LE GOUT DU PECHE

Partie 2 -Bourgeon d'Adolescence

« Mentir et tout refouler, plus rien à apprécier. »

Uniquement – Chapitre 1

I

Cette année également, leur péché fleurit comme l'odeur de cette fleur qui les enchaînait inlassablement au passé. Ils avaient certes changés, inconditionnellement tourmentés par leur amour. Ensemble ils restaient les mêmes quoiqu'une fugace gêne s'était immiscée entre eux. Mais dans leur vie privée…

L'un amorphe et sans-cœur.

L'autre colérique et violent.

Rien n'était plus comme avant.

Car, n'ayant fait qu'assister à leur propre vie durant quatre longues années, ils s'étaient indéniablement renfermés sur eux-mêmes. Un après-midi d'hiver ils avaient arrêtés de vivre pour le bien de leur royaume. Mariés, ils en souffraient grandement.

Le temps ne leur permettait déjà plus de penser aux sentiments qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre. Certes, leur amour n'avaient pas disparu, il était seulement enfouit sous une gêne commune dont personne ne se doutait de l'existence.

Edward et Charly s'aimaient, leur mensonge permanent les recouvraient.

Malgré cela, quatre années s'étaient écoulées.

II

Depuis tôt dans la matinée, Charly attendait la naissance de son second enfant. Bien qu'il détesta sa femme au point de la haïr, il adorait son premier fils, attendait avec un certain plaisir dissimulé la naissance du second.

A seulement vingt ans, l'existence même lui semblait affreusement affadie par la déroute et la résignation. Ce n'était que pour une unique et même personne qu'il avait accepté cette fonction et ce mariage quatre années auparavant. Bien qu'en aucun cas, ils ne pourraient se considérer en temps que frères, Edward ne permit pourtant plus une seule fois à Charly de s'approcher de lui en tant qu'amant. Résigné, même ce dernier n'osa plus le tenter par la fleur de leur péché commun.

Simplement.

Cela, Charly ne le supportait pas. Sans l'amour d'Edward, il n'existait plus. Tout simplement. Il n'était rien de plus qu'un cadavre tourmenté étant devenu subitement le pantin favoris au royaume, un martyre ayant perdu l'amour de son dieu frivole et rêveur.

Seulement.

Alors, attendant ce second enfant, il eut l'envie soudaine de se remémorer ce visage qui lui était brutalement devenu inaccessible.

III

Edward et sa femme avaient depuis peu été avisés de la naissance de leur neveu. Habituellement événement heureux, l'homme ne s'en réjouit guère. Il ne pouvait apprécier dignement le fait que cet enfant était une nouvelle preuve de l'étreinte charnelle entre Charly et une autre personne.

Inlassablement.

Jaloux, il ferma fébrilement les paupières.

Désormais envieux, ses paupières fébriles se refermèrent aussitôt. Mauvaise idée. Au lieu de vider son esprit tel qu'il l'avait espéré, des images de Charly lui vinrent en tête. Ses lèvres parcourant cette poitrine, ses fins doigts sur cette peau toutes ces caresses qui auraient dû lui appartenir.

Malgré ces quatre longues années, il n'avait jamais osé le lui avouer. A chaque regards échangés, il ne pouvait que repenser à leur passé commun, honteux de ses agissements. Uniquement.

Impassible, il ne fit que s'en souvenir. Encore et encore.

Quelques mois auparavant, Edward avait révélé ses véritables sentiments à Isabelle, sa femme. Bien qu'amoureuse de son mari, elle ne s'en trouva point troublée pour autant. Car aussitôt, Isabelle avait comprit qu'irrémédiablement, elle serait la seule à acquérir ce qu'Edward, en tant qu'homme, pourrait lui offrir. Et pour l'instant, cela suffisait.

Chacun acceptait leur vie commune même s'ils n'en était pas le cas pour tous. Car, même si d'un côté ils s'étreignaient amour et amitié liés, de l'autre, ils se déchiraient.

Pourtant, Edward était certain de ses sentiments : il savait donc pertinemment que jamais il ne tomberait amoureux de sa femme. Tant qu'elle pourrait être heureuse auprès de lui et de ses phrases creuses, il ne le lui avouerait pas.

