Note de l'auteur : Un peu sur le principe des nuits du FOF, je me suis lancé le défi d'écrire la suite de cette histoire avec un mot clef. C'est sûr que ce n'est pas souvent écrit en une heure.

Début d'écriture : 18/02/2016

Chapitre 28

Le temps s'écoule lentement dans l'enceinte huis clos du centre. Il n'y a pas grand-chose à faire. Les gens autour de moi reprennent surtout des forces, ils sont heureux de pouvoir manger à leur faim.

Tabata a fini par instaurer des cours pour tous les enfants, parce qu'il n'y a pas que moi qui aie des difficultés. Aucun des enfants nés en captivités ne sait lire et écrire. Moi, je dois apprendre leur drôle d'écriture en plus de la langue.

Au moins, cela nous occupe. Si je n'ai pas l'apprentissage de la manière de tenir un stylo-bille ou un crayon comme Aliciana et mes frères, je dois apprendre leur alphabet.

Durant une partie de la matinée, nous faisons des lignes. Tabata est vraiment une bonne enseignante, elle me dessine la signification des mots que je recopie après m'avoir enseigné les minuscules et les majuscules de toutes les lettres une après l'autre.

J'ai toujours adoré apprendre, j'aimais aller à l'école et savoir que je vais pouvoir y retourner me réchauffe le cœur d'autant plus que je ne serai plus regardé de travers parce que j'ai les yeux bruns et les cheveux sombres. Enfin quand ils auront repoussé parce que là ils sont blonds.

Plus le temps passe moins j'ai l'impression d'être en dehors des conversations. Tabata me parle de moins en moins en Botergranois quand je lui demande des explications. Maintenant, elle me les donner avec des mots italiens dont je suis devenu maîtres.

Je me sens également mieux près de mon père. Il est moins autoritaire, il semble plus serein, ne plus avoir la responsabilité du clan sur les épaules à l'air de lui plaire. Il est même venu jouer avec nous à un jeu de société. J'y ai appris à compter jusqu'à douze et j'ai eu la joie de constater que leurs chiffres étaient les mêmes. Au moins, une chose que je ne devrais pas apprendre.

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Demain nous pouvons sortir, personne n'est tombé malade. Les analyses sanguines n'ont rien relevé à part une forte anémie et un manque de vitamine D pour les captifs de longues durées m'a expliqué Tabata.

Nous allons pouvoir redevenir maîtres de nos vies, du moins les adultes. Si j'ai bien compris, nous allons vivre chez les parents de papa le temps qu'on nous trouve un logement et que les problèmes administratifs soient réglés.

Mes frères et ma sœur vont devoir se faire implanter une petite puce comme j'en ai eu une à la naissance afin de leur donner une existence ici en Italie et sur la planète.

Nous allons pouvoir rendre visite à Aménia qui doit encore un peu rester à l'hôpital mais n'est plus en isolement non plus.

µµµ

Quand je sors de l'établissement, je suis d'abord surpris par le nombre de véhicules, ça grouille dans tous les sens. À Botergranen, les voitures particulières sont interdites, sauf les carrioles à chevaux. Je trouve que ça ne sent pas bon non plus ici. Mes frères et ma sœur sont cramponnés à mon père.

C'est un vieux monsieur qui ressemble à Bearigaya qui est venu nous chercher. Teogara nous dit au revoir et va rejoindre une jeune femme qui l'embrasse en se pendant à son cou. Il monte un véhicule dans le genre du jouer de Luciano et s'en va sans un regard.

Mon père nous fait monter dans une sorte de bus mais plus petit. On nous attache au siège et nous voilà partis. Aliciana s'agrippe à ma main quand le véhicule prend de la vitesse.

Je ne sais où regarder. Où est la nature ? Il n'y a que des maisons, des routes, on voit à peine le ciel, tant les immeubles sont hauts.

Les choses ont l'air d'avoir changé parce que même notre père s'étonne et pose des questions à son papa.

Nous nous arrêtons devant un grand bâtiment, je n'en reviens pas qu'une maison soit si grande, on doit pouvoir mettre dix fois mon ancienne école.

Nous sortons de la voiture et nous suivons notre grand-père. Il faut passer dans une sorte de tourniquet puis dans un hall qui sent le désinfectant. Il se dirige maintenant vers une porte en métal quand elle s'ouvre, il y a un grand placard derrière. On doit vraiment rentrer là-dedans ?

