Bonjour !

Ceci est une histoire vraie, quelques fois romancée, ne comptez pas sur moi pour vous dire où est la frontière. C'est l'histoire de deux amis qui ont lu et approuvé ce texte.

C'est un témoignage sur quelques tranches de vie. L'histoire aurait peut-être gagné à la faire courir sur plusieurs chapitres mais je crois que je la voulais pudique, pas d'étalage, juste quelques mots. Et ceux qui y verraient des clichés, la vie en est pleine...

Mélangés à mes mots, la chanson ''Zombie'' de Maître Gims.

Bonne lecture !


ZOMBIE

J'avais seize ans,

Lycée, des notes potables, sans plus, sans trop forcer. Là, on était derrière le bahut avec Max mon meilleur ami, en train de tirer sur une clope. On discutait, de tout, de rien, de nanas. Je n'avais pas grand chose à dire, les filles ne m'attiraient pas. Depuis quand je le savais ? Sans doute toujours, un peu plus depuis que mes hormones me faisaient l'effet d'être une cocotte minute.

« Et Vanessa, t'en penses quoi ? », me demanda mon ami.

J'aurais dû lui dire rien, car je n'en pensais absolument rien. Mais je ne voulais pas qu'il me juge, je ne voulais pas perdre son amitié, on était ensemble depuis la maternelle.

« Elle est pas mal, un peu trop grande.

- Ouais, ben bouffe un peu de soupe Noah! »

Il se foutait de ma gueule, j'avais l'habitude. À côté de mes amis, je faisais un peu gringalet, trop petit, trop mince, pas de poil au menton. Mais bon, ça ne me dérangeait pas, j'étais le premier à me moquer de moi-même.

La conversation s'éteignit d'elle-même et on s'allongea sur le gazon, les yeux décortiquant les formes des nuages. Ma raison somnolait, cumulo-nimbus devenaient oreiller de plume,Ma conscience me conseillait que je devais me taire, ne rien dire, cacher mes penchants honteux. Pourtant, comme tout un chacun, j'aurais voulu être amoureux. Mon subconscient me déconseillait de me cacher, poussait mes yeux vers un visage, un dos masculin, un cul à tomber... Tout ce que je souhaiterais là, tout de suite, c'était de tenir la main d'un garçon. C'était niais et stupidement romantique, de la guimauve à gerber.

Mais je me l'interdisais, la peur des rumeurs, qu'on me juge, qu'on me traite de tapette, que les autres sachent, mes amis, ma bande et qu'ils me rejettent. C'était juste insupportable d'y penser.

Mais mon esprit veut s'envoler, je veux juste avoir le droit d'aimer...

OoO

J'avais vingt ans.

C'était les vacances d'été, entre deux années de fac, j'avais grandi, pris du muscle au sport. Max était venu à l'improviste, on ne se voyait plus guère mais l'amitié était toujours là. Deux ans qu'il sortait avec Natacha, une jolie brune. Là, on était dans le jardin de mes parents, un coca à la main, une clope dans l'autre.

« Noah, je t'ai vu hier soir en boîte.

- Ah bon ? Ben pourquoi t'es pas venu me dire salut ?

- Parce qu'il y avait un mec avec sa langue dans ta bouche ! »

Ah... le choc évidemment, je ne lui ai jamais rien dit, ni à ma famille d'ailleurs.

« Max, écoute...

- Putain, t'es gay ?! »

Le mot sonnait comme une insulte dans sa bouche et je la pris comme telle.

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? T'es homophobe ? »

La bonne question avec la réponse politiquement correcte qui devrait suivre, je l'attendais, avec impatience, avec anxiété.

« Franchement, je ne crois pas. Par contre, tu es... mon meilleur ami, d'aussi loin que je me souvienne et tu ne m'as rien dit et ça, j'ai un peu de mal à l'avaler.

- Je ne t'ai rien dit car je ne voulais pas que tu cesses d'être mon ami, justement, ni à te méfier dans la crainte que je te foute la main au cul.

- Pourquoi ? T'en as eu envie ?

- Non ! Bordel, non ! »

Le silence s'installa, gênant, oppressant. Mais il le rompit avant moi.

« Noah, t'as toujours été comme ça ?