Uniquement des mensonges.

Toujours.

En début d'après-midi, alors qu'Isabelle brodait un petit mouchoir et qu'Edward s'éternisait à la contemplation des jardins, l'on frappa deux brusques coups à la porte de leurs appartements.

— Entrez, s'exclama aussitôt Isabelle, s'arrachant promptement à ses activités.

Un petit blondinet d'à peine treize ans, se présenta à eux, un petit sourire aux lèvres. En tant que page, il leur annonça que la petite fille était née il y a dix minutes et qu'elle se trouvait être en pleine forme.

Isabelle avait longtemps hésité pour le motif de son mouchoir. Désormais, elle se réjouit d'avoir brodée des petites fleurs colorées.

— Comment se prénomme t-elle ? s'enquit aussitôt Isabelle, assurément satisfaite de la nouvelle.

Pressé de s'en aller, le page répondit tout de même qu'elle n'avait pas encore de nom et qu'ils étaient attendus au plus tôt dans les appartements de Madame Charlotte. Visiblement déçue, Isabelle cacha tel qu'elle le put sa moue de mère possessive. Elle avait attendue cette naissance comme si l'enfant avait été le sien.

— Bien, fit enfin Edward, nous y allons de ce pas.

S'inclinant légèrement, le page se retira.

Et voilà, une nouvelle preuve de l'étreinte mensongère entre Charly et Charlotte venait de naître.

Bougonnant, Edward offrit son bras à sa femme avant de quitter leurs appartements.

Refusant de goûter à leur péché, ils ne purent que le convoiter.

Mensonges – Chapitre 2

I

Cet après-midi là, fixant assidûment l'unique pêcher en floraison que l'on ne pouvait apercevoir que depuis ses appartements, Charly se remémora irrémédiablement leur passé. Il ne vivaient plus que pour ses ultimes instants de délivrance et n'avaient certainement vécu qu'au moment même où il avait rencontré Edward.

Renaissant auprès de cet homme.

Son amour se trouva être un cycle impénétrable. Assiégé par l'étroite bulle de ses sentiments, il tournait en rond, se faufilait comme il le pouvait. Prisonnier, il ne se débattait pourtant jamais. Cette emprise était bien trop intense pour qu'il n'osa même penser à une vaine libération.

Lorsque le page vint annoncer la venue au monde du second enfant, il feignit de s'en réjouir. Le suivant à travers les couloirs du château, il prit délibérément une démarche hâtive.

Malheureusement, ce n'était ni pour la mère ni pour la fille qu'il osa ainsi se presser. Edward serait lui-même informé de la nouvelle et par son rôle d'oncle comme de roi, il se devra donc d'être présent.

Charly ne put cacher bien longtemps l'allègre sourire qui naissait sur ses lèvres.

De part ses sentiments malsains et d'autre part son réel et affirmé dégoût de ce qui l'entourait, Charly se montrait distant envers tous, seul Edward comptait.

Quelques mètres au loin, de nouveaux cris d'enfants se firent sourdement ouïr.

Pas une. Deux.

II

Tous bientôt voulurent entourer la mère et ses filles. Orgueilleuse, Charlotte ne resta point longtemps alliée. Revêtue pour l'occasion d'une simple robe ainsi que d'une petite laine sur les épaules, elle contemplait inlassablement les deux enfants. Baignant, ensembles, dans une bassine d'eau tiède, leurs pleurs inondaient la pièce de cris strident. Les traces de sang n'étaient plus. Alors qu'elle essayaient toutes deux d'attraper l'eau dans leurs petites mains, Charlotte, impassible, attendait ses invités. Les draps changés, la pièce aérée, personne n'aurait pu juré ici même la naissance d'enfants.

Charlotte ne profitait en aucun cas d'elles. Lointaine, elle les scrutait. Dans peu de temps, ses enfants seraient accueillis par une gouvernante. Ayant vécue cet éloignement une première fois, il ne souhaita s'attacher d'avantage à l'image de ses filles. Deux longues années loin d'elle. Lorsqu'elle les retrouvera, elle serait devenue une étrangère pour ses propres enfants.

Des jumelles.

