Disclaimer : Ils sont à moi et sorti de mon imagination

Genre : Yaoi. Original, OS

Rating : K+

Écrit pour le forum : le village Ostu.


6 décembre


5 décembre 23h30

Mathieu Morgani, trente-quatre ans, regarde la table qu'il vient d'installer pour son jeune amant. Il est enfin heureux.

Pourtant la vie, même si légèrement cousue de fils dorés, ne lui a pas souri.

S'il vit dans un manoir près de Liège en Belgique, c'est parce que c'est celui de ses parents morts dans un accident de la route. Enfant unique, il a hérité de tout même de la culpabilité d'avoir tué son père et sa mère. Il savait que ses parents sortaient d'un spectacle quand il leur a téléphoné de venir le chercher. Il avait bien trop bu pour conduire. Et sans le détour qu'il leur a demandé de réaliser, rien ne serait arrivé.

Malgré la douleur, Mathieu voulait honorer la mémoire de ceux qui lui avaient donné la vie. Il n'avait plus jamais toucheé à un verre d'alcool. Il avait pris un kot près de l'université pour diminuer les déplacements et vaillamment il avait fini ses études d'avocat.

Depuis trois ans, il possède son propre cabinet en ville et un petit appartement au-dessus de celui-ci.

Il savait qu'il était homosexuel depuis ses quinze ans. Ses parents s'étaient faits à l'idée qu'ils ne seraient jamais grands parents et que le nom des Morgani s'éteindrait avec eux, puisqu'ils descendaient d'une longue lignée d'enfant unique, tous des garçons.

N'aimant pas la solitude, l'avocat s'était inscrit dans une association qui proposait d'héberger un étudiant étranger pour un échange linguistique.

Quand Mathieu était venu chercher Lou Hitsu à l'aéroport, il était tombé directement sous le charme du jeune asiatique.

Bien sûr, vu la différence d'âge, Mathieu n'avait pas voulu se mettre à le draguer ouvertement et puis il était en couple avec un client à ce moment-là.

Jérémy avait beaucoup de problèmes avec la justice et pas beaucoup de moyens, mais trop pour obtenir un prodéo. Parfois, Mathieu n'était pas certain d'être aimé en retour. Ils ne se voyaient que dans le petit appartement au-dessus de son cabinet qui ne lui était utile que lorsque le temps, condition climatique ou planning, ne lui permettait pas de rentrer chez lui.

Et puis Jérémy avait gagné son procès et il s'était retrouvé célibataire. C'était la preuve qui lui manquait pour affirmer qu'il avait été utilisé jusqu'à l'os par son amant.

Retrouver Lou chez lui l'avait aidé à passer cette épreuve. Les discussions de fin de soirée étaient agréables, elles se faisaient dans un mélange d'anglais et de français. Le jeune homme était charmant, bien élevé et serviable, il entretenait la maison de main de maître pour le remercier de son accueil dans une propriété magnifique avec piscine pour la saison chaude, une chambre avec commodité et surtout une voiture pour ses déplacements.

Lou voulait rendre ce qu'il recevait en préparant le repas du soir pour son hôte quand il revenait, quelle que soit l'heure. Mathieu avait fini par lui laisser un petit mot ou lui envoyait un SMS quand il avait du retard.

Lou n'était retourné qu'un mois au Japon et cela avait été le mois le plus long de la vie de Mathieu. Il ne s'était pas rendu compte de l'importance que le jeune asiatique avait prise dans sa vie avant cette date.

Mathieu ne peut que sourire en repensant à la suite de sa vie et pourquoi il venait de tout installer sur la table du petit déjeuner.

3 août 10 h15

Mathieu se tient debout dans le hall de l'aéroport, le vol de Lou vient d'être annoncé. Ils vont avoir un mois pour préparer la seconde session de l'étudiant. La langue restant un léger obstacle au moment des oraux. Seulement, si Lou veut pouvoir rester en Belgique, il doit réussir son année.

Quand l'avocat voit le visage de Lou s'illuminer en le découvrant, il se demande si l'absence a été aussi terrible pour l'Asiatique que pour lui.

Dès le lendemain en soirée, dès que Mathieu revient de son travail, il commence les explications de la matière que l'étudiant n'a pas comprise. Durant les week-ends, l'avocat ne peut s'empêcher de dévorer Lou du regard pendant qu'il circule en maillot autour de la piscine les feuilles à la main.

Ce n'est pas rare qu'il doive se calmer en plongeant dans la piscine. Parfois, Lou vient l'y rejoindre afin de prendre une pause dans ses révisions.

Le jour de la délibération, Lou saute littéralement dans les bras de Mathieu, dès qu'il passe les portes de la maison, il a réussi.