- Non, je me suis réveillé hier matin et hop, j'étais homo !

- Arrête, je suis sérieux.

- Alors sérieusement, oui, toujours.

- Et t'as couché avec des mecs ?

- Ouais et je me suis fait enculer si c'est ça que tu veux savoir !

- Stop ! C'est bon, j'ai pas besoin de dessin. Tu te souviens quand on imaginais nos vies plus tard, repense à tes mômes, ceux que tu voulais alors.

- De quoi tu me parles !? Mâche un peu tes mots, les gays peuvent adopter, si j'en veux, j'en aurai.

- T'aurais dû me le dire. »

Il se leva et partit, me laissant seul et atrocement triste. Je venais de perdre mon meilleur ami.

Mais mon esprit veut s'envoler,changer le fuseau horaire, revenir en arrière, cacher mes faiblesses, mes désirs honteux.

OoO

J'avais vingt-quatre ans.

J'ai planté la fac, suis devenu infirmier.

Max était venu me chercher, j'ai chargé quelques affaires dans sa voiture, juste l'essentiel. Deux ans que je vivais avec Louis. Il m'a trompé plusieurs fois, j'ai pardonné à chaque fois. Sauf celle-ci. On s'est battus, donné des coups, j'en suis sorti lèvre fendue et malheureux comme les pierres.

J'ai mangé sur ce coup-là et sans mon meilleur ami, je crois que je me serais laissé couler.

Mais mon esprit veut s'envoler, voudrait ne plus se souvenir à quel point je l'ai aimé.

OoO

J'ai vingt-six ans.

Je l'ai rencontré ce soir-là, à un repas du boulot. Les collègues sont venus avec leur femme, même le chef de service, chirurgien, est avec son fils qui ne décolle pas les yeux de sa console. Je m'ennuie à mourir, et comme le jeune homme est à côté de moi, on se met à parler jeux vidéos, je lui débloque son niveau. Un beau blond avec des yeux bleus, dommage qu'il soit si jeune, avec quelques années de plus, j'aurais tenté ma chance.

Et je l'ai revu, un mois plus tard, dans les toilettes d'une boîte. J'ai ouvert la porte par erreur et l'ai trouvé là, en train de sucer en type qui le tenait par les cheveux et s'enfonçait violemment dans sa gorge.

« Eh ! »

Le type a sursauté, le gamin s'est dégagé rapidement mais je l'ai immédiatement reconnu. Je suis plutôt du genre à me mêler de mes affaires mais là, il y avait une tension désagréable, la sensation d'un abus. Merde, c'était un gosse !

« Putain, dégage ! », a grogné le type.

Je l'ai ignoré superbement.

« Léo ? »

Le blondinet baissait les yeux, rouge de honte.

« Amène-toi Léo, je te ramène. »

Il s'apprêtait à me suivre quand l'autre s'est interposé.

« Minute ! Là, il me paye ce qu'il me doit alors il finit !

- Ta gueule ! »

Mon poing s'est fracassé sur son nez, j'ai empoigné la main de Léo et on a couru jusqu'au parking, l'ai poussé dans ma voiture et on est partis, sans demander notre reste. Léo ne disait rien, assis bien sagement sur son siège, son regard tourné vers la vitre. Il m'ignorait et là, maintenant, je me disais : ''bon, je fais quoi de lui maintenant ?''.

« Tu habites où ? Je vais te ramener.

- Dépose-moi au coin, je rentrerai à pied.

- Ben voyons ! Donne-moi ton adresse.

- Y'a personne chez moi.

- Tu me prends pour un con ? Comme si tes parents allaient te laisser seul. »

Cette fois, il m'a regardé bien en face, son mince visage juste éclairé par les lumières urbaines, pour un peu, on aurait dit un fantôme. Et il a ce petit air hautain qui me hérisse.

« Ben oui, t'es con ! C'est mon frère qui devrait me garder mais il est parti avec sa copine en week-end. Je veux pas rentrer, l'autre sait où j'habite. »

Il avait fini sa phrase dans un souffle, il serrait ses mains l'une contre l'autre, il tremblait. Mais quelle galère !

« Bon, je vais t'emmener dormir chez moi et je te ramènerai demain. Mais écoute-bien, je veux pas d'histoire !