Bientôt, deux domestiques allèrent les entourer de linges immaculés avant de les sécher. Toutes deux dorénavant enveloppées par des draps aux motifs colorés, elles se firent installer au centre du lit de la mère, entre deux coussins. Aveuglées par leur naissance, elles essayaient toutefois de se trouver, de s'agripper l'un à l'autre. Epuisée, Charlotte ferma quelques instants les yeux puis bailla silencieusement en s'étirant.

Sa maternité l'avait totalement éreintée. Elle se serait assoupie si la porte n'était ouverte sur son mari puis plus tard sur son beau-frère et sa femme.

En apparence, l'atmosphère resta neutre.

Alors que, plutôt dans l'après-midi, Charly était persuadé de ne venir que pour Edward, d'apercevoir ses filles le submergea d'un bonheur incommensurable. Ces deux petites boules de chair ne ressemblaient à rien néanmoins, Edward n'exista plus durant quelques instants.

Isabelle s'installa auprès de la mère, son regard était délicatement posé sur les enfants. Terriblement envieuse, elle brûlait d'une tendresse nouvelle qui affecta grandement Edward. Car, douloureusement, ce dernier la fixa avant de se placer de l'autre côté du lit, face à Charly. Sa femme restait avant tout sa meilleure amie alors, il savait, se torturait intérieurement de lui faire endurer cela.

Lorsque Charly sentit qu'un regard le fixait et qu'une bouche lui souriait tendrement, il releva enfin les yeux de ses enfants. Prit d'un moment d'excitation, Charly s'enquit soudain :

— Crois-tu qu'elles ressembleront plutôt à moi ou à toi ?

Tout d'abord interloqué, Edward esquissa soudain un petit rire. Cependant, Charly lui désigna ses filles endormies. Comprenant alors, Edward cessa.

— Quel est-il de si amusant ? interrogea amèrement Charlotte, au bout de la pièce, dont l'humeur atteignit aussitôt les deux hommes.

Ces derniers se tournèrent instinctivement vers elles, relâchant par la même occasion le regard complice qui, durant un instant d'égarement, avait fleurit entre eux.

Un seul geste de l'autre et leurs amours renaîtraient.

— Ma belle-sœur, n'êtes-vous point effrayée que notre peuple ne se méprenne de l'identité de la mère ?

Assimilant, Isabelle éclata aussitôt d'un rire fluide et bas.

— Voyons Edward, rétorqua-t-elle entre deux rires, une robe vous irez si bien. Qu'en dîtes-vous Charly ?

— Toutefois, répliqua ce dernier, je le préfère irrémédiablement en homme.

Le sens caché de ses paroles atteignit seulement la personne face à lui alors qu'un regard brûlant de préjugé emplit la pièce. Edward feignit l'indifférence. Etait-il le plus timide ou mettait-il un point d'honneur à refouler ses sentiments ?

Une main enfantine rejoignit celle de sa sœur. L'innocence jeunesse ne se doutait, elle, de rien.

Encerclée, l'innocente Isabelle répondit au regard inquiet de son mari. Elle voulait tant un enfant. Ne pensait qu'à cela encore et encore. Ayant envié le ventre arrondie de sa belle-sœur, elle ne fit que de se plaindre auprès d'Edward.

C'est alors, le regard toujours perchés sur les jumelles, qu'elle s'exclama :

— Ne faudrait-il point leur donner de nom ?

Un flou emplit la pièce. Personne n'y avait pensé, aucun nom ne venait. Désespérée par le comportement de son entourage, Isabelle ordonna à l'une des servantes encore présente de lui rapporter une plume, de l'encre et du parchemin.

Comment nommer les rejetons d'un amour faux ? s'interrogèrent-ils mentalement. Ils devraient faire croire à tous que les jumelles avaient été conçues par l'amour d'un couple heureux. Que personne d'autre ne d'autre ne devrait apprendre que le couple se détestait, que leur roi était amoureux de son frère, que la reine n'en avait que faire tant que son amant était auprès d'elle.

La liste défila.

III

Ce même soir, Edward avait attendu Charly à l'extérieur des appartements de Charlotte, alors qu'il saluait une dernière fois ses filles.

