L'histoire à échanger pour Boutchouross. J'espère que cela te conviendra. Pour le jeu du Noël du Campeur du forum de la Guilde de l'Original

Bonne lecture.


Le camping ce n'est pas qu'une tente.


Comme chaque année depuis trois ans maintenant, il était impatient, surtout parce que tous les autres membres de la famille étaient impatients. Mais lui ne voulait pas le montrer. Pour qui on le prendrait s'il osait montrer ne fusse qu'un peu de sa hâte ?

Il savait très bien qu'il allait retrouver comme les autres fois des gens qu'il connaissait. A force d'aller toujours dans le même camping, on finissait par se faire des amis, surtout quand on y allait à la même période.

Pour la troisième fois depuis que tout le monde s'était levé, il refaisait le tour de la maison, il vérifiait que les fenêtres étaient bien fermées, que les volets étaient bien descendus. Il ne faudrait pas que la voisine leur téléphone sur le chemin pour leur dire qu'ils avaient oublié quelque chose. Il ne pouvait pas faire ce genre de bêtise, il était bien au-dessus de cela.

Dans la chambre de la plus jeune, il voit sa peluche préférée qui est oubliée sur le sol, il la ramasse et descend jusqu'à la table du petit déjeuner.

« Oh merci, j'aurai été bien triste sans Lapinou pour m'aider à m'endormir. »

Il gonfle un peu le torse, heureux d'avoir déjà réussi un acte de charité. Il repart faire sa ronde, on ne sait jamais. Il a vu que Damien était remonté, il ne vaudrait pas qu'il ait fait des bêtises en haut. Ce petit sacripant depuis qu'il a huit ans se prend pour un grand, ce n'est pas parce qu'il est l'ainé qu'il peut tout se permettre.

C'est enfin l'heure du départ, tout le monde se dirige vers la voiture. Il vérifie que chacun a bien mis sa ceinture de sécurité et se tenant bien droit sur son fauteuil. Il jappe un peu pour donner son consentement au démarrage du véhicule, puis descend du siège pour se mettre en boule au pied de la plus jeune qu'il puisse ramasse son doudou si elle le perd et lui rendre.

« On dirait bien que Médor est enfin prêt, je me suis demandé s'il arrêterait de tourner en rond dans le domicile. J'ai presque regretté qu'on ne l'ait pas mis en pension, lâche le père en mettant le contact.

- Enfin, chéri il fait partie de la famille.

- Moi, je n'aurai pas un compagnon de jeux avec Damien qui est toujours collé à Aude, peste Magali.

- Tu n'as qu'à avoir un petit copain au camping, mais tu as peur d'aller vers les autres, s'insurge Damien.

- Vous n'allez pas déjà commencer à vous disputer, on en a pour trois heures de route » gronde le papa.

Le trajet se passe sans problème, pas une fois Magali ne laisse tomber son doudou. Tout le monde arrive au camping pour le repas de midi, n'ayant pas réellement déjà les moyens de cuisiner. La petite famille se rend au restaurant.

Bien sûr Médor se dévoue pour surveiller l'automobile, personne n'osera l'approcher tant qu'il restera près d'elle. Il s'assied sur son postérieur et montre des dents dès que quelqu'un s'approche trop près du véhicule. On lui a déposé une gamelle d'eau, seulement il ne veut pas s'abaisser pour boire, on pourrait essayer de voler le moyen de transport pendant ce temps-là.

Les membres de sa meute reviennent au bout d'un long moment pourtant il n'a pas bougé, personne n'a osé s'approché de leur emplacement de parking.

Pendant que le papa commence à monter la tente avec l'aide de la maman, Damien s'en va voir si Aude est déjà arrivée.

« Damien, tu prends ta sœur avec toi, tu sais bien le premier jour on a des choses à faire » ordonne la maman.

En maugréant, Damien s'en va en tenant la main de sa sœur et le chien sur ses baskets. Il n'allait pas laisser deux enfants seuls dans ce monde sauvage avec énormément d'étrangers qui pourraient leurs faire du mal. Il n'a pas encore vu une tête connue.

« Médor, retourne près de maman » ordonne Damien.

Le chien secoue la tête, il n'allait pas obéir à un petit d'homme même pas formé, il était plus âgé que lui, il était le gardien du foyer et des personnes qui y habitaient, c'était à lui de décider s'il pouvait oui ou non faire quelque chose, toujours pour le bien de sa meute, évidement.

Il ne comprend pas trop pourquoi le gamin fait le tour de toutes ses drôles d'habitations en tissu ou de sortes de véhicule. D'habitude, il va vers une espèce de voiture en face de leur demeure en textile et il y passe des heures, il voyait tout cela l'année passée de sa place de gardien devant leur gîte de vacances. On lui avait fait l'affront en plus de l'attacher avec une vulgaire corde, comme s'il n'était pas capable de protéger leur habitation sans cela.

Il espère au fond de son cœur que cette année, il sera plus libre, il veut pouvoir surveiller ce petit chenapan de Damien.

En tout cas, lui est content de rentrer vers ce qui sera chez lui pendant quinze jours. Il n'appréciait pas ne pas avoir tous les membres de sa meute ensemble surtout dans ce nouvel environnement. Etre à la maison solide ce n'était pas la même chose, il y avait ses habitudes, mais ici, tout lui faisait un peu peur, même si jamais au grand jamais il n'oserait le montrer.

« Déjà de retour, lâche le papa.

