La Mère

Qu'elle peut être infâme, cette irritable mère !

Quelle vieille femme ! Par son étreinte amère,

Elle veut retenir son dernier enfant

Et l'empêcher de fuir de son bras étouffant,

Elle a vu ses aînés la quitter sans remord,

De rage, elle a semé, vers eux tempête et mort,

Sa chevelure est blanche, ridé est son visage,

Mais, sa force, point ne flanche, et son âme est sans âge,

Son regard bleu reflète au moins mille nuances,

Si froid et profond, jette un spectateur en transe,

Dans les esprits arides, de sa fougue, elle verse,

Et sur les peaux livides elle brosse l'ivresse

Son frais souffle sans fin, régulier et paisible,

Reste un mystère enfin, elle est imprévisible

(Tantôt calme et docile, tantôt si déchaînée)

Et fait sa difficile on se laisse entraîner

(Parfois douce, parfois tendre) débordants de sagesse,

Ses deux yeux, des méandres, recèlent de richesses

Ces abîmes béants à l'éclat spiralé

Cachent un océan de ses larmes salées,

Ses fils lui ont rendu l'existence si dure,

Son amour est perdu mais son orgueil perdure

Un peu plus chaque jour que ses vagues énumèrent,

Elle reste toujours forte et fière, la mer.