Ellen et Alyse se firent emporter auprès de leur gouvernante, Charly le rejoignit aussitôt. Inconsciemment, leurs pas les menèrent vers le fond du jardins, au pieds des épais arbres du bois qui entourait Alfara. Ils échangèrent un regard. L'arme du destin sur leur nuque, ils avancèrent aveuglement dans les fourrées. L'aube était loin, le soleil tout autant. Alors, guidaient par l'ombrageuse obscurité, les deux frères sombrèrent dans leurs souvenirs, agonisèrent dans la nuit.

Ils s'étaient tus depuis bien longtemps lorsque l'étendue gelée s'offrit à leur regard. La pénombre les enchaînaient, seuls les reflets de la lune sur l'eau dirigèrent leur pas. Quatre années où Charly uniquement s'était aventuré en ces lieux. La mousse et les mauvaises herbes avaient mangés le bord d'un mètre tout au plus.

Ils plongèrent leurs souliers dans les hautes herbes, l'eau fraîche s'infiltra aussitôt à la pointe de leurs pied. Mais tout cela importait peu, l'un auprès de l'autre. Leurs souvenirs remontaient si violemment qu'Edward ne put qu'en rougir farouchement. De honte ou de plaisir, il se détourna du regard soupçonneux de Charly.

— Cela faisait longtemps… souffla-t-il en se déchaussant, n'ayant compris le manège de son ancien amant.

Ils jetèrent leurs vestes à même le sol. Echappant désespérément à leur entourage, ils plongèrent.

Au royaume d'Alfara, la vie ne se résumait en aucuns cas à chacun pour soi. Tous ici vivaient dans l'idée d'épier son voisin avant que celui-ci ne vous épit. Une rumeur au château se voulut qu'Isabelle ne pouvait donner d'héritier.

Délivrance – Chapitre 3

I

Les approches de Charly restèrent vaines jusqu'à ce soir-là. Ils ne pouvaient parler de relations ni encore moins d'amants. Leurs lointaines caresses avaient imbibées leur air.

Un regard.

A l'arrivée exécrablement violente de leur passion, Edward était celui qui davantage freinait l'avancée de leur relation.

Une caresse.

Plongés dans leurs souvenirs, en apnée dans leur présent, ils subissaient. Seulement.

Un baiser.

Savourant leurs lèvres, leur cœur. Quelques uniques instants de plaisir. Enfin réunis, pour une seule nuit.

Une seule étreinte.

II

Les reflets de la lune guidaient leur avancée, inconsciemment mais sûrement. Ils flottaient au centre du lac, à la moindre faiblesse ils périraient. C'était l'enjeu de leur passion. Vivre ensemble jusqu'à la mort. Un serment odieux, obscène. Leurs appartenance l'un pour l'autre les menaient à la chute. Irrémédiablement. A la noyade de leurs sentiments.

Les appréhensions d'Edward se réduisirent peu à peu à néant. Ils surent que leur vie l'un sans l'autre était impensable, vaine. Eloignés par des femmes, leurs sentiments avait été incompris. Qu'importerait leur dilemme dorénavant.

Au bord du gouffre, intensément. Jusqu'à ce qu'ils trébuchent. Une tombée vertigineuse, parfaite. Extasiante. Un vol d'oiseau magnifique aux couleurs de la délivrance.

Un baiser partagé.

Leurs jambes en perpétuels mouvements, ils flottaient. Leur ciel se noyait, souillé par leur sang commun. Ils étaient tout deux détruits, asphyxiés dans leur tourment. Edward, les bras autour du cou de son vis-à-vis, sembla pourtant ailleurs. Son esprit avait réagit instinctivement à la mélancolie. Alors, son regard apposé à l'astre lunaire, il prit pensivement la parole :

— T'en rends-tu compte ? susurra-t-il, nostalgique.

Il emprisonna entre ses doigts l'une des mèches de cheveux humectée de Charly. Fermant les yeux, il en fit glisser délicatement la pointe sur ses propres joues. Des tempes aux lèvres, respirant une odeur de parfum boisé au travers de l'eau.

— Comment avons-nous pu finir ainsi, Charly ?

