faillis laisser tomber ma cigarette. Je regardai à nouveau son corps nu et avachi, je ne pus m'empêcher de vérifier si je me souvenais du trajet que nous avions fait d'Ana à chez elle. Malgré cette pensée de salaud, mon sain esprit m'intimait qu'une fuite ne me serait jamais pardonnée. J'allai donc prendre un gant de toilette humidifié dans sa salle de bain.

Face au corps, je recherchais quelle solution me permettrait de changer les draps sans la réveiller.

« Espérons qu'elle soit évanouie… »

Tout ceci pour camoufler ma barbarie, soufflai-je exaspéré par mon propre comportement. J'avais si honte… Comment avais-je traîter ainsi une femme ? Cette femme ? Une amie que j'ai véritablement aimé par le passé.

Venge-toi.

Pardonne-moi.

Laisse-moi voir son papillon une dernière fois.

Comment pourrais-je me regarder en face ? Pourrait-on appeler cela un viol… ?

Je chassais d'un coup de tête ces idées de mon esprit, entreprit de précautionneusement nettoyer son corps halé. Aussi, lorsque tout fut terminé, je m'endormis auprès d'elle.

Je me réveillais, elle dans mes bras.

Mathieu…

.. o.O.o ..

Le lundi suivant, j'arriverais quelque peu en retard en cours. Ayant appris le week-end précédent que nous vivions dans le même quartier – malgré le fait que je ne l'avais jamais croisé –, connaissant la malchance qui me suivait depuis peu, j'avais attendu qu'il passe devant chez moi pour ensuite partir et d'ainsi, être certain de gérer la situation s'il avait décidé de nous faire rester amis. L'heure avait défilée sans que je m'en aperçoive comme lui n'était pas passé.

Samedi après-midi, après avoir quitté une Mia souriante et aimante qui n'avait pu que me faire ressentir du remord depuis que je la refréquentais, je m'étais aperçu que l'on avait tenté de me joindre. Une nombre incalculable de fois pour ma cousine. Cependant, je n'avais pas tenté de la revoir ni de la contacter depuis. Je savais ce qu'elle voulait et n'y arriverait certainement pas aussi tôt…

Insensibilise-moi.

De là venait ma seconde appréhension pour ce nouveau jour et une raison de plus de retarder ma marche.

La troisième et dernière venait du fait que je n'avais pas encore ramassé les débris de verre qui se trouvaient éparpillés dans un coin de ma chambre et que je m'inquiétais de savoir si, sous le choc, mon captif avait perdu de sa beauté.

Ne me regarde pas comme ça.

Cache la souffrance.

Annihile-la.

« Seimei ! »

Je me retournai au son de cette voix que je ne connaissais que trop et attendit que sa course l'amène jusqu'à moi.

« Mi-… Mia… » articula-t-elle difficilement, essoufflée par le fait d'avoir traversé la cour en sens inverse du flot d'élèves.

« Nous allons définitivement être en retard Ana. Allons en cours. »

Elle savait que je finirais par parler.

.. o.O.o ..

« Quoi ? »

La pause de midi allait bientôt se terminer. Tous assis sur les trottoirs ensoleillés qui encerclaient l'entrée du lycée, nous dégustions notre clope d'après repas, celle qui annihilerait les derniers goûts et odeur de nourriture sur nos corps ainsi que dans nos bouches, celle qui nous faisait patienter jusqu'à la reprise.

Ana et moi nous trouvions seuls, en retrait de quelques mètres de la bande que nous fréquentions habituellement. Côte à côte appuyés contre la façade d'un immeuble adjacent, j'observai pensivement l'ignoble pigeon aux plumes ternes et aux pattes décharnées. Dans une autre situation, Ana se serait récriée, j'aurais dû le faire s'envoler au loin et nous aurions repris une conversation anodine comme s'il n'avait jamais tenté de voleter autour de nous. Ici, malgré ses approches incessantes, Ana n'était intéressée que par ce que je venais de brièvement lui conter.

Plus jeune, il m'était arrivé de comprendre que mon esprit agissait comme s'il maîtrisait un mécanisme d'autodéfense qui refrénait mes sentiments, et parfois même, me faisait oublier. Ainsi, je pus stoïquement lui conter notre baiser, son rejet, et n'épargnais que mes sentiments envers Mia. Elle n'avait pas besoin de savoir que son amie avec qui je m'étais remis à sortir était en mauvaise posture.

Pleure pour moi.

Ignore ça.

Puis déteste-moi.

Lorsque la sonnerie retentit, lui qui n'était pas venu en cours ce matin m'offrit un sourire de l'autre côté du trottoir.

Je voulus m'enfuir.