Hello!

Petite histoire qui m'a été inspirée par une jolie photo trouvée sur le net, et écrite dans le cadre d'un défi sur le thème des différentes sexualités, et dont mon sujet était "le premier baiser entre filles". Le texte devait faire entre 1000 et 2000 mots et commencer par "la première fois que"

Enjoy!


La première fois que Diana a embrassé une fille, elle ne le voulait pas. Enfin si, elle le voulait, bien sûr, elle en crevait d'envie, à dire vrai. Mais la première fois que Diana a embrassé une fille, elle avait une trouille bleue. Vivre dans sa petite ville du Dakota du sud ne l'avait pas aidé à être à l'aise avec ses pulsions que certains qualifieraient de "bizarres", pour les plus polis.

Bien sûr, elle avait embrassé des garçons avant, elle avait même fait bien plus que ça avec certains, et elle avait apprécié, ou en tout cas quelques-uns. Mais ça n'avait rien à voir avec ce qui s'était passé avec Cassie, rien. Quand Cassie l'avait enfin embrassée, un après-midi alors qu'elle travaillait sur une voiture dans la cour du garage, elle avait oublié tout le reste, tous les autres, tout ce qui n'était pas Cassandra.

Si Diana avait passé toute sa vie à se cacher ses formes dans des vêtements amples et garder pour elle tout ce qu'elle ressentait, tout ce qui la rendait différente des autres, Cassie elle étalait sa différence à la figure du reste du monde, et riait de ceux qui la jugeaient.

Cassandra était une princesse. D'abord, elle était belle, Diana l'avait repérée depuis leur adolescence, quand Cassie était passée d'une enfant boulotte à une femme toute en courbes parfaites, quand elle avait arrêté la danse classique pour le pole-dance. Cassie montrait ses cuisses, son décolleté, les tatouages qui recouvraient son épaule et ses bras, elle laissait ses cheveux ondulés lâches sur ses épaules. Et quand elle se faisait traiter de salope dans la rue, elle répondait d'un doigt levé et continuait son chemin sans plus s'en soucier.

Cassie aimait les filles, les garçons, et assumait parfaitement. Elle le criait haut et fort et au Diable ceux qui la jugeaient pour ça, ils ne savaient pas ce qu'ils perdaient, disait-elle souvent en riant. Elle s'était pris quelques coups par certains qui n'appréciaient pas sa façon d'être. Une fois, Diana l'avait retrouvée à la porte de la maison qu'elle occupait avec son oncle, à l'arrière de leur garage. Ses cheveux bruns étaient emmêlés, elle saignait du nez et de l'arcade. Ses bras et ses jambes étaient couverts de bleus. Elle s'était fait traîner dans la boue, aussi.

Diana se souvenait parfaitement de ce qu'elle lui avait dit, à ce moment-là, appuyée sur le mur pour ne pas tomber. Elle se souvenait de son sourire faiblard et de ses dents tachées de sang.

"Hey, Princesse, t'as une mine pas possible…"

Elle avait ri, juste une seconde avant de grimacer de douleur. Diana s'était précipité vers elle pour la ramener au chaud, panser ses plaies, lui offrir une douche et une place dans son lit alors qu'elle dormait sur le canapé défoncé. Evidemment, Cassie avait voulu qu'elles dorment ensemble, elle s'était sentie coupable de la forcer à dormir sur l'antique canapé, elle avait tenté de la convaincre… mais Diana avait été catégorique, arguant que son lit était trop petit, qu'elle bougeait pendant la nuit et que Cassie était blessée. Tout ça pour ne pas dire qu'elle ne se faisait absolument pas assez confiance pour passer une nuit avec elle en petite tenue à côté.

Bien sûr, elle aurait voulu être comme Cassie, savoir comment gérer ces sentiments, savoir se foutre du qu'en dira-t-on et savoir oublier les regards en coin des autres habitants de leur petite ville où tout le monde connaissait tout le monde, où tout le monde parlait sur tout le monde. Alors, quand Cassie dormait avec elle, elle s'éloignait, elle allait dans le canapé, ou par terre, jamais dans le même lit. Quand elle la prenait dans ses bras ou l'embrassait sur la joue, dans le cou, en riant, Diana se figeait, se forçait à ne pas bouger d'un centimètre, pour se retenir de faire quelque chose qu'elle regretterait ensuite. Elle savourait juste leur amitié, elle profitait de l'avoir près d'elle, tout le temps, d'être la seule à qui Cassie se confiait, à qui elle parlait sérieusement.

Avec elle, Cassie tombait un peu le masque qu'elle gardait en permanence pour tout le reste du monde. Elle était forte, elle était une princesse, mais elle n'était pas indestructible. Les voix dans son dos, les jugements, les insultes, tout ça la touchait, mais elle ne l'avouait qu'à Diana. Elle était la seule à qui Cassandra avait dit que les tatouages sur son avant-bras, ces lignes noires qui barraient son poignet étaient le souvenir des cicatrices qu'elle s'était elle-même infligé, dans sa jeunesse.

Mais pendant toutes ces années où l'envie avait vibré en elle, où elle avait regardé Cassie de loin, elle n'avait jamais accepté de se laisser aller, de lui dire, de faire quelque chose. Parce qu'elle n'était pas aussi forte que Cassie, parce qu'elle avait peur, aussi, sans doute. Elle s'était dit qu'elle continuerait de se cacher, pendant le restant de ses jours, regarder Cassie de loin, apprécier son amitié, et voilà. Mais c'était compter sans la tête de mule qu'était sa princesse.

