Bonjour à toutes et à tous !

Tout d'abord, je vous souhaite la bienvenue sur cette histoire. J'espère que vous l'aimerez autant que j'ai aimé l'écrire. Notre longue traque comportera six chapitres. Je publierai tous les mardis (le plus souvent le matin). Au début, je pensais en faire une nouvelle, donc le même format que mes autres récits. Cependant, je me suis aperçue qu'il fallait que je coupe cette histoire. C'est pourquoi elle est publiée sous forme de chapitres.

Que dire de plus ? Si vous n'aimez pas le surnaturel, vous n'êtes pas du tout au bon endroit. C'est un genre qui me tient à cœur car il représente la majorité de ce que je lis au quotidien.

Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser une petite review à la fin de votre lecture.

A bientôt,

MrsBrunette


PROLOGUE : Aujourd'hui

Cela pourra vous paraître étrange mais je suis une vampiresse. Je m'appelle Elena Russell et je suis censée avoir trente ans dans un mois. Je compte vous raconter une partie de ma vie à travers les pages qui vont suivre. Écrire mes mémoires n'était pas dans mes objectifs premiers mais il est temps que le monde connaisse la face cachée de l'environnement qui nous entoure. Après tout j'ai toute l'éternité pour les écrire. Enfin si on ne m'enfonce pas un pieu dans le cœur entre temps. Nous sommes peut-être immortels mais nous ne sommes pas invincibles. Être une suceuse de sang ne m'effraie pas le moins du monde. Je ne me nourris que d'adultes consentants. Et puis ce statut m'est très utile pour mon métier. Être tueuse à gage n'est pas le rêve premier des petites filles. Mais être capable de me défendre est la première chose que j'ai apprise. Comme vous l'aurez remarqué, je ne fais pas dans la dentelle. Je ne peux pas me permettre d'être naïve et de penser que mon monde est tout rose.

C'est mon mari qui m'a transformée. Enfin ce n'est pas tout à fait vrai. On va dire qu'il a aidé à ma transformation. J'étais plutôt en colère ce jour-là mais finalement je lui en serais toujours reconnaissante. Mais avant de devenir mon mari, il était un tueur dont j'avais entendu parler. Je vous laisse donc avec la scène de notre première rencontre et surtout première mission ensemble.

.

.

.

CHAPITRE 1 : Cinq ans auparavant (en juillet)

Nous nous étions rencontrés dans un bar où nous cherchions la même cible. Ma première impression de lui fut très négative. Je le trouvais très imbu de lui-même. J'avais également tout de suite su qu'il était un suceur de sang. Ne me demandez pas comment je l'avais su, c'était instinctif chez moi. Je savais immédiatement si j'avais à faire à un humain, un vampire, un métamorphe ou toute autre espèce surnaturelle. À première vue, il semblait avoir au moins quatre cents ans. Une aura de pouvoir l'entourait. Je n'avais pas posé de questions quand il m'avait abordée en m'appelant par mon prénom. J'étais connue dans notre monde. J'avais croisé de nombreux vampires pendant mes missions. Ils aimaient tromper l'ennui en étant tueurs à gage, l'adrénaline agissait sur eux comme une drogue. Je suis plutôt d'accord avec eux là-dessus. À moi aussi, elle me plaisait énormément. Effectivement j'étais une humaine, une tueuse à gages. L'argent ne tombait pas du ciel à ce moment-là et j'avais trouvé le métier qui me plaisait le plus. Comment ma famille avait réagi ? Elle n'était déjà plus de ce monde avant que je ne sache marcher. Mon père d'adoption était un mercenaire donc j'avais eu le meilleur exemple possible pour m'épanouir dans cette branche. Oui, j'avais eu quelques problèmes de gestion de la colère quand j'étais adolescente.