- Je n'ai pas vu leur caravane, je retournerai faire un tour plus tard, maintenant je vais vous donner un coup de main que cela aille plus vite, réplique Damien.

- Sors le matériel du coffre alors et installe la petite cuisinière près du auvent » propose la maman.

Sa sœur sur les talons, Damien s'exécute. Médor se couche près de la berline en dehors du passage pour ne pas gêner.

Quand tout est installé, Damien lâche avant qu'on ne puisse le retenir.

« Je vais voir si elle est là. »

Médor a bien failli se laisser avoir, il commençait à s'endormir. Il se lève promptement et commence à le suivre. Il voit qu'il recommence son tour comme en début d'après-midi. Et puis, il s'arrête et se précipite vers une sorte d'automobile, une petite fille en sort et court vers Damien.

Est-ce qu'elle est un danger pour celui qu'il doit protéger ? Il a vite fait le tour de la question. Elle est plus petite que Damien, c'est encore une gamine, il va juste la surveiller pour être certain. Il s'assied sur son derrière sans les quitter des yeux

Les deux enfants se jettent dans les bras l'un de l'autre et parlent en même temps tellement ils sont heureux de se retrouver.

« J'ai cru que tu ne serais pas là, soupire Damien.

- Papa, a eu un problème avec la voiture et puis on a dû s'arrêter parce que maman était malade, elle attend un bébé, elle supporte moins les longs trajets comme pour Cassandra. Mais je suis là maintenant » dit-elle en lui prenant la main.

Elle le traîne derrière elle jusqu'au ruisseau un rien plus loin, directement Médor se lève pour lui suivre, il ne faudrait pas qu'elle le pousse dans l'eau, Damien ne sait pas très bien nager.

Tous les deux s'installent au bord de l'eau, ils enlèvent leurs sandales afin de mettre les pieds dans la petite rivière. Ils discutent en se tenant la main de ce qu'ils ont fait pendant toute cette année loin de l'autre.

Médor se couche à l'ombre d'un pommier le regard rivé sur le dos de Damien. Au bout d'une grosse heure, la maman d'Aude l'appelle.

« Va jusqu'à la ferme me chercher des œufs, du lait et des légumes pour faire le souper, tiens voilà le panier, tu lui demandes d'inscrire le tout sur le carnet, je viendrais payer avant de partir.

- J'y vais tout de suite maman. »

La fillette revient vers son ami qui l'attend toujours près du ruisseau.

« Je suis désolée.

- On va y aller ensemble, il faut juste qu'au passe par ma tente et en plus tu verras où on est installé cette année si tu sais t'éloigner un peu pour venir jouer avec moi.

- Sinon, tu viendras t'amuser avec moi et Cassandra, elle est gentille, elle va avoir trois ans.

- Comme Magali, elles pourront jouer ensemble. »

Du même pas en se tenant par la main, ils s'en vont vers la maison de vacances de Damien, bien sûr Médor suit deux pas derrière eux.

Pendant quinze jours, on ne voit que cela, Damien et Aude marcher dans le camping en se tenant la main, ils vont faire les courses, ils s'occupent de leur petite sœur respective, parfois ils se donnent des petits baisers sur la joue.

Plus d'une fois, ils vont jusqu'à la rivière pour jouer entre les grosses pierres avec le papa de Damien qui leur apprend à pêcher également ainsi que les rudiments de la natation.

La villégiature est plaisante pour tout le monde, il y a des rires, des sourires. Les deux familles font souvent des repas ensemble, surtout que la maman de Aude reste fatiguée par sa grossesse. Bien sûr, Damien est toujours assis à côté de son amie.

Durant toutes ses activités, Médor n'est jamais bien loin des deux enfants, alors on les laisse circuler un peu plus loin, dès qu'un inconnu s'approche trop des gamins, le chien montre des dents et grogne doucement.

C'est déjà le jour du départ, Damien et Aude ne veulent surtout pas se quitter, ils se tiennent dans les bras l'un de l'autre en pleurant à chaudes larmes. Les parents ont pourtant promis de revenir l'année prochaine à la même période, ils se reverront, ce n'est pas un adieu, c'est juste un au-revoir comme l'année passée.

Les parents de Damien regardent la scène attendris, alors que tout le monde est déjà près de la voiture, la tente a été démontée ce matin, Magali est déjà installée dans son fauteuil. Médor se situe entre les deux enfants et le moyen de transport ne sachant pas ce qu'il doit faire, il doit peut-être ramener le garçonnet à ses parents.

« Dire qu'il y a vingt ans c'était nous qui étions à leur place, finit par dire la mère.

- Tu crois qu'on doit lui dire ? interroge le père.

- Non, laissons le croire que son histoire est unique, nous lui dirons plus tard si jamais les choses se reproduisent, sourit-elle.

- Damien, il faut y aller. »

Médor attendait cet ordre pour aller chercher le gamin, il mord un peu dans le t-shirt et le tire, le môme tient le plus longtemps qu'il peut la main d'Aude, le père de cette dernière est venu la prendre par l'épaule pour lui donner du courage.

Une fois installé à l'intérieur, Damien reste le nez collé à la vitre le temps que le véhicule s'éloigne. Le chien le regarde sévèrement jusqu'au moment où il attache sa ceinture de sécurité quand l'automobile sort du camping.

Fier du devoir accompli, il peut enfin venir se coucher au pied du siège auto de Magali et dormir un peu. Pour lui cela n'a pas été des vacances de tout repos. Il est heureux de rentrer chez lui pour profiter d'une longue détente jusqu'au prochain déplacement.