Un Appel Intemporel

Pleine d'encre de Chine, depuis quand ? je l'ignore.

Son unique parure : sa robe liliale,

L'antique machine à écrire trône encore,

C'est, du rêveur sûr, la panoplie idéale.

Il me semble entendre toujours le bruit des touches,

Tels des battements d'ailes, en un ciel de cristal,

Des oiseaux exilés jadis telle la souche

Où, malgré le fauchage, pousse encore végétal.

Traversant tous les âges, la machine impeccable,

Montrant sa sage page, comme une invitation,

À poussière et temps, elle est imperméable

Sa feuille blanche attend que vienne l'émotion.

Le fauteuil encore chaud, d'un riche cuir pourpré

Appelle, à qui le vaut, de venir prendre place

De se laisser aller aux sentiments outrés,

Au monde familier où le feu est de glace.

Le cendrier fumant d'une inspiration

Pas tout à fait éteinte, l'insatiable étincelle,

Des cendres, renaissant, vainquant la combustion

L'idée, telle un phénix, embrase les prunelles.

L'ivoire fantasme de la mine d'ébène,

Les mots se déchaînent, les crayons pêle-mêle,

Dans ce sourd vacarme, la parfaite mise en scène,

Sur ce bureau de chêne, de l'auteur éternel.