Aliciana hésite tout comme moi. Romano et Petro suivent leur père sans poser de questions. Luciano continue à nous singer, parfois je crois qu'il pense que nous sommes ses parents.

-« Albert, Aliciana dépêchez-vous. » Gronde Bearigaya.

Prenant mon courage à deux mains, j'entre suivi de peu par les deux autres. Les portes se referment sous le son d'une voix mécanique. Nous sommes enfermés dans une boîte, j'ai des papillons dans le ventre, on dirait que ça bouge. Quand la porte s'ouvre à nouveau, nous ne sommes plus devant la même pièce.

-« Qu'est-ce que c'est ? »

Je demande en sortant et en montrant le placard.

-« Ascenseur, remplace les escaliers. »

Comme je fronce des sourcils, Bearigaya pousse une porte et me répète le mot.

-« Escaliers. »

-« Oh ! »

-« Oui, nous sommes au quatrième étage. » Dit-il en montrant quatre doigts.

Depuis que Tabata n'est plus là pour les traductions, il parle plus lentement et s'il peut il me montre les choses ou il les décrit. Il aurait pu aussi être un bon maître. Nous avons vraiment commencé sur de mauvaises bases. Je crois que cela vient de moi qui ne voulais pas remplacer mon papa dans mon cœur.

Nous arrivons enfin devant la chambre d'Aménia. Tout le monde se précipite vers le lit. Je n'ose pas gêner ses retrouvailles alors je reste un peu en retrait.

Je suis un rien déçu de la voir dans un lit et non comme l'homme au sablier dans un fauteuil roulant.

-« Bonjour Albert. » Dit-elle tendrement.

-« Bonjour, Aménia. »

Elle écarte les bras et je m'y précipite, elle me serre fort contre elle, je sens le bébé bouger dans son ventre alors je m'éloigne un peu.

-« Tu m'as manqué, vous m'avez tous manqué. » Dit-elle.

Nous nous installons comme nous pouvons, Luciano sur le lit contre sa mère. Nous pouvons rester une heure. J'écoute les conversations plus que je n'y participe. Je ne saisis pas encore tous les mots mais je m'améliore. Aménia m'en félicite au moment du départ.

Nous devons maintenant nous rendre au sous-sol pour faire mettre les puces aux quatre enfants nés sur Botergranen.

Aliciana voudrait comme souvent que je passe le premier, seulement cette fois je ne peux pas montrer l'exemple en prenant sur moi.

L'homme responsable prend les choses en main. Il commence par Luciano qui crie un peu puis se précipite dans les bras de sa grande sœur une fois la puce installée, c'est fait avec une petite seringue comme pour une prise de sang.

-« Prénom » dit l'homme.

-« Luciano. »

-« Date de naissance. »

-« Je n'en sais rien, il a presque trois ans. » Répond mon père.

-« Je mets le 20 février. »

L'opération recommence trois fois, il faut encore pour notre père se rendre à la commune pour les déclarer avec les papiers que lui a faits l'autre homme. Nous l'attendons dans la voiture avec notre grand-père cette fois.

-« Voilà, c'est fait. Il ne reste plus qu'à les inscrire à l'école. » Dit Bearigaya en rentrant dans le minibus.

Le véhicule repart vers un grand bâtiment, nous y entrons tous. Nous sommes tous inscrits en première primaire, sauf Luciano qui va en gardienne. J'espère qu'il acceptera de se séparer de sa grande sœur et se trouver seul. Comme le regard de Bearigaya tombe sur moi, il se ravise.

-« Albert, tu as été à l'école toi ? »

-« Oui, je sais lire et écrire mais pas votre langue. »

-« S'il a trop facile nous lui ferons monter les classes. » Dit la femme qui nous reçoit.

-« D'accord, faisons ainsi. Je vous les amènerai demain. » Promit mon père en se levant.

C'est maintenant que je m'en rends compte mais je vais quand même être dévisagé à presque treize ans, je vais me retrouver avec des petits.

Est-ce que toute ma vie je vais être regardé comme un étranger ?

J'espère que non. Enfin, j'ai au moins retrouvé ma famille et j'ai un avenir maintenant. Il m'arrive le soir de me tracasser pour ceux qui m'ont aimé comme un fils et un frère seulement je ne peux rien faire pour eux.

Je sais que je n'aurai plus jamais de leurs nouvelles mais j'ose espérer que leur avenir est aussi heureux que celui qui s'offre à moi.

Fin

Fin d'écriture : 04/03/2016

Le mot est maitre.