L'Asiatique est tellement content qu'il ne se contrôle plus et embrasse à pleine bouche son vis-à-vis. Mathieu est tant surpris que Lou prend ça pour du rejet et recule d'un pas. Ne le laissant pas s'éloigner encore, Mathieu passe sa main derrière la nuque de l'étudiant et le ramène à lui pour échanger un premier vrai baiser. Il ne veut plus perdre de temps, il sait depuis des mois que Lou a tout pour le rendre heureux.

« Si j'avais su, je me serais déclaré plus tôt ! lâche Lou avec son petit accent charmant quand ils s'éloignent l'un de l'autre.

- C'est vrai qu'un homme et une femme, ça hésite moins. Pourtant, j'ai essayé de t'envoyer des signaux avec les films qu'on a regardés, I love you Phillip Morris, le secret de Brokeback mountain et Philadelphia.

- Moi aussi, je te parlais d'acteurs, jamais d'actrices » sourit Lou en venant se pendre au cou de Mathieu.

C'est ce dernier qui resserre son étreinte pour engager un nouveau baiser.

Voulant rattraper le temps perdu à se tourner autour, Mathieu et Lou consomment leur amour naissant sous les draps. L'étudiant quitte sa chambre pour intégrer celle de l'avocat.

Depuis le mois de septembre, ils essayent de partager le plus de temps ensemble, même s'ils restent discrets sur leur relation à l'extérieur. Pour vivre heureux, vivons cachés.

µµµ

5 novembre 22h30

Comme tous les soirs, la table du petit déjeuner a été dressée pour le lendemain. Les bols sont retournés pour que la poussière ou les insectes nocturnes ne puissent pas tomber dedans. C'est une habitude qu'il a gardée de sa maman.

Lou est déjà en haut pour réviser un peu. Mathieu en profite pour cacher un cuberdon sous la tasse de son amant. Il tient à faire découvrir à Lou ce que représente la Saint-Nicolas pour lui. Une période d'attente et de joie. Ses parents étant fort chrétiens, pour eux, Noël était la naissance du Christ et non la fête aux cadeaux. Pour Mathieu, la Saint-Nicolas reflétait la magie qui émane de Noël pour beaucoup de gens.

Depuis l'année dernière, pour Lou, la Saint-Nicolas c'était une fête d'étudiants où l'on défilait avec des tabliers décorés et où on buvait énormément.

6 novembre 7h10

Devant sa tasse de café fumante, Mathieu attend l'arrivée de Lou. Il beurre un croissant industriel les yeux rivés sur la porte de la salle à manger. L'étudiant arrive enfin, il a toujours les yeux gorgés de sommeil. Il se laisse tomber sur sa chaise avant d'embrasser son amant.

Comment pouvait-il se laver au lavabo, se brosser les dents et s'habiller tout en restant tellement endormi, c'était un mystère pour l'avocat. Tant qu'il n'aurait pas mangé ou bu une demi-tasse de café, il serait un peu dans le gaz.

C'était pour cette raison que Mathieu s'occupait du déjeuner depuis le premier jour de leur cohabitation.

Lou soulève d'un geste mécanique sa tasse et ses yeux s'agrandissent de surprise.

« C'est ?

- Un cuberdon, de la gélatine de cerise.

- Pourquoi ? »

Alors qu'il pouvait être si volubile sous ses caresses, cela amusait Mathieu de voir comme son homme se contentait de si peu de mots le matin avant le café.

Pendant ce temps, Lou retourne le petit cône rouge entre ses doigts pour le regarder sous toutes les coutures qu'il n'a pas.

« Pour attendre la Saint-Nicolas. »

Une interrogation passe dans les yeux asiatiques. Mathieu préfère lui conter de but en blanc l'histoire que sa maman lui a racontée plus de cent fois durant son enfance.

« Au départ, ce n'était pas ça la Saint-Nicolas, recevoir des friandises. Mais c'était un hommage à un évêque très bon qui a protégé des enfants, qui les aimait et il aurait donné trois bourses pleines d'argent à un voisin ruiné pour qu'il puisse marier ses trois filles et leurs éviter la prostitution. Il aurait arrêté une tempête pour éviter la famine d'un peuple. Il a fait beaucoup de miracles. Puis en mémoire de cet homme, une fête est née. On faisait croire aux enfants que c'était lui qui revenant du ciel amenait ces douceurs qui ont évolué au fil du temps. Au départ, c'était des oranges pour les enfants sages et le martinet pour les mauvais garnements qui ne voulaient pas faire amende honorable. Maintenant, le 6 décembre, il amène des jouets.