Bref, pour en revenir à la mission, nous étions censés abattre la même personne. Le travail en équipe n'était vraiment pas mon fort. Depuis mon plus jeune âge, j'avais appris à me débrouiller seule. Alors quand on m'imposait un partenaire et en plus un vampire, cela pouvait vite tourner au désastre. Toutefois il avait su me faire accepter l'idée de travailler à deux. Il est vrai que nous avions été d'une efficacité redoutable ce jour-là. Et puis j'avais eu une petite prime après l'exécution de la mission. Mon patron savait comment se faire pardonner. Il fallait être pragmatique dans ce genre de vie. Après tout ce n'était pas pour rien si les tueurs à gage ne vivaient pas longtemps, surtout les femmes.

Il ne nous avait pas fallu longtemps pour créer un plan. Dès que notre cible fut dans le bar, j'avais joué le rôle de l'humaine un peu ivre qui souhaitait avoir un peu d'attention. Notre proie était un mort-vivant débutant. Il se laissa vite prendre au piège. Vu la couleur dont étaient ses yeux, je savais pertinemment qu'il ne s'était pas nourri depuis un bon moment. Or les jeunes vampires avaient besoin de se nourrir très régulièrement pour pouvoir arriver à se contrôler. Parfois, il arrivait que le maître du jeune ne prenne pas le temps de lui apprendre les bonnes manières. C'était à ce moment-là que les tueurs à gages intervenaient. Les jeunes devenus trop gênants devenaient nos proies. En plus de cela, il y avait pas mal de traités en vigueur entre les différents nids de vampires. D'un commun accord, la police humaine et les chefs vampires nous laissaient abattre ces jeunes délinquants. Aucune des deux parties ne se salissait les mains.

Malheureusement pour notre proie, il avait rompu des accords avec mon patron et celui de mon coéquipier. En plus de n'avoir aucun savoir vivre en société. La police avait informé nos supérieurs que notre cible laissait beaucoup de cadavres derrière. Il allait donc doublement souffrir pour avoir osé défier les deux plus grands vampires de Paris. Sans surprise, les grands vampires de ce monde engageaient des humains pour travailler pour eux. Certains vampires avaient besoin de petites mains pour faire leur sale boulot. Heureusement que cela payait bien.

Après avoir attiré notre cible à l'extérieur, je me chargeai de l'immobiliser avec un couteau en argent planté près du cœur. D'un simple mouvement de ma part, il aurait pu mourir sur le champ. C'était à ce moment-là qu'il me reconnut. En même temps tous mes signes distinctifs étaient visibles. Il avait vraiment été négligent sur ce coup-ci. Il s'était fait avoir comme un bleu. Mes yeux d'un vert qui rappelait les forêts, ma chevelure brune attachée grâce à un ruban rouge et ma bague en forme de rose. Ce n'était pas pour rien que l'on me surnommait la Rose écarlate. Il y en avait eu beaucoup d'autres avec ce surnom avant moi mais j'avais fait fi du manque d'originalité de mes compatriotes. Mon surnom ne m'avait pas plu au début. Pourtant quand j'avais vu le regard de respect que me lançaient mes collègues, j'avais su que je faisais enfin partie de leur monde. Et puis voir mes proies blêmir en me reconnaissant, c'était jouissif.

Notre victime n'était pas au bout de ses peines. Dès qu'il vit mon équipier d'un soir approcher, il blêmit encore plus. Une lueur de résignation s'alluma dans son regard. Il avait apparemment compris qu'il avait fait une erreur. Une petite dizaine de minutes de torture plus tard, le jeune vampire n'était plus de ce monde. Je n'avais pas eu à faire le moindre geste. Il s'était lui-même donné la mort en bougeant un peu de trop pendant que mon équipier l'interrogeait. Est-ce qu'il l'avait fait exprès, je n'en saurais jamais rien mais au moins nous avions les réponses que nos patrons voulaient. Les dernières paroles que mon équipier m'avait dit ce soir-là, avant d'emporter le corps avec lui, ne m'inspirait pas de bons sentiments.