— Ils nous est dorénavant impossible de revenir en arrière, conclut-il en souriant.

Tout cela importait peu pour lui désormais. Quatre ans qu'il attendait cela. Il ne regrettait ni ne regrettera rien. A jamais.

— Alors, dans ce cas, s'il faut périr sous le poids de notre péché, Charly mon frère, profitons.

Il enlaça langoureusement sa jambe à celle de Charly. Près à tomber, ils savoureraient leur passion à s'en laisser couler.

— Goûtons notre honte jusqu'au bout.

Il emprisonna leur seconde jambe. Resserrant leur étreinte, bientôt, ils commencèrent à sombrer.

— Et lorsque la mort nous emportera, je vous suivrais dans notre éternité.

Leur regard toujours enlacés, leurs passion les submergea de tous les pleurs de l'océan. Inlassablement en immersion.

Leur air s'échappa.

Ils asphyxièrent.

III

Dénicheuse d'éternité, l'aube humide s'investit entre les arbres, éclaboussant de sa puissance les deux rois en apnée. Soudainement, la nature insista sur leur besoin d'inhaler. Ils remontèrent donc à la surface. Leur bulle, pour le moment, ne voulait plus d'eux. Amicalement, elle les bannit, les fit revenir à la réalité.

Fuir ne réussissait jamais à une personne. Abandonner leur nature était impossible. Alors ils prirent une goulée d'air. Longtemps, inlassablement. Ils se réhabituèrent à leur quotidien, se frottèrent les yeux rougis par larmes et eaux. Ils échangèrent un regard empli de sentiments indicibles. Face à face, ils se rapprochèrent encore. L'aimant pêcheur aux deux pôles opposés ne leur laissa aucun répit. Front contre front, ils se plongèrent aussitôt dans les yeux de l'autre. L'eau était leur élément de prédilection. L'aîné se noya encore au contact de ce regard qui n'appartiendra jamais qu'à Charly.

Bruyamment, les bois environnants s'éveillèrent autour de leur bulle fissurée. Ils nagèrent jusqu'à la rive. Epuisés par leur nuit, ils reprirent lentement leur esprit. Déjà, les faisceaux de lumière perçaient le feuillage des arbres à l'approche de l'aube. Tremblotant, Edward alla s'allonger contre le corps de son amant. Volontiers, Charly le prit dans ses bras, le frictionna des épaules aux poignets afin de l'en réchauffer. Il était l'heure pour eux de revenir à la réalité. Douloureusement, ils s'enlacèrent un peu plus encore.

Ils en étaient arrivés à un point de non retour, impossible pour eux d'en finir avec leurs sentiments. Ils s'étaient livrés une fois, comptaient le refaire à jamais, immuablement.

Jusqu'à l'éternité de leurs deux âmes.

Ils périraient pécheurs, quitteraient ce monde enfin libres. Ayant apprit à connaître l'autre, jamais plus il ne se relâcheraient.

Parole d'amants.

IV

Alors qu'ils rejoignaient enfin les jardins afin de retrouver leurs appartements, nullement ils ne s'aperçurent que quelqu'un les épiait au travers d'une vitre. Quelqu'un qui n'aurait jamais dû se retrouver là. Qui n'aurait jamais dû rechercher le chemin du lac à la lueur de l'aube, un flacon pressé entre ses deux seins.

Disparition Chapitre 4

I

Lorsque Edward, encore dégoulinant de son péché rejoignit en matinée les appartements qu'il partageait avec sa femme, l'inquiétant silence des lieux le désarçonna. La pièce semblait vidée du joyeux bonjour d'Isabelle. Ayant disparu. Etant inconnu. Il n'y avait plus rien ici, aucuns ronflements ni mouvements provenant du lit. Il était bien trop tôt pour une promenade, pas assez tard pour faire sa toilette. Elle n'était pas là où il le fallait. Elle n'y était pas, plus jamais. Soudainement, son amie ne fut plus.

Dès lors, il paniqua.

— Madame ?

Transi par le froid que lui avait procuré le vent sur l'humidité de ses vêtements, il préféra déposer sa veste sur un des fauteuils, s'égoutter le visage de son bras. Mais tout cela importait peu.