- On n'est pas le 6 décembre » constate Lou.

L'effet de la première tasse de café que l'étudiant avait bu en l'écoutant avait agi, il y avait déjà plus de mots dans sa phrase.

« Oui, je le sais, mais il y a un mois de probation. Durant cette période, tu deviens gentil pour être certain d'avoir tes cadeaux. J'ai un excellent souvenir de cette époque. J'étais grand, je savais que c'était ma maman, pourtant elle continuait de reproduire la magie de la Saint-Nicolas en déposant à mon insu des friandises sous ma tasse. »

Lou mord dans le cuberdon et sourit avant de lâcher.

« C'est bon !

- Heureux que ça te plaise. Tu ne trouveras ça qu'en Belgique. »

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Sans doute comme sa maman avant lui, Mathieu se prend au jeu de remplacer Saint-Nicolas. La première semaine, il n'avait mis qu'une fois une friandise sous la tasse de son amant. Seulement à partir du 7 novembre, Lou retournait sa tasse avec une certaine impatience, la déception passait dans son regard en voyant qu'il n'y avait rien.

11 novembre 9h30

Lou soulève sa tasse, un petit sourire aux lèvres, avant de soupirer. Il se sert une tasse de café qu'il boit lentement avant de se tourner vers son amant.

« J'ai pourtant été gentil hier, je t'ai fait un bon repas, une gâterie avant le film et l'amour après.

- Ah bon, tu as fait tout ça pour une friandise sous ta tasse ? sourit Mathieu avant de le tirer à lui et de l'embrasser passionnément.

- Non, ne va pas le croire » panique légèrement Lou.

Il ne veut pas que Mathieu puisse croire qu'il n'a fait ça que pour une surprise. Il se mord la lèvre inférieure, alors son amant vient lui caresser la joue et lui dit tendrement :

« C'est aussi ça la Saint-Nicolas, l'attente et l'impatience. »

Lou lui sourit et attaque son petit déjeuner. Il a des révisions à faire, Mathieu des dossiers à compulser même si c'est un jour férié.

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13 novembre 7h15

Alors qu'il soulevait sa tasse ne pensant plus trouver quelque chose en dessous, Lou voit un biscuit brun en forme de personnage dans un emballage.

« Ça, je connais. »

Il le repousse légèrement pour se faire sa tasse de café qu'il savoure les yeux fixés sur le biscuit. Voyant que son amant attend toujours s'il connait réellement la friandise, il finit par ajouter.

« C'est du spéculoos. Tu vas me faire toutes les spécialités belges ?

- Tu as encore oublié la magie de la Saint-Nicolas ! Tu ne sais pas ce que tu vas avoir sous ta tasse ou le 6 décembre.

- C'est sûr que je ne sais pas ce qu'il va pouvoir m'offrir parce que j'ai déjà tout ce que je souhaite. Et ce que je n'ai pas, c'est à moi de l'obtenir en travaillant. »

Mathieu lui sourit et lui caresse la joue du revers de la main. Il a déjà son cadeau, il espère simplement qu'il l'aimera.

Pour le reste, Lou a vu juste, Mathieu a bien l'intention de montrer à son jeune amant tout ce qu'il manquerait s'il décidait de repartir dans son pays une fois son diplôme en poche.

L'avocat ne veut pas y penser, cela lui brise le cœur rien que de l'imaginer. Est-ce qu'il saurait s'adapter au Japon ? Il en doute même s'il veut bien essayer par amour. Il secoue la tête pour chasser ses idées noires, Lou avait encore deux années d'étude. Il a le temps de prendre des décisions pour le reste de leur vie.

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16 novembre 7h15

Mathieu n'a pas attendu une semaine pour faire une nouvelle surprise à son amant. Sous sa tasse, il dépose une bouchée pralinée en forme de souris. Encore une spécialité belge qui fond sous la langue.

Plus la date du 6 décembre approche, plus les venues du grand Saint s'accélèrent. Le 19 novembre, il met une poignée de Nic-Nac, des biscuits en forme de lettres ou de chiffres.

Bien sûr, il y a les immanquables pièces en chocolat et les animaux en massepain qui sont trop beaux pour être mangés. Le petit panda que Lou a reçu le 25 novembre trône désormais sur son bureau.

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Le 1er décembre 7h15

Mathieu offre à son compagnon un calendrier de l'avent, une tradition qu'il apprécie tout de même. Un moyen d'attendre également la naissance du Christ. Pour l'avocat, cette fête sera religieuse et non comme pour la plupart des jeunes de sa génération, la venue du Père Noël.