« J'espère que nous nous reverrons bientôt, ma Rose Écarlate. »

« Je ne suis pas votre Rose et je crains que ce ne soit des adieux, Monsieur Marquez. »

Il m'envoya un baiser de la main et démarra sa voiture. Il fila dans la nuit en un bruit sonore. Je jetai un dernier coup d'œil à la ronde pour vérifier si nous n'avions pas laissé de traces. Je montai ensuite dans ma voiture et me dirigeai vers mon appartement. Durant le trajet, j'avais eu le pressentiment que j'étais loin d'en avoir fini avec Marquez le vampire.

Cinq ans auparavant (en août)

Mon pressentiment s'avéra être exact quand j'ouvris la porte de mon appartement, quelques semaines plus tard, après avoir entendu sonner. Il se tenait là avec son sourire arrogant et son regard pénétrant. C'était la première fois que je le voyais au grand jour. Je ne pouvais pas nier qu'il était beau à se damner. Un mètre quatre-vingt-cinq, blond aux yeux bruns, athlétique et pleins d'autres adjectifs. En même temps il était un vampire, il était forcément bien bâti. À côté de lui, je paraissais banale avec mes cheveux bruns et mes yeux verts. Il entra sans mon accord. La rumeur qui courait au sujet de l'invitation obligatoire des vampires dans votre demeure n'était pas fondée. Au lieu de l'engueuler, je le laissais aller à sa guise. Je n'avais pas envie de me battre et détruire mon appartement. C'était fou ce que cela pouvait coûter cher des meubles de nos jours. De plus je devais me préparer pour aller à une fête où se trouvait ma prochaine cible. D'ailleurs j'étais encore en survêtement avec les cheveux humides. Il m'avait interrompue dans mon choix de tenue. Heureusement qu'il n'avait pas sonné pendant que j'étais sous la douche. Il aurait sûrement été capable de rentrer dans l'appartement sans que je m'en rende compte. La voix de Marquez me sortit de mes pensées.

« Qu'avez-vous prévu de porter ce soir ? » Je compris tout de suite qu'il avait été assigné à la même cible que moi.

« J'en déduis que nous allons encore devoir faire équipe. » Je soupirai. J'étais très solitaire et c'était ce qui faisait mon efficacité. Il hocha la tête et se dirigea vers ma chambre sans que je lui donne d'indications.

« Surtout faites comme chez vous, Monsieur Marquez. »

Je ne pris pas la peine de masquer mon sarcasme. Je le vis sortir toutes mes affaires de mon dressing. Dressing que j'avais mis des heures à ranger le jour-même. J'étais partisane du « fais du tri, tu trouveras peut-être une tenue potable ». Mais encore une fois, je me contentai de soupirer. Tournant la tête vers le champ de bataille, je finis par remarquer une grande boîte sur mon lit. Je ne me rappelai pas l'avoir vue dans ses bras quand il était entré. Une fois mon armoire vidée, je vis Marquez secouer la tête de dépit.

« Je m'en doutais, vous n'avez rien de convenable pour ce type de soirée. »

« Je ne suis pas souvent invitée dans des soirées mondaines et tirées à quatre épingles. »

« Prenez le paquet et allez-vous changer. Je vais ranger. »

Voyant que je ne m'exécutais pas, mon équipier posa enfin son regard sur moi. Il semblait passablement énervé. Malheureusement pour lui, j'étais têtue. Il n'avait pas à me donner d'ordres.

« J'avais entendu dire que la Rose était bornée mais pas à ce point-là. »

« Dans ce cas vous savez sûrement que je travaille en solitaire et que je ne vais certainement pas m'associer à vous. »

« Mon patron a contacté le vôtre. Ils ont convenu que nous devions travailler ensemble vu les résultats de la dernière fois. »

