La nonne respectable


8


Les deux agents doivent attendre trois jours avant que le laboratoire ne leur téléphone pour leur donner une partie des informations. Ils vont pouvoir reprendre leur enquête où ils l'ont laissé.

Devant eux, ils ont enfin les analyses qu'ils avaient demandées sur le fil en soie et ce qui aurait causé la blessure à la tête d'Esméralda.

Pour le premier indice, il provient d'un vêtement chinois d'après la nature de la fibre. Pour le deuxième, c'est plus vaste, la peinture noire vient d'une voiture et le coup pourrait être fait avec un élément de cette dernière. D'après ce qu'ils peuvent lire, la gamine aurait fracassé sa tête sur la voiture avant de se faire déshabiller.

« Ce serait un Chinois qui a fait le coup ! Réalise Monty. Ça va en faire des recherches.

— Je ne crois pas, attends un peu, cela me dit quelque chose. Voilà, ici dans la déposition de Monsieur Garcia, il dit qu'il va chercher des barquettes au restaurant chinois tous les mardis parce qu'il finit très tard. Tu as le jour de la disparition ? »

Francis prend le classeur avec les informations, il retourne plusieurs documents, il tourne les pages une à une jusqu'à trouver la déposition de Sœur Clarence qui est presque la dernière.

« Zut ! C'est un mercredi, soupire-t-il.

— Ne baisse pas les bras aussi facilement, il peut avoir été chercher la petite le lendemain et avoir toujours les barquettes dans sa voiture. Tu as la marque et la couleur de sa voiture de l'époque ?

— J'espère qu'on lui a demandé, lâche-t-il en cherchant le bon dossier. Une Ford Escort, par contre je n'ai pas la couleur.

— Je vais faire une demande à l'immatriculation, ils doivent avoir cette information dans leurs fichiers, calme Rébecca.

— On va encore perdre du temps, soupire Monty.

— Francis, on avance, c'est le principal » dit-elle en rédigeant le mail.

Pendant ce temps, ils reprennent un autre dossier. Max reste comme souvent aux pieds de son maître, la tête posée sur ses deux pattes avant.

Les agents n'ont pas longtemps à attendre en moins d'une heure, ils savent que la voiture était bien noire à l'époque, depuis il en a changé. Ils sont un peu déçus de ne pas pouvoir demander une fouille du véhicule. Monty voit sa collègue refaire un mail alors il lui demande.

« Qu'est-ce que tu fais ?

— Je demande à l'immatriculation à quel moment il a changé de voiture.

— Tu crois que c'est le père ! s'étonne Monty.

— Tu croyais bien que c'était la Mère Supérieure, au moins moi je suis une logique, il y a des éléments contre lui. Déjà son état trop calme à mes yeux, même s'il dit qu'il a eu le temps de se faire à cette idée.

— La voiture de Madame Winter était noire également à l'époque » complète Francis après avoir parcouru le dossier sur elle.

Il caresse doucement la tête de Max qui vient de se poser sur ses genoux avant de continuer son exposé.

— Rébecca, c'est une couleur très répandue, le noir. Tu ne vas pas accuser tous les gens qui en conduisaient une à l'époque.

— Non, c'est certain. Et beaucoup de gens vont manger au chinois également. Et les Chinois peuvent s'habiller de cette manière sans être restaurateurs. Et des gens non chinois peuvent mettre aussi ce genre de tenue. Je sais, on se retrouve devant énormément de choix seulement, j'élimine des pistes, précise-t-elle.

— Au moins, on pourra toujours demander à Monsieur Garcia pourquoi il a changé de voiture si c'est près de la date de la disparition. »

Au bout d'une autre heure, ils apprennent que le père a changé sa voiture dans les six semaines après la disparition d'Esméralda avant même qu'il ne prévienne la police.

« On va aller l'interroger ! » lâche Francis en se levant.

Directement, Max se met sur ses quatre pattes et se dirige vers la porte du bureau, il attend que son maître et sa coéquipière arrivent après avoir pris leur arme dans le tiroir de leur secrétaire.

Ils se rendent tous les trois jusqu'au domicile de Monsieur Garcia. Comme la première fois, il a un moment d'arrêt devant Max. Francis le fait se coucher à ses pieds avant de demander l'autorisation de discuter un moment avec lui.

« Vous avez déjà des éléments ? s'étonne-t-il.

— Nous voudrions pouvoir vous parler en toute discrétion » dit Francis en voyant la porte de la voisine s'ouvrir.