- Ok. Merci. »

OoO

Dix minutes plus tard, on est dans mon appart, assis sur le canapé, un café dans les mains. Je suis crevé mais bon, tu es là et vraiment pâle. Comme un spectre. Je n'ai pas envie de savoir mais envie de t'aider.

« Léo, qu'est-ce que tu fabriquais avec ce mec ?

- Je lui faisais une pipe, c'est pas évident ? »

Tu as beau jouer à l'insolent, tu es nerveux, sur la défensive.

« Eh, je ne suis pas ton père, ok ? Mais tu m'excuseras mais t'avais pas l'air tellement consentant.

- Je lui devais du fric que j'avais pas.

- Du fric pour quoi ?

- De l'herbe, voilà, t'es content ? »

Je pose ma canette sur la table basse mais alors tu as un violent mouvement de recul, comme si je m'étais apprêté à te frapper. Je lève les deux mains en signe de paix.

« Du calme, je ne vais pas te toucher. »

Tu sembles te détendre et on parle, une bonne partie de la nuit. Tu as fini par t'endormir sur l'accoudoir du canapé, je te couvre d'un plaid. Et je te regarde, et je te parle, en pensée.

T'es parano... un mouvement brusque et tu te recroquevilles. Ce que tu m'as dit, ton coming-out au lycée, assumé comme une bravade, s'est retourné contre toi. Tu es devenu la risée de tous, les coups, les insultes... et la drogue pour compléter le tableau. Et tu es juste manipulé par un autre, un connard de dealer qui te tient à sa poigne qui te laisse croire que le monde est noir.

Et tu t'es tourné vers ton meilleur ami qui t'as juste rejeté, écœuré par toi et là, je me rends bien compte que j'ai eu plus de chance que toi. Je voudrais te dire que tu n'as aucune honte à avoir, que tu sois gay ne fait pas de toi un monstre, tu n'es pas déviant. Mais trop tard, perdu dans un brouillard de doutes et de méfiance, t'es parano... manipulé par un autre.

Moi, j'ai mis des années à m'assumer, je ne suis certainement pas la personne rêvée pour ça. Mais tout à coup, je réalise que t'as personne d'autre. Je ne suis pas psy ni rien, j'aime juste les mecs, ce qui ne fait pas de moi un expert. Je ne suis même pas sûr d'être remis de ma dernière histoire avec Louis, je suis célibataire, ça me va comme ça.

Je t'ai ramené le lendemain. Je devrais en parler à tes parents mais ton père est mon patron et tu m'as supplié de ne rien dire. Et je te comprends, je n'ai avoué à ma famille mon homosexualité qu'il y a deux ans. Quand je me souviens de la déception de mon père alors, j'en ai encore la gorge nouée. Jamais il ne m'a fait le moindre reproche mais je sens bien que je ne suis pas le fils qu'il aurait voulu.

Mais mon esprit veut s'envoler, je voudrais t'aider mais je ne peux pas, j'ai les mêmes travers que toi, les mêmes déchirures. Nous ne sommes pas les personnes rêvées.

OoO

Quatre mois plus tard, un dimanche matin, quelqu'un sonne à ma porte comme un dératé. Je m'extirpe de mon lit, nuit courte, tête dans le brouillard, gueule de bois. Et quand j'ouvre, prêt à insulter l'importun, je découvre ta tignasse blonde. Tu n'es que l'ombre de toi-même, tu as maigri, tes yeux sont cernés, rougis d'avoir trop pleuré.

« Léo, qu'est-ce que tu fais là ?

- Je savais pas où aller. »

Et dans la seconde, ta raison se déchire, et tu sanglotes contre mon épaule. Je te serre contre moi dans une étreinte maladroite mais comme je ne tiens pas à nous donner en spectacle devant les voisins, je t'entraîne avec moi après avoir refermé la porte d'un coup de pied.

Et tu pleures, longuement, tu renifles puis tout cesse enfin. Je te tends un mouchoir.

« Léo, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Mon père... il sait que je suis gay... il a...

- Quoi ? Il a quoi ?

