Cette histoire a commencé à me trotter dans la tête chaque fois que j'entendais Cyril Feraud demander " et autant d'années de mariage, c'est noce de quoi ?"


Coton – Cuir – Froment 3


Aujourd'hui, Angelina, son amie et collègue, vient avec ses enfants pour profiter du jardin et de la piscine de Berthe. Son amie vit dans un petit appartement et elle apprécie la générosité de sa collaboratrice qui l'inviter régulièrement.

Elles s'installent sur la terrasse pour surveiller les enfants qui jouent dans l'eau.

« Tu as une sale tête, ton adorable mari n'a pas annulé votre sortie au restaurant tout de même ?

— Non, il m'a emmené à « L'âge de Cristal » pour nos quinze ans de mariage.

— Tu as de la chance, le mien oublie chaque année de le fêter.

— Depuis la troisième année, c'était la première fois qu'il marquait le coup.

— Tu lui en demandes trop, c'est un homme qu'on t'envie toutes mais ça reste un homme, sourit son amie.

— Oui, je sais, il est attentionné, c'est un très bon père.

— S'il n'y avait que ça ! Qu'est-ce que j'aimerais qu'Harry fasse un dixième de ce que ton mari fait. Pas plus tard que la semaine dernière, je lui demandais de mettre la table qu'on puisse manger à l'heure parce que les enfants me rangeaient enfin leur chambre. Il m'a répondu : mais chérie, j'ai travaillé toute la journée, je suis fatiguée, laisse-moi lire mon journal. Qu'est-ce qu'il croit que je ne fais rien de la journée, entre les enfants, le repas et les cours à l'école, c'était en plus mon jour de surveillance et lui avait l'impression que je m'étais tourné les bras toute la journée, peste Angelina.

— Oui, mais Arnold est en congé quand il est là, rappelle-t-elle.

— Harry ne fait rien du week-end, il m'a même dit que j'avais assez de congés en tant qu'enseignante sur le côté pour me reposer. Lui n'avait que ses week-ends. Et ses vingt-quatre jours de congé payé hein ! Ça, il les oublie facilement, mais je l'aime malgré sa paresse dans le ménage. »

Berthe sourit, reporte son attention sur les enfants. Elle aussi aime son mari, il est toute sa vie. Elle a toujours peur pour lui quand elle entend qu'il y a un accident et que des camions sont impliqués. Elle craint souvent d'être moins importante pour lui. Alors pourquoi, est-ce si grave pour elle qu'elle n'ait pas reçu de présent pour le quinzième anniversaire de mariage ? Il lui offre tellement de cadeaux entre temps.

C'est vrai qu'il n'a pas dit joyeux anniversaire de mariage. Elle voudrait des choses qu'elle ne fait pas. Pourtant elle le dit souvent aux enfants, ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. Si elle ne le fait pas, elle ne doit pas s'attendre à le recevoir.

« Tu veux rester ce soir pour un barbecue, propose Berthe

— Non, je dois aller faire le repas pour Harry, maintenant que je suis en vacances, il espère pouvoir enfin manger à une heure raisonnable, dit-elle avec un grand sourire.

— Encore une chance que tu l'aimes, taquine Berthe.

— Il n'a pas que des défauts. Il est gentil, très doux en amour et pour ça il n'est pas paresseux. Il m'aide pour faire la vaisselle et s'occupe des enfants. C'est tout de même lui qui va chercher les enfants à leur entraînement du week-end. Il se relève la nuit pour eux s'ils sont malades parce qu'il estime quand même qu'une classe de vingt-cinq élèves, il ne le supporterait pas et qu'il a moins de bruits que moi dans son bureau.

— Il a pas mal de qualité quoi ?

— Oui. »

Vers dix-sept heures, son amie et ses enfants s'en vont. Berthe décide de préparer le barbecue pour sa famille. Elle s'en était donné envie en le proposant tout à l'heure.

Au soir, seule dans son lit, elle réfléchit à ce qu'elle a sur le cœur et se dit qu'elle va en parler à son époux quand il sera là Elle ne veut pas qu'un malaise grandisse entre eux.

Quand le camion rentre dans la cour deux jours plus tard, Berthe va à la rencontre de son homme. Elle a pris la décision de le faire dorénavant pour bien lui montrer qu'elle est heureuse de son retour et impatiente de pouvoir le tenir dans ses bras.

En descendant du tracteur, son mari lui sourit, il lui passe un bras autour de la taille avant de l'embrasser tendrement. Seulement après, ils repartent de concert vers la maison. Il est rentré plus tard que d'habitude, les enfants sont déjà au lit.

« Ça n'a pas l'air d'être la grande forme », constate-t-il devant le visage fermé de son épouse.

Il a souvent peur de la perdre à force de l'abandonner pour son travail. Seulement, il serait tout aussi malheureux de devoir vivre sans être sur les routes. Son métier, sa femme et ses enfants sont son équilibre.

-« Je vais te paraître ingrate, mais j'ai parfois l'impression que notre anniversaire de mariage n'a aucune importance pour toi. Je sais que je suis aussi fautive, il y a eu depuis notre premier tellement d'empêchement qu'on ne l'a jamais réellement fêté ensemble rien que nous deux, on a toujours fait passé l'anniversaire de Benoit en priorité.

Arnold sourit, vient l'embrasser tendrement, il dépose son sac de voyage doucement et l'ouvre. Il en sort un petit chat en cristal qu'il met dans la main de sa femme en lui souriant.

« Il est tellement important pour moi que je le fête douze fois l'année. Mes petits présents ne sont que la preuve que je suis heureux d'avoir passé un mois de plus près de toi. Tu m'as offert la première année un cadeau dont je profite chaque jour, je voulais en faire autant. »

Berthe a les larmes aux yeux, elle se dirige vers la vitrine et le dépose à côté de ceux que son époux lui a donnés au cours des différentes années.

En revenant se blottir dans les bras de son mari, elle regarde d'un autre œil tous les cadeaux disposés partout dans la maison, autant de preuves de l'amour et de l'importance qu'à leur mariage pour Arnold.

Elle s'était demandé il y a deux ans pourquoi il l'inondait de dessins, du parfum, des t-shirts et même un cadre avec des brins de muguet dessus, ce n'était pas sa fleur préférée en plus.

Elle repense au lot de foulards, nuisettes et des draps en soie qu'elle a reçus il y a trois ans.

« Le plus dur pour moi ça été l'année de nos six ans de mariage, après le parfum et le voyage à Chypre, j'étais à court d'idées d'où toutes ses représentations de l'île.

— J'ai encore plus honte d'avoir cru que notre mariage n'avait aucune importance pour toi, dit-elle en cachant son visage contre le torse de son mari.

— Je t'aime, ne l'oublie jamais.

— Moi aussi je t'aime. »

Ils s'embrassent longuement avant de monter dans leur chambre.

Fin