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Le 5 décembre 23h

Pendant que Lou est sous la douche, Mathieu en profite pour remplir la table du reste de ses achats pour jouer à Saint-Nicolas. Sous la tasse de son amant, il glisse un petit sac en velours de la bijouterie.

Il ouvre également un paquet de noisettes qu'il étale convenablement ainsi qu'une boîte de mendiants dont raffole Lou. En regardant sa table, Mathieu croit bien qu'ils vont avoir de quoi grignoter jusqu'à Pâques. Il faudra qu'il fasse découvrir à son compagnon la chasse aux œufs.

Il est heureux qu'on soit vendredi, demain ils pourront profiter de la matinée. Mathieu a un dernier regard pour ce qu'il a préparé, puis il ferme à clef la salle à manger. Il cache cette dernière dans le vase de l'entrée. Il aimait devoir chercher le passe-partout pour découvrir ce que le grand Saint lui avait amené quand il était petit.

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Le 6 décembre 9h

Mathieu secoue Lou pour le réveiller. La grasse matinée, c'est pour le dimanche matin, ils ont du travail tous les deux, lui des dossiers à compulser et Lou des notes à réviser pour mettre ses cours en ordre.

Pour qu'il soit plus éveillé pour la chasse à la clef, Mathieu a déjà été préparé un thermos de café. Lou prend sa tasse avec plaisir et boit lentement pendant que son compagnon ramasse les deux pyjamas sur le sol et passe le sien après avoir déposé celui de l'Asiatique au pied du lit.

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Assis sur les marches de l'escalier, Mathieu regarde son jeune amant passer la main sur le haut des chambranles, soulever les deux, trois plantes ornementales du couloir. C'est déjà la troisième fois qu'il passe à côté du vase sans regarder à l'intérieur.

« Tu veux qu'on joue à tu brûles ? interroge l'avocat.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Plus tu approches de l'objet recherché, plus tu chauffes, plus tu t'éloignes, tu refroidis.

- Oh oui !

- Là, tu es froid comme la neige » dit Mathieu.

Lou s'étant approché de lui durant la discussion.

Plus il s'approche de la porte, plus Mathieu lui dit qu'il chauffe. Lou soulève le vase et Mathieu lâche :

« Tu brûles, c'est presque l'enfer. »

Alors seulement, Lou pense à regarder à l'intérieur.

« Oh ! » est la seule réaction de l'étudiant.

Délicatement, l'Asiatique repose le vase puis glisse sa main dedans pour en sortir la clef convoitée. Il l'introduit dans la serrure et ouvre la porte.

Devant ses yeux s'étale la table du petit déjeuner noyée sous les pièces en chocolat, du massepain, des guimauves en forme de vierge, de souris, voiture, des lards au chocolat ou nature, des Nic-Nac, des truffes en chocolat ainsi que des spéculoos.

Lou ne sait plus où poser le regard, il a les larmes aux yeux.

« Tu veux m'engraisser pour me manger ? » tente-t-il de plaisanter.

Il prend une truffe, la croque en deux avant de porter l'autre morceau vers la bouche de son amant.

« On n'est pas obligé de tout manger aujourd'hui.

- J'espère bien. J'aime tout ce qu'il y a sur cette table, mais on risque l'indigestion. »

Mathieu s'installe à table, ils n'ont pas encore déjeuné. Lou attrape un lard qu'il enfourne en s'installant à côté de son amant qui s'est déjà servi une tasse de café. Sur son pain sortant du grille-pain placé sur la table, il étale deux chocolats glacés qui fondent sous la chaleur.

Lou retourne sa tasse et écarquille les yeux.

« Il y a encore quelque chose ! Mais, je, mais…

- Il y a toujours un cadeau avec les friandises. »

Lou retient difficilement ses larmes en ouvrant la petite bourse. Il se jette au cou de Mathieu quand il découvre le matricule en argent dont le bracelet est fait de petites mailles serrées.

« Il est trop beau. Pourquoi seulement mon prénom ? Tu aurais dû mettre le tien. »

Mathieu lui prend des mains et le retourne.

« Oh ! Je le mettrai avec ton prénom sur le dessus. Je veux que tout le monde sache que je t'appartiens. Tu me rends trop heureux. »

Mathieu dépose un tendre baiser sur les lèvres de son amant, puis il attache le matricule au poignet de Lou. Ce dernier le regarde les yeux brillants. Il ne connaissait pas cette fête, mais il appréciait la manière dont son amant lui fait découvrir les traditions de son pays. Il espère bien pouvoir continue de vivre le plus longtemps possible près de l'avocat. Il était venu pour apprendre une langue et il a trouvé beaucoup plus. Il a trouvé l'amour.