Ce fut la douche froide. Premièrement, mon patron avait agi dans mon dos. Deuxièmement, j'allais encore me retrouver avec ce vampire arrogant sur le dos. Troisièmement, j'allais demander une augmentation après l'exécution de la mission. Travailler en équipe n'était pas du tout dans mon contrat. J'avais très envie d'arracher la tête à ces maudits vampires. Mais comme d'habitude, j'allais me retenir. Je pris donc la boîte blanche et des sous-vêtements et allai dans la salle d'eau. Mon reflet me renvoya l'image d'une jeune femme furieuse. Je soulevai le couvercle du paquet pour y découvrir une somptueuse robe bordeaux qui semblait être taillée à mes mesures. Comment avait-il pu savoir mes mensurations ? En l'enfilant, je remarquai que le tissu épousait mes courbes comme une seconde peau et que le décolleté était très prononcé. Mais ce n'était pas tout, d'immenses fentes se découpaient dans le tissu au niveau des jambes. Pourtant quand je bougeais, on ne pouvait pas apercevoir mes cuisses. Au fond de la boîte se trouvait une paire de chaussures à hauts talons noirs. Niveau praticité pour se battre, on avait fait mieux. Je me séchai les cheveux et les brossai pour leur donner l'allure que je voulais. J'assortis mon maquillage à la tenue et ressortis de la salle de bain.

La réaction de Marquez ne se fit pas attendre. Ses yeux bruns s'assombrirent alors qu'il parcourait mes courbes du regard. Cela lui donnait un côté sauvage et imprévisible. Je le contournai pour aller récupérer mes armes. J'attachai des lames en argent le long de mes cuisses. Je n'avais que cet emplacement pour les stocker. Ça m'ennuyait de laisser une bonne partie de mon arsenal à la maison mais la robe n'offrait pas beaucoup de cachettes. Je ne pouvais décemment pas porter un holster. Il serait visible dès le premier coup d'œil et je m'attendais à ce qu'on soit fouillés à l'entrée. De plus je n'allais pas emmener de pochette car je savais que je risquais de la perdre si j'étais amenée à me battre ou à m'enfuir. Ainsi parée, je fis face au vampire.

« Je suis prête, nous pouvons y aller. »

Il ne répondit pas mais se dirigea vers la sortie de l'appartement. Il me laissa le temps de mettre mes sécurités en marche et nous rejoignimes une voiture différente de celle qu'il avait eue l'autre fois. Je me demandais combien de missions allais-je encore faire avec lui avant de retrouver ma routine solitaire. J'attendais ce moment avec une impatience non feinte. Sa conduite était fluide et agréable. Le son de la radio empêchait que notre manque de conversation ne devienne pensant. Une de mes chansons préférées passa et je me mis à chantonner sans faire attention au vampire. Il me jeta un coup d'œil surpris mais ne dit rien. Je ne pensais pas être assez détendue pour me mettre à fredonner mais cela avait été instinctif.

Au bout d'une demi-heure de trajet, nous arrivâmes enfin sur le lieu de la réception. Le voiturier m'ouvrit galamment la portière. Une fois que Marquez fut à mes côtés, il lui lança les clés et m'offrit son bras. Je le pris sans faire d'histoire. Nous devions nous fondre dans la masse d'invités pour appréhender au mieux notre proie. Le maître d'hôtel prit nos noms pour vérifier si notre présence était désirée. Nos patrons avaient fait jouer leurs connaissances pour nous permettre d'entrer dans cette soirée. Cette fois-ci notre proie allait être plus difficile à isoler. Nous traquions un vampire de plus de cent ans. La réception était en son honneur mais nous n'étions pas sûrs qu'il fasse une apparition. D'après nos informations, il avait beaucoup de monde à ses trousses. Avoir du pouvoir ne vous apportait pas toujours que des amis. Les ennemis étaient nombreux et ils pouvaient vous envoyer des tueurs à gages. Pour une fois mon patron n'avait pas été idiot et m'avait fourni une aide supplémentaire. Dans mon malheur, je pouvais quand même lui reconnaître cela. Même si cette aide ne me plaisait pas beaucoup. Quelque chose me chiffonnait. Pourquoi un vampire vieux de quatre cent ans était devenu tueur à gages ?

Un serveur passa près de nous, un plateau chargé de coupes à la main. Mon équipier l'arrêta et prit deux verres. Il m'en donna un. Nous trinquâmes et je laissai une gorgée de champagne descendre dans mon estomac. Un peu de courage liquide ne me ferait pas de mal. Nous ne nous étions pas dit un mot depuis que nous avions quitté mon appartement. Je décidai de briser la glace avant que notre proie se montre.