Un rien réticent, il les fait entrer dans le salon. Monty ordonne à Max de rester près de la porte pendant qu'ils suivent monsieur Garcia jusqu'au salon.

Une fois installé, Francis commence son interrogatoire.

« Nous sommes là pour savoir pour quelle raison vous avez changé de voiture d'autant plus qu'elle n'avait que trois ans.

— Une lubie, j'ai vu un nouveau modèle qui me plaisait plus que celle que j'avais achetée avec mon ex-femme juste avant la séparation, répond l'homme.

— Parce que nous savons que votre fille s'est blessée peu avant de mourir sur une voiture noire. D'après la forme, le service nécrologique en a déduit que ça doit être un aileron arrière peut-être, en tout cas un morceau rond d'une voiture. Puis elle a été enterrée vivante, accuse presque Monty.

— Comment ça elle a été enterrée vivante ? s'exclame monsieur Garcia de plus en plus blanc.

— Oui, elle est morte asphyxiée dans le sac » confirme Rébecca.

L'homme a les traits qui se déforment, il a l'air complètement horrifié. Puis il éclate en sanglots en se mettant en boule dans le fauteuil. Il prend sa tête dans les mains et commence à se balancer d'avant en arrière.

Les deux agents se regardent intrigués, se demandant s'ils doivent demander une explication à son comportement. Avant qu'un des deux ne lui pose une question, monsieur Garcia commence un discours entrecoupé de sanglots.

« Non, elle était morte, j'en suis sûr, sinon je n'aurai pas tenté de faire disparaître son corps … J'aimais ma fille. Je vous le jure … Je l'adorais, je n'étais pas d'accord pour l'envoyer au couvent des jours heureux … Seulement, avec les horaires je n'aurai pas su m'en occuper durant toute l'année … Pour compenser, je venais souvent la voir au moins une fois par mois au couvent … C'était trop long pour elle, comme pour moi, nous faisions cela depuis la première année… C'était notre petit secret… Cette fois, alors qu'elle me disait au revoir, elle a glissé sur de la mousse et s'est ouvert l'arrière du crâne… Elle perdait beaucoup de sang alors j'ai conduit rapidement jusqu'à l'hôpital le plus proche. En route, j'ai prévenu Marlène, sa mère… Elle était devant la clinique quand je suis arrivé. Elle m'a fait ouvrir la porte arrière… Esméralda n'avait toujours pas repris connaissance… Elle s'est penchée au-dessus, a pris son pouls et m'a dit qu'elle était morte… J'étais paniqué… J'ai voulu me présenter à la police pour tout expliquer… Seulement, elle m'a fait peur en me disant que je ferais de la prison. Elle me l'a encore rappelé quand vous avez retrouvé le corps… Mais si elle a commis un acte aussi horrible, je n'irai pas seul… J'aurai pu la sauver… J'aurai dû me faire confiance… Elle a toujours regretté d'avoir eu un enfant. »

Francis regarde sa coéquipière, il aurait bien enfermé directement cet homme en prison pour son acte horrible, d'un autre côté, il avait l'air réellement repenti, horrifié par ce qu'il avait fait. Même Max gémissait près de la porte, preuve que l'attitude de monsieur Garcia n'était pas stimulée.

Il se lève et s'avance pour mettre sa main sur l'épaule du père en pleurs.

« Nous allons convoquer Madame Winter pour voir ce qu'elle va dire, mais je doute qu'elle ait la même vision.

— Ça, j'en suis même certain. Je peux vous signer un papier pour faire un relevé de mes appels GSM, ça doit vous aider. Vous verrez qu'on ne se sonne pas souvent et que ce jour-là, je lui ai sonné » sourit Monsieur Garcia, alors que ses yeux sont encore rouges.

Il aidera les policiers, il ne veut pas être le seul à se retrouver sous les barreaux, d'autant plus que sans Marlène, Esméralda serait encore en vie, il en est certain.

« Nous allons faire directement la demande. Nous vous prions de ne pas quitter la région, c'est dans votre intérêt, annonce Francis en se dirigeant vers la porte.

— Je n'ai pas l'intention de ne pas assumer une fois de plus la responsabilité de mes actes. Une fois la page réellement tournée et mes erreurs payées, j'arrêterai sûrement de faire des cauchemars. »

Rébecca lui jette un regard compatissant avant de se lever pour rejoindre Max et son collègue. Elle n'est pas du tout certaine que payer pour ses fautes sera suffisant à ce père pour ne plus faire de mauvais rêves. Seulement, elle garde ses impressions pour elle.

À Suivre...