- Il m'a frappé et jeté dehors. »

Tu soulèves à peine ton pull, dans ton dos, un énorme hématome. Et là, j'ai juste envie d'aller lui casser la gueule. Qu'est-ce qu'il attend de toi ? Que tu défies tes désirs, que tu deviennes un bon petit hétéro qui bat sa femme et ses enfants ? En tant que chirurgien, c'est un prodige, en tant qu'humain, c'est un vrai con, il terrifie tout le service et s'en vante.

« Tu as de la famille chez qui tu pourrais aller ?

- Non.

- On devrait peut-être prévenir la police ?

- Non ! Je ne veux pas. Je ne veux pas faire ça à ma mère.

- J'ai un ami avocat, on va l'appeler et on lui demandera conseil, ok ?

- Pas tout de suite. »

Et là, tu enroules tes bras autour de mon cou et poses tes lèvres sur les miennes mais je te repousse doucement.

« Tu fais quoi là ?

- Je te plais pas ?

- La question n'est pas là. Tu as quel âge ?

- Seize ans.

- Le vrai, pas celui de ta fausse carte d'identité.

- Pff !... Quatorze. »

Là, j'ai vraiment un moment de pause. Tu es fin, tu es canon, des yeux bleus si clairs qu'on dirait de l'eau, des lèvres si douces, une odeur si agréable... En un mot, tu es terriblement excitant, tentateur, fais plus vieux que ton âge. Et tu as l'air si vulnérable...

Ma raison somnolait, ma conscience me conseillait, mon subconscient me déconseillait mais mon esprit veut s'envoler, veut te chérir, te garder, te protéger. Et je risque juste la prison pour ça.

« Léo, tu es trop jeune. J'ai douze ans de plus que toi.

- Me jette pas. »

Dans un soupire, je te serre contre moi et on reste comme ça un moment. Les heures s'égrainent devant la télé puis je démarre la console et on fait quelques parties. On n'a rien mangé à midi mais le soir, on dévore des pizzas.

Je t'ai passé un oreiller et une couette, tu t'installes dans le canapé et je vais me coucher. Je ne sais pas ce que je vais faire de toi. Je ne peux ni te garder ici, ni te renvoyer chez toi et inutile de penser à un foyer, ce n'est pas ta place, toi d'un milieu instruit et aisé. J'ai du mal à m'endormir.

Mais au milieu de la nuit, un bruit me réveille. Tu es là, dans la pénombre.

« Je peux dormir avec toi ? Je serai sage, promis. »

Après une seconde d'hésitation, je t'ouvre mes draps et tu te blottis contre moi, juste ça. Si je suis honnête avec moi-même, ton corps contre le mien me fait de l'effet, si je suis honnête tout court, je ne te toucherai jamais.

Et ça dure une semaine. Tu retournes chez toi, deux semaines plus tard, tu reviens, le visage en sang. Cette fois, je ne te ramènerai pas.

OoO

Je viens d'arriver à l'hôpital mais à peine sorti des vestiaires, deux policiers sont devant moi. Menottes aux poignets, je suis embarqué. Regards mauvais, cellule qui sent l'urine. Pédophile. Mot grincé entre les dents serrées.

J'ai droit à un avocat alors j'appelle Max. Je lui tombe dans les bras dès que je le vois.

« T'en fais pas Noah, je vais te sortir de là. »

Il est mon meilleur ami, depuis toujours. Il sait que je n'ai pas franchi la ligne, inutile de lui expliquer.

Libéré. Fiché. Catalogué... et chômeur. Merdeuh !

OoO

Je suis entendu par un juge. Il n'y aura pas de procès, la famille a retiré sa plainte, Léo a certifié que je l'avais juste hébergé. Nos regards se croisent devant le tribunal, je voudrais lui dire que tout va bien alors que son père le pousse dans la voiture. Je voudrais lui dire : « Laisse-toi tomber, retire ces chaînes qui te freinent, vis ta vie, tombe amoureux, d'une nana, d'un mec, peu importe.

Mais moi aussi, je dois affronter la déception de mes proches, qui veulent me croire mais me suspectent. Ils me savaient bizarre mais pas à ce point. Déviant?

On ne m'a demandé qu'une chose, de ne plus t'approcher.

Mais mon esprit veut s'envoler, tout ce que je sais, c'est que tu vas me manquer, atrocement.