« Vous allez souvent à des réceptions comme celles-ci ? » Question tout à fait innocente de ma part.

« Seulement si mon travail me le demande. Je ne suis pas friand de ce monde d'hypocrites. »

« Pourtant vous semblez plus âgé que notre cible, vous devez bien avoir assez de pouvoir pour vous faire inviter. »

« Insinuez-vous que je suis vieux, Mademoiselle ? » Je lus une pointe d'amusement dans son regard.

« Ce qui est sûr c'est que vous êtes plus vieux que moi, Monsieur. » Ma réponse sembla le satisfaire.

« Allons danser. »

Il posa une main ferme sur ma taille ne me laissant aucun choix. Je le fusillai du regard. Il me guida parmi les autres danseurs et entama une valse lente en se calant sur le rythme de la musique. Marquez avait sûrement appris à danser dès son plus jeune âge. Il devait avoir une grande mémoire pour se souvenir de tout ce qu'il avait fait pendant ces quatre cent dernières années. Mais n'oubliant pas les raisons de ma présence à ce gala, je me mis à observer les autres invités. Rien ne semblait présager l'arrivée de notre proie. Nous continuâmes à danser pendant plusieurs minutes. Je commençai à avoir mal aux pieds dans ces chaussures. Je m'apprêtai à demander au vampire de me laisser une pause quand soudain je le sentis se tendre contre moi. Je remarquai que la sécurité avait commencé à se déplacer vers l'entrée de la salle. Apparemment l'invité d'honneur n'allait pas tarder à se montrer. Des applaudissements s'élevèrent. Nous arrêtâmes de danser pour nous écarter et laisser passer notre proie et sa garde rapprochée. J'applaudis discrètement tout en souriant. Nous ne devions pas attirer l'attention sur nous. Cependant, à peine avais-je formulé ma pensée que mon regard croisa celui de la cible. Cette dernière étudia notre couple et s'arrêta. Mon sourire se fit plus forcé. Marquez me serrait un peu trop fort mais je laissai de côté la douleur. J'allais quand même avoir à un bleu le lendemain. En espérant ne ressortir de là qu'avec un seul bleu.

« James Marquez, quel plaisir de te revoir. » Notre proie tendit une main amicale. Mon équipier la serra.

« Ravi de te voir également, Max. » Sa voix était neutre. Le dénommé Max me reluqua sans aucune gêne.

« Nous sommes nous déjà rencontrés, mademoiselle… ? »

« Russell, Elena Russell. Non je n'ai jamais eu ce plaisir. »

Sa main froide serra la mienne. Rien ne disait qu'il m'avait reconnue. Pourtant j'étais certaine qu'il savait exactement quel métier faisait Marquez. Soudain une flamme de pouvoir me traversa. Mon corps se tendit. Ce Max avait bien plus que cent ans. Vu ce que j'avais ressenti, il était même plus vieux que Marquez. Cela ne sentait pas bon du tout. La peur s'alluma dans mon esprit mais je tentai de ne pas la montrer. Ce n'était pas le moment de laisser une faille dans mon armure.

« Enchanté de vous connaître. Mais si vous voulez bien m'excuser, je dois faire un discours. »

Sur ces paroles mielleuses, il s'en alla en direction de l'estrade. Je pris finalement conscience de la foule qui nous regardait. Le vampire desserra enfin sa main. Je soupirai et attrapai une coupe de champagne. Je la vidai d'un trait sans faire attention aux convenances. J'eus tout juste le temps de déposer mon verre sur une table que Marquez me prit par le coude pour nous éloigner de la foule. Quelques questions se bousculaient dans ma tête mais je me retins de lui en faire part. Nous allâmes sur un balcon pour être à l'abri des oreilles indiscrètes. À cet instant, j'aurais bien voulu avoir mon paquet de cigarettes de secours. Une fumée familière passa devant moi. À croire que le vampire avait lu dans mes pensées. Il me donna sa cigarette en alluma une autre pour lui. La nuit était paisible si on ne faisait pas attention aux bruits des voitures en contrebas. Je pris une grande taffe. Cela ajouté à l'alcool, j'étais un peu plus sereine. Addiction quand tu nous tenais.