Parce qu'il était apeuré à l'idée de ne plus la revoir.

Parce que ce n'était pas la première fois.

Oui. Un jour, elle n'avait plus donnée de nouvelles, Edward l'avait retrouvé que quelques temps plus tard, dans les écuries. Elle avait attendue, morte de faim, qu'il alla faire sceller sa jument. Ses cheveux roux mêlés à la paille, une robe crasseuse sur les épaules, elle avait partagée ce box jours et nuits sans que personne ne s'en rendit compte.

Alors que jamais une explication ne s'échappa de ses lèvres.

Ma chère ? Isabelle… ?

Orgueilleux, il souhaita que personne ne la découvrit, ne l'aperçut dans cet état. Car, il le savait très bien, sa disparition était mauvais signe. Les jumelles étaient venues au monde, sa démence venait de reprendre. Plongeant dans l'amertume et la souffrance, elle s'éteindrait.

A petit feux mais sûrement.

— Isabelle !

Son cri résonna dans une pièce manifestement vide. Sa voix se brisa, emportant son espoir avec.

— Isabelle !

Soudainement instable, ses mouvements devinrent frénétiques. Au début, il tournait en rond dans la pièce principale. Dorénavant, il s'acharnait.

Personne, encore personne.

Le mal d'Isabelle venait de l'engouffrer.

L'ivresse d'un ventre plat résonnait de sa souffrance.

— Où es-tu ? Isabelle !

Ses yeux recherchèrent la moindre preuve d'une malsaine présence humaine. Un bout de tissus, de la peau, ses cheveux roux. Il désespérait. Le château était bien trop grand, il s'y trouvait bien trop de pièces. Bien trop de secrets. Impossible de demander à l'aide.

A quiconque.

Seul, impuissant.

— Isabelle !

Son cri déchira le silence de la pièce, anéanti sa gorge. Il avait passé la nuit à l'eau. Ereinté et sur le point de tomber malade, il explosa. De rage, de souffrance. Effrayé par ses propres spasmes bruyants, il se mordit la peau. Intensément.

Jusqu'au sang.

— Isabelle… Où es-tu…

Il tapa du point, s'énerva un peu plus. Le doute et la souffrance s'immisçaient au travers de ses paupières closes, son regard devenu flou par les larmes.

Isabelle n'était plus là.

Elle avait disparue.

II

Au château, l'absence d'Isabelle se fit taire. Un Charly estomaqué, malheureusement tout aussi impuissant qu'Edward, fut le seul avertis. Edward en profita pour conter les méandres des pensées de sa femme mais avant tout amie. Leurs œillades amoureuses n'eurent plus aucuns moments d'expressions. La douleur des mots d'Edward envahit la pièce. Honteux, il mit à nu la faiblesse de l'âme d'Isabelle.

Encore à cet instant, il espéra que tout ceci soit irréel, un simple cauchemar parmi les autres. Ce fut pour cela que son histoire prit la forme d'un conte de fée, pour une reine transformée en inféconde princesse.

— …Torturée et blessée par ce manque, son seul souhait était de disparaître.

Il n'avait pas tort. La stérile Isabelle éprouvait une honte telle, qu'elle en était devenue une femme dangereuse, capable de tout.

— Son prince arrivait à la calmer, essayait en vain de lui montrer que partout, il y avait une solution à son problème. Malgré cela, elle se bornait, ne souhaitait qu'un enfant de sang. Un enfant d'héritier.

Charly comprit enfin ce que le couple avait dû endurer toutes ces années : l'annonce d'un premier héritier et finalement la naissance de jumelles.

Alors qu'Isabelle n'aurait jamais d'enfants…

— Et puis son prince disparut. De nouveau seule, il était temps d'agir, d'en finir.

Ce ne fut pourtant pas pour cette dernière phrase que Charly s'exclama qu'en aucun cas, ce n'était de la faute de « son prince ».

Un amour égoïste l'enivrait, il ne pensait qu'au bien être d'Edward. Qu'à Edward.

— Charly, comment pourrais-tu en être si certain ?