OoO

J'ai tenu parole,retrouvé du boulot dans une clinique. Mais dès qu'on sonne à ma porte, je sursaute, j'espère, comme un con, que ce sera un petit blond. Max, ma famille s'inquiètent alors je donne le change, je tisse des liens, me fait de nouveaux amis mais je garde mes distances, j'en perds le fil, bâtis ma vie, construis dans le vide. Rien n'a plus d'importance, faut juste que j'avance, je le fais à reculons.

Les gens me disent : l'espoir fait vivre. L'espoir de qui, pour quoi ? Pour un gamin qui se fait tabasser, pour moi qui suis suspecté d'attaquer les petits garçons ? Je voudrais juste savoir comment il va et je ne pense plus qu'à ça. Je ne peux rien lui apporter de bon, je suis un criminel aux yeux de ses parents, de la loi. J'ai aidé à corrompre l'image qu'ils avaient de lui, à devoir l'accompagner, répondre aux questions des policiers, de savoir si je l'ai baisé.

Et je ressens une culpabilité immense, t'aurais pas dû vivre ça. Comment t'faire vivre? Et moi, je survis depuis, seulement ça. Je suis un zombie, car j'ose me l'avouer, je suis tombé amoureux d'un jeune garçon.

OoO

Dimanche matin devant la télé, on sonne à la porte. La mère de Léo, en larmes. Qu'est-ce qu'elle veut ? Ça fait plus de six mois que je ne l'ai pas vu, même pas aperçu.

« Noah, je vous en supplie, il faut que vous veniez. Léo a tenté de se tuer. »

Stop, calme un peu les choses ! Mon cœur a loupé un battement et là, j'ai juste envie d'étrangler cette femme dans son tailleur Chanel. Je lui en veux, j'en veux à tous.

« Comment il va ?

- Il a fait une overdose. Il va bien mais est totalement prostré. Il ne prononce que votre nom. »

Je ne réfléchis pas plus longtemps, attrape ma veste et mes clés. L'hôpital où les gens me dévisagent, le pervers est de retour. Mais je m'en fous ! J'entre dans la chambre, me fige. Léo est inconscient, et pas de doute, il a encore été tabassé, sa lèvre fendue, les hématomes sur ses bras qui dépassent du drap blanc.

La haine me submerge, m'étrangle et je sors aussitôt sous les yeux ahuris de sa mère.

Docteur Connard est là, me fonce dessus dès que j'apparais, on a dû le prévenir.

« Qu'est-ce que tu fous là, sale pédé ?

- Je viens voir Léo. Faut que je vous casse la gueule pour passer ? Ne me tentez pas, j'en meurs d'envie et je vous préviens, j'ai un peu plus de répondant qu'un gosse de quatorze ans et ça fait un moment que ça me démange.

- Je vais appeler les flics !

- Faites donc, mon avocat est en chemin. Et cette fois, vous aurez du mal à leur faire gober que c'est moi qui l'ai mis dans cet état ! »

Là tu réalises, sale bâtard, que tout n'est pas si rose et d'un coup, je vois ton regard changer, t'es parano... manipulé par un autre, par moi. Toi le puissant que tes collègues n'oseraient pas dénoncer, moi l'infirmier homo et viré par tes soins, je te tiens juste par les couilles. Tu m'a éloigné, tu m'as fourni un alibi salopard!

La mère de Léo nous rejoint dans le couloir.

« Robert,ça suffit !

- Toi, tu la fermes ! Je te préviens, je vais demander le garde de Léo.

- Je ne te laisserai pas faire ! »

Les deux se déchiraient, un divorce à l'horizon. Leur fils avait tenté de se tuer et ils s'engueulent, comme s'il n'était qu'un objet. Aussi, je les plante là, qu'ils se démerdent !

Quand je reviens dans la chambre, Léo a les yeux ouverts, sans doute réveillé par le tapage. Dès que je m'assois au bord du lit, il me tend les bras et je m'y précipite, le serrant contre moi, faisant attention de ne pas lui faire mal. Il est doux et chaud, il sent les produits chimiques mais je m'en fous. Il est là, vivant.

« Petit con, qu'est-ce que tu as foutu ?

- Pardon.

- Bon sang Léo, pourquoi tu as fait ça ? »

Il me regarde de ses yeux liquides qui se sont durcis.