« Comment comptez-vous abattre Max ? » La question émanait du vampire.

« Je n'ai pas de plan défini. Notre sortie de ce soir était dédiée à l'observation de la cible. » Je devais rester strictement professionnelle.

« Que pensez-vous de lui ? » Il continua son interrogatoire.

« C'est un vampire âgé et surtout rusé. Il avait l'air de bien vous connaître. Je le soupçonne de savoir que vous êtes à ses trousses. Il fera sûrement des recherches sur moi. C'est pourquoi je lui ai donné mon vrai nom. Je veux qu'il sache à qui il a affaire. »

« Beaucoup d'entre nous auraient préféré donner un faux nom et rester discret. Il est peut-être déjà en train de comploter contre vous. »

« C'est fort probable. Mais je n'ai pas peur de lui. Il ne m'atteindra pas si facilement. Je ne suis pas une humaine fragile. » Je m'étais tournée vers lui pour lui montrer ma détermination. Je lus une pointe d'admiration dans ses yeux.

« Vous semblez bien sûre de vous, ma Rose. »

« Je ne suis pas votre, Marquez. »

« Avez-vous conscience que vous risquez d'y laisser votre vie au cours de cette mission ? »

« Essayerez-vous de me faire peur ? Je savais dans quoi je m'embarquais quand j'ai accepté de devenir tueuse à gages. Je n'ai pas d'attaches et si je meurs je serais vite remplacée par un autre. Mon surnom de Rose Écarlate ne restera pas longtemps dans la postérité. » Ma voix était devenue glaciale.

« Nous continuerons de travailler en équipe jusqu'à ce que Max soit mort. Vous allez avoir besoin d'un entraînement supplémentaire dont je me chargerai personnellement. Je viendrai vous chercher chez vous demain matin. » Et il s'envola sans attendre ma réponse.

« Enfoiré de vampire. »

Plus les vampires étaient âgés, plus ils développaient de pouvoirs. Étonnamment, Marquez pouvait se balader en pleine journée sans être atteint par la lumière du soleil. Cela était sûrement dû à son âge. La plupart des vampires âgés développait cette faculté. Il avait également besoin de peu de sommeil quand il se nourrissait régulièrement. Je savais tout cela grâce à mon patron qui m'avait fait passer tous les dossiers concernant Marquez.

Tout ceci ne m'enchantait guère. La mission semblait vraiment risquée et il était fortement possible que je n'atteigne pas mon trentième anniversaire. Je finis ma cigarette. Je tournai les talons et sortis discrètement de l'hôtel. Je repris les clés de la voiture de Marquez au voiturier et m'installai au volant. Je démarrai sans me faire remarquer. Je vérifiai que personne ne me suivait. J'arrivai rapidement à mon appartement. La circulation parisienne était beaucoup moins dense la nuit. J'enviai aux vampires leur capacité à voler. Les trajets devaient être tellement plus simples. Tout en enlevant les sécurités de mon appartement, je me déchaussai. J'allai directement dans ma chambre tout en me déshabillant. Je pris un vieux t-shirt ample pour dormir et m'effondrai sans grâce sur mon lit. Cette entrevue avec ma cible avait mis mes nerfs à rude épreuve. J'étais entourée de vampires pour cette mission et ce n'était pas très réjouissant.

.

.

Aujourd'hui

Je suis tranquillement en train d'écrire et voilà que mon mari vient mettre son grain de sel. Mais pour une fois qu'il s'intéresse à mes activités, je vais lui laisser écrire à son tour dans mes mémoires. Je vous préviens juste que cela risque de ne pas être très romantique. Après tout, je n'étais qu'une source de divertissement pour James. Tout du moins au début. Il a fini par m'avouer que je l'avais grandement intrigué dès notre première rencontre. Enfin bref, je vous laisse avec un petit passage avec son point de vue. Vous retrouverez ensuite la Elena d'il y a cinq ans.