Ensemble, ils entreprirent de la retrouver cependant, ce rôle consistait à attendre un signe du peuple. Si toutefois elle ne se trouvait déjà plus au château…

Mué par un quelconque espoir, Edward souhaitait qu'Isabelle n'ait pas quittée ses terres ni encore moins l'enceinte de son royaume. Ils espérait la retrouver dans l'une des innombrables pièces du château. Mais ils n'avaient que vingt ans, tout pour Isabelle était possible.

Oui, tout.

Surtout que la mort d'une reine reste toujours un très grand événement.

III

Elle but, but.

Isabelle avala le flacon entier.

Auparavant, elle avait prit la peine d'écrire une lettre. Simplement. Ce n'était pas véritablement des excuses, plutôt la justification de son abandon, une remise en cause de leurs liens. Car si en ce jour, elle faisait cela, c'est qu'on lui avait mentit, qu'on lui avait dit qu'Edward l'aimait. Alors qu'il n'en était rien. On lui avait mentit. Plus jeune aussi on lui avait fait avaler un remède pour qu'elle puisse donner naissance. Il n'en était toujours rien. Un tragique accident. Toujours des tragiques accidents. Sans enfants, sans Edward, il n'y avait plus rien. Si on ne lui avait pas mentit, si Edward ne s'était pas mentit à lui-même…

Si le mensonge n'existait pas, elle serait toujours là. Souriante et joyeuse, emplit de bonheur. Non, même ces sentiments-ci étaient également des mensonges. Un pâle tableau de la réalité.

Une reine inféconde.

Un roi amoureux de son frère.

Un si faux portrait de famille.

Il n'en était rien de la réalité. Partout, toujours.

Tout le monde ment.

Alors, emportant le mensonge de l'amour de son mari dans la tombe, elle ferma instantanément les yeux.

Ce qu'Isabelle ne sut jamais, c'est qu'elle tua également la petite vie qu'elle couvait depuis déjà quelques semaines.

Abandon – Chapitre 5

I

Un jeu de piste. Oui, c'était ce qu'ils devaient faire. Tout deux, ils devraient s'infiltrer dans l'esprit de la jeune femme, acquérir son état de souffrance, assimiler l'abandon de son mari et chercher où elle pourrait se cacher.

Aucun indice, juste une intuition. Procéder par élimination.

Ensemble, ils joueraient à l'inféconde reine démente. Désolés d'acquérir ce genre de conclusions, il fallait à tout prix la retrouver. Qu'importait si elle était détraquée, folle à liée.

— Je me suis déjà réfugiée dans le box de la jument d'Edward, annonça ce dernier, marchant aux côtés de Charly dans les couloirs du château.

— Je me sens abandonnée par mon mari, je n'irai absolument pas dans un endroit qu'il fréquente fréquemment.

Edward acquiesça, réfléchit à nouveau. Ils n'avaient aucuns joker, devaient absolument finir ce jeu.

— Et si justement, délaissé, je ne chercherais pas à me rapprocher du souvenir de notre union ?

Ils coururent jusqu'à leur lieu de culte, l'arpentèrent de font en comble. Leur prêtre n'avait vu personne, ne savait rien. Aucune trace de son épaisse chevelure rousse. Déçus, ils reprirent leurs conclusions.

— Je veux un enfant, où pourrais-je trouver des nourrissons ?

— Je n'irai certainement pas au village, il me faut des enfants que j'ai déjà côtoyé.

Il se tut instantanément.

— Où sont installées tes filles ? s'enquit Edward, comprenant aussitôt la pensée de son amant.

Ils allèrent immédiatement retrouver la gouvernante des jumelles. Heureusement, personne n'était venu les voir.

— Je ne cherche donc ni lien avec mon mari ni encore moins avec un quelconque enfant. Que me reste-t-il ?

Charly ne savait également où chercher. Il accompagnait toutefois Edward, le soutenait dans sa logique. Sans plus pourtant. Il ne pouvait rien faire d'autre.

— Qui est-ce qui pourrait me séparer d'Edward ?

Moi… susurra Charly en s'ôtant du rôle d'Isabelle. Pourtant, je ne l'ai jamais aperçue rôder auprès de moi. Il n'y a également personne d'autre dans mes appartements.

