IV.

Elle l'aurait tué, ce soir. Elle en tremble encore. Ses yeux gonflés par les larmes et son nez dégoulinant de morve lui font pitié. Elle n'est pas forte. Pas du tout. Sa mère dit qu'elle est courageuse parce que malgré l'ambiance familiale pourrie qui règne à la maison, elle arrive à avoir des bonnes notes. Elle, elle appelle ça de la couardise, de la lâcheté parce que ce qu'elle pense, elle n'est même pas capable de le cracher à la gueule de leur tortionnaire.

"Vous me fatiguez toutes !"

Toi aussi, tu nous fatigues.

"Fallait me dire de pas revenir si vous vouliez pas de moi !"

J'aurais dû te le dire quand je t'ai eu au téléphone, alors...

"Vous ne savez pas ce que je vis !"

Toi non plus, tu ne sais pas ce qu'on vit.

"Quand je vois ta tête, si j'étais méchant, je l'aurais déjà écrasée !"

Si je n'avais pas toute ma vie devant moi et si je ne risquais ni la prison, ni de blesser ma grand-mère ainsi que mes oncles, tants, cousines, etc, j'en aurais fait de même avec ton foutu crâne depuis longtemps.

Maman n'arrête pas de dire que ça va s'arranger. Elle a promis que ça allait changer. Mais Maman est quelqu'un d'optimiste. Une putain d'optimiste. Le genre de personnes auquel t'a beau dire que ça va mal finir, il trouve toujours une lueur. C'est pour ça que sa fille ne la croit plus.

Mais après ce soir, où elle a bien cru qu'il allait frapper Maman, elle espère bien que ça va VRAIMENT changé. Elle n'en peut plus. Car plus la situation stagne, plus la tentation de commettre l'irréparable s'agrandit.

Mon p'tit pote, je te jure que même si tu n'es pas dans ton état normal, même si tu ne penses pas les mots blessants que tu nous craches à la gueule, je te jure que tu paieras les conséquences de tes mots. Peut-être pas maintenant, peut-être pas dans trois mois, deux jours, demain ou un an, et tu regretteras peut-être pas, mais je te jure que tu paieras.