« Parce que personne ne m'aime, ni mon père... ni toi. Tu n'es pas si différent des autres, tu m'as laissé; j'ai pris des trucs, je voulais juste oublier mais j'ai trop forcé. Une connerie de plus, pour mon anniversaire.

- Crétin. Je m'en veux, tu sais. T'as commis des fautes, chacun ses défauts. J'aurais dû être là pour toi. »

T'es parano... moi aussi, manipulé par un autre, un inconnu, un Monsieur-tout-le monde qui juge, qui voit le mal partout. La société bien pensante qui nous sépare et qui te laisse aux mains d'un bourreau. Cette fois, ça suffit !

Je m'écarte de toi, je vois ta panique mais je consulte juste ton dossier. J'avise le plateau de soins, j'imbibe un coton d'alcool et j'enlève ta perfusion.

« Tu fais quoi Noah ?

- Je t'emmène avec moi.

- Non, je vais encore t'attirer des ennuis.

- Sauf que depuis hier, tu as quinze ans, la majorité sexuelle. Il suffira de convaincre ta mère. »

Je te fais enfiler ma veste par-dessus ton pyjama et je te soulève dans mes bras, je sens tes côtes saillantes, tu es si léger que j'ai presque peur de te briser. Passés la porte, Max est au bout du couloir, le père veut m'arrêter, la mère me dit de t'emmener. Il y a des témoins, je sens des regards qui acquiescent, ceux qui n'ont pas sauvé Léo de peur de perdre leur job mais soulagés de passer le fardeau à un autre. La protection de l'enfance, quelle blague !

Je t'ai porté ainsi pour monter à notre appartement. Je dis notre car cette fois, tu y resteras. Et enfin passé la porte, je t'ai embrassé, juste une caresse sur tes lèvres tuméfiées.

Gay. Pédé. Tapette. Déviant. Pédophile... Mais mon esprit veut s'envoler, se détacher de ces carcans, on est juste amoureux.

OoO

Douze jours plus tard...

Ta mère a rapporté tes affaires, la bataille juridique est en marche pour ta garde. Tu dois attendre tes seize ans pour être émancipé, un an, presque jour pour jour. Alors on a décidé, le pire pour toi mais il le faut, et ta mère et moi, on t'a accompagné au commissariat, porter plainte contre ton propre père. Putain de journée ! Mais la justice est lente, une bagarre de chiffonniers de gars endimanchés, ton père ne pourra rien.

Et ce soir-là, pour la première fois, on a lâché prise, dans notre lit. Et on a fait l'amour, doucement, on s'est découverts, on a pris notre temps. Nos bouches revenaient l'une vers l'autre, sans cesse, mes mains couraient sur ta peau nue, on se caressait tendrement, ou alors indécemment. Quand je suis venu en toi, si chaud, si serré, c'était... je n'ai pas les mots, mon esprit s'est juste envolé.

OoO

Tu as dix-huit ans.

On change de pays, de vie, on quitte tout, rien que tous les deux.

Et dix ans plus tard, on en est là, à entrer dans cette maison isolée de tout qu'on a retapée de fond en comble. On l'a fait nous-même, on a construit quelque chose, ensemble, c'est un peu un symbole.

On attend les meubles, un peu de temps alors on baise sur plancher, on se suce, on s'encule. Ils vous choquent ces mots-là ? Normal, vous êtes les bien-pensants, nous sommes les déviants. On a juste retiré nos chaînes qui nous freinent. Et vous ?

FIN


Vous aurez remarqué que j'ai mélangé les temps de conjugaison, et aussi que parfois, le ''tu'' représente Léo. C'est voulu, ça me semble plus vivant.

Pour le côté juridique, j'avoue que j'ai peu de détails (pas envie de demander), de plus, l'histoire réelle se passait dans un autre pays, j'ai adapté à la France. J'ai juste cherché les textes de loi pour vous montrer ce que risquait Noah.

« L'atteinte sexuelle sur mineur constitue un délit réprimé à l'article 227-25 du Code pénal (en droit, « mineur de quinze ans » signifie « individu de moins de quinze ans ») :

« Le fait, par un majeur, d'exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d'un mineur de quinze ans est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.»

— Article 227-25 du Code pénal »

Les reviews sont fortement appréciées. Merci!