Une servante de confiance ne savait rien, Charlotte ne lui avait non plus adressée la parole depuis la naissance des enfants.

Chaque recoin du château appartenant à Charly fut fouillé, en vain.

Ils avaient passés trois jours à ce jeu de piste. Tous les chemins se révélèrent inexactes. Il ne leur en restait cependant qu'un.

Pour eux, il était impossible qu'elle se trouva là, mais debout face aux arbres, ils ne savaient plus quoi en penser.

Et lorsque Edward arriva au lac, il crut bien en mourir.

II

Une robe de soie blanche, sans jupons ni corset. Les pieds nus. Une épaisse et longue chevelure rousse cachée en partie par le corps. Le cadavre sur les galets emporta les dernières onces d'espoir d'Edward.

Il savait qu'elle était de nature instable.

Il le savait, n'avait rien fait.

Son visage déjà putréfié par le temps n'empêcha toutefois pas Edward de venir la prendre dans ses bras.

Pétrifié, Charly recula, éblouit par la vision de son amant enlaçant le corps de cette femme. Il ne vit plus que cela alors qu'Edward pleurait à en perdre haleine.

C'en était fini.

Alors qu'il voulut enlacer la main de sa femme bien aimée, il sentit une feuille rencontrer sa peau. Etonné, il baissa quelques secondes les yeux, lut les petites lettres manuscrites du début du texte.

« Edward,

n'est-ce pas ici que tu retrouvais ton véritable amour ? »

Il serra le poing alors que de son autre main, il emmêla ses doigts aux cheveux d'Isabelle.

Il regrettait, affreusement.

III

Toutétaitgris. L'atmosphère, les esprits. Une missive du château avait été survolé par l'une servante des plus cyniques.

L'une des servantes les plus cyniques au château avait survolé rapidement l'une des missives envoyés aux royaumes voisins elle s'empressa de vendre la nouvelle au plus célèbre comédien du royaume.

Ce jour-là, ce dernier ne joua ni ne porta de costume. Son chapeau posé contre son cœur et de sa grosse voix qui faisait toujours peur aux enfants lorsqu'il se mettait en colère, il n'annonça pas la mort du Mercutio de Shakespeare mais celle de l'une des reines.

Son pantalon sombre, sa veste sombre, il se rappela de la jeune femme au teint pâle qui l'avait tant époustouflé par sa longue chevelure ondulée, s'était stupéfié d'un tel roux.

Dorénavant, les cheveux de sa magnifique reine allaient pourrir sous la terre qu'il foulé pieds nus. Pour toujours Dissimulés pour toujours. Jusqu'à ce qu'il partent en poussière.

Alors de sa grosse voix, il ameuta de nombreuses personnes autour de son public habituel. De l'homme à la canne de bois jusqu'à l'enfant de huit ans qui venait de voler une pomme.

Savourant son unique nourriture de la journée, il écouta d'une oreille distraite l'annonce de la mort de la reine. Les joues noircies par le travail, sa chemise ample qui lui venait de son père, son collant un peu trop serré à la taille, les pieds nus dans une flaque de boue : il n'en avait que faire d'une noble qui se bourrait chaque jour de diverses plats dont il n'en connaîtrait jamais le nom.

Une de moins, pensa-t-il uniquement.

Un bout de tissus jaunâtre contre des joues boutonneuses, près de lui une femme pleurait. Il la scruta, subitement dégoûté de son expression. Pour cet enfant, il était totalement déplacé de pleurer pour ce genre de femme. N'était-ce pas cette paysanne aux cheveux emmêlés qui ne ressemblera jamais à toutes ces nobles qui se moquaient de ses dents pourris lorsqu'elle leur souriait. N'était-ce pas un comble pour une parfaite inconnue ?

Lui-même n'avait jamais souhaité en connaître davantage qu'il ne le fallait de la famille royale, ne savait même pas qui était cette femme. Et dire qu'un jour il tomberait amoureux de l'une d'entres elles. D'une de ces femmes qu'il méprisait tant…

Alors que de sa grosse voix, le comédien annonçait la mort par empoisonnement de la reine Isabelle d'Alfara, le petit garçon se retourne, reprit la route des champs.

Il avait tant d'autres choses à faire…