Le Titan

Par une fraîche nuit d'avril, s'écroule

Presque sans bruit, si loin, l'Espoir et croule

La foi de l'homme en le progrès quand coule

Le géant dans un océan sans houle.

Adieu l'insubmersible paquebot,

Les rêves de pouvoir sont en lambeaux,

Noyée, engloutie, la domination !

La nature est une libre nation !

La sombre assurance se brise, descend,

Bel auto-da-fé de sel et de sang

S'enfonce l'orgueil, puni par l'onde amère,

Dans les flots noirs et profonds de la mer.

Le fier Titan finira aux Enfers

Et toute l'humanité, prisonnière

De ce riche sanctuaire d'acier,

Sombrera avec lui dans l'eau glacée.

Toi qui, ces eaux, a osé troubler,

Seras châtié de ta témérité,

Une ruine, un cercueil de rouille et d'os,

Tu gis, épave, terrassé le colosse !

Toi qui as cru, ô toi qui as lutté,

Las ! Ci-gît l'implacable vérité :

L'homme est un pion entre les mains gantées

De l'insensible destin sans pitié.