Bien sûr que Cassie avait repéré l'envie, la douleur dans ses yeux verts quand elle croyait qu'elle ne la voyait pas. Elle avait tenté, un bon paquet de fois, de faire avouer à Diana ce qu'elle ressentait, les questions qu'elle se posait. Elle avait tenté d'organiser des soirées confidences, elle avait tenté de la faire boire, elle lui avait l'air de rien demandé de ses nouvelles côté cœur. Elle avait tellement de fois essayé de la faire dormir avec elle, pour tenter quelque chose, mais Diana n'avait jamais réagi, jusqu'au point où Cassie s'était dit qu'elle s'imaginait des choses, que Diana ne voulait pas d'elle, ou qu'elle avait peur de son tempérament volage.

Pendant un moment, elles étaient restées comme ça, dans le statu quo. Diana faisait comme si elle ne crevait pas d'envie d'un peu plus que leur amitié, et Cassie faisait comme si la voir garder ce mur entre elles ne lui déchirait pas le cœur. Plusieurs mois durant, Cassie continua ses aventures d'une nuit, ses flirts sans conséquence, pour oublier sa princesse, celle qu'elle savait être trop bien pour elle, ou juste trop embrigadée par les esprits étriqués qui vivaient dans leur petit coin de Dakota du sud.

Mais un jour, tout avait basculé, les barrières que Cassandra s'était efforcée d'ériger autour de ses sentiments n'avaient pas résisté à ce petit mec, ce connard qui avait trouvé que Diana, avec son bleu de travail et son cambouis sur les doigts, son blouson sans forme qui avait sans doute appartenu à l'oncle Earl, faisait "gouine". Evidemment, l'importun avait cru bon d'agrémenter sa remarque de commentaires graveleux qui avaient fait rire sa bande de copains tout aussi charmants.

Cassie n'était pas près d'elle, elle était de l'autre côté du bar où elles devaient se retrouver, elle n'avait pu que la voir bafouiller en réponse, rougir et se retourner pour partir en courant. Elle avait hésité une seconde, hésité à aller voir ce groupe de lourdauds et ruiner sa manucure sur leurs sales têtes. Mais elle n'avait pas pu, elle s'était juste mise à courir à la suite de Diana, à crier son prénom, et avait juste entendu du coin de l'oreille l'opportun jeter :

"Hey, lesbo, attend y'a ta meuf qui veut un câlin!"

Elle s'était retenue de juste lui mettre un pain, mais elle avait préféré rattraper Diana, qui était retourné passer ses nerfs sur le moteur de la Chevrolet dans la cour du garage, sur laquelle elle bossait depuis plusieurs semaines avec son oncle.

"Di...Allez ma belle tu t'en fous de ces cons, ils parlent parce qu'ils savent qu'ils ont aucune chance de t'avoir... c'est des connards laisse tomber, s'il te plaît."

Elle avait avancé la main pour la poser sur l'épaule de son amie qui s'acharnait sur un boulon récalcitrant, et qui finit par lâcher sa clé pour essuyer rageusement une larme sur sa joue, laissant à la place une belle trace noire. Une longue inspiration plus tard, la mécano se retourna pour s'appuyer sur l'aile de la vieille Chevy, regardant partout sauf dans les yeux bruns de la jeune femme en face d'elle.

"J'ai la trouille Cass', je crève de trouille. Je voudrais être comme toi, jamais m'en faire, jamais me laisser atteindre, mais j'ai la trouille de faire n'importe quoi, j'ai peur de ces connards dans les bars et j'ai peur d'un tas de conneries, et je me dis que c'est pas normal et que je devrais pas y penser et sortir avec Mike qui me fait du gringue depuis des mois... mais je peux pas."

Le rouge lui était monté aux joues, ce devait être la première fois que Diana parlait autant de ses sentiments. La danseuse lui lança un sourire, un rien triste peut-être, avant de se s'approcher et poser les mains sur ses poignets. Elle ne la regardait toujours pas dans les yeux.

"Arrête de penser à tout le reste, de quoi tu as envie ? Là maintenant ?"

Diana baissa un peu plus la tête, et marmonna quelque chose que Cassie ne comprit pas.

"Va falloir parler plus fort Princesse, j'ai pas encore développé de super pouvoirs."

"J'ai envie de t'embrasser..."

Le sourire de la danseuse s'élargit, et elle lui attrapa le menton pour l'obliger à la regarder en face. Diana était rouge comme une pivoine, ses yeux verts avaient pris une teinte plus sombre, et elle était plus belle que jamais.

"Pourquoi tu le fais pas alors?"

"…Parce que j'attends que tu le fasses?"

Le cœur de Cassie rata un battement, et fixa une seconde ces yeux trop verts avant de s'approcher pour poser ses lèvres sur celles de l'autre femme. Elle sentait son cœur battre la chamade contre le sien.

La première fois que Diana avait embrassé une fille, elle était morte de trouille, et reconnaissante que Cass' fasse le premier pas à sa place.

La première fois que Cassie avait embrassé Diana, ce n'était pas sa première nana, loin de là. Mais pendant une seconde, à la sentir dans ses bras, elle s'était imaginé qu'elle pourrait bien être la dernière.