Chapitre XXII : Préparatifs

Place du Téléporteur, Nouvelle-Paris, Quartum d'Um, an 390 (2020) :

Cela faisait déjà cinq jours que Elhir'n passait en compagnie de ceux que les journaux appelaient désormais les « Sorciers d'Outrevers », en référence à « outremer », au-delà de la mer se transformant en au-delà de l'univers. Alphard était dubitatif quant au nouveau surnom mais Elhir'n était personnellement fière, c'était mieux que terroristes.

A dire vrai, Elhir'n flottait sur un petit nuage depuis le passage de la nouvelle année. En effet, elle… se sentait revivre. Ici, pas d'Académie, pas de cours à donner, de remarques sur sa nature d'elfe, ou de débats intérieurs sur ce qu'elle devrait ou non faire, de déchirement entre sa race et ceux chers à son cœur. Ici, Elhir'n trouvait une place bien plus proche de celle qu'elle avait à la Coalition que ce qu'elle n'aurait imaginé. Suite au succès du discours d'Alphard prononcé devant les convives du banquet qu'elle avait co-écrit avec ce dernier, son Nera l'incluait bien plus dans les opérations, jugeant son opinion comme étant quelque chose d'important et à réfléchir. Ainsi, Elhir'n était devenue tacitement la… Stratège des Forgotten Ones.

Un sourire flotta sur ses lèvres. Il faudra qu'elle en parle à Ue'ksu, ça l'amuserait. D'ailleurs, elle avait eu des nouvelles de lui, récemment. Il allait bien, et s'était amusé à construire ce qu'il nommait son « Palais de bois » qui n'était en réalité qu'une cabane austère et modeste. Cependant, Elhir'n le savait pertinemment, une simple cabane pouvait paraître comme un château comparé aux abris de fortune que son ami avait dû trouver au fil des décennies.

Quant à Méduse… L'elfe soupira. Dès que les Académiciens étaient exécutés ou arrêtés, elle la récupérerais. Mais pas avant. À la rigueur, Elhir'n pourrait amener la Directrice ici, cependant… Premièrement il n'était pas bon pour elle de se mêler avec les Sorciers d'Outrevers en tant que Directrice d'une Académie et deuxièmement, la situation était encore hautement tendue et incertaine. Elle le demeurerait du moins pour encore quelques temps.

L'elfe soupira, songeant encore à tout le chemin qu'il lui restait à parcourir. Même si la vie qu'elle menait avec les Forgotten Ones était plaisante – d'autant plus qu'elle avait Kazuto – elle demeurait sous tensions. Lorsqu'elle était dans la Coalition aussi elle était tendue, les décisions qu'elle prenait allait garantir la liberté ou au contraire l'asservissement de l'ensemble des créatures – elle comprise. Ici, cependant, il n'était pas question des créatures. L'enjeu était à dire vrai… bien moins important aux yeux de Elhir'n. L'elfe ne l'avait jamais suggéré, mais concrètement les Forgotten Ones avaient aussi une solution bien plus simple que de se lancer dans un combat médiatique avec le HCS : si le Monde Non-Magique et le Monde Magique existaient, c'était bel et bien la preuve de l'existence d'un multivers. Les elfes le savaient depuis longtemps, principalement grâce aux Chuskaré, mais ils n'avaient jamais considéré voyager à travers les différentes réalités car… Pourquoi le faire alors qu'ils avaient déjà tout ce qu'ils désiraient ici ?

Ainsi, malgré le fait que les Forgotten Ones aient aussi la simple option de s'enfuir dans une réalité tierce et que donc les enjeux de leur combat en soient irrévocablement réduits, Elhir'n demeurait tendue. Ce n'était pas à cause du peu de danger qu'il restait dans la cause des Forgotten Ones : elle avait déjà dit à Alphard qu'elle n'était pas à ses côtés par convictions. Non, ce qui terrifiait Elhir'n, ce qui la poussait à se tendre telle la corde d'un arc, c'était bel et bien le fait que… Cette fois, elle avait des proches qu'elle devait protéger.

Oui, bien sûr, durant le temps de la Coalition elle avait des amis comme Ue'ksu ou Iue pour qui elle serait morte, mais… Ce qui faisait battre son cœur, ce qui occupait son esprit et son âme, ce n'était pas la sécurité de ses amis. Elle savait qu'ils risquaient de mourir, et elle préférerait qu'ils demeurent vivants, mais entre sacrifier Iue et sauver l'ensemble des créatures… Elhir'n n'aurait jamais pu faire preuve de suffisamment d'égoïsme pour sauver son amie. Alors qu'ici… La raison pour laquelle elle avait rejoint les Forgotten Ones, c'était bel et bien pour sauver Méduse. La raison pour laquelle elle avait senti son cœur s'affoler la nuit où Alphard avait prononcé son discours devant le HCS, c'était bel et bien Kazuto. Elle déglutit, songeant que l'enjeu était désormais bien différent pour elle. Elle ne se battait plus pour un peuple, mais pour des gens qu'elle aimait.

Elle n'aurait su dire si c'était une bonne nouvelle.

L'elfe sentit une main se glisser contre son bras alors qu'une voix ensommeillée murmura à son oreille, 'À quoi tu penses… ?'

Elhir'n sourit alors qu'elle sentit les lèvres de Kazuto contre son épaule. L'un des avantages de rejoindre lesForgotten Ones était, comme elle l'avait signalé auparavant, de retrouver Kazuto. Et d'enfin régler cette incompréhension inter-espèces ridicule. Se collant un peu plus à l'humain, elle lâcha, ses yeux toujours fermés, 'À la raison pour laquelle je suis ici. À mes sentiments, à… l'évolution perpétuelle de mon existence.'

Le Maître des Runes eut un rire grave, encore à moitié endormi, 'Tu ne trouves pas que ce sont des sujets un peu trop philosophiques de si bon matin ?'

'Tu sais bien que je dors moins que toi. Je suis réveillée depuis au minimum deux heures.'

'Et qu'as-tu fait durant ces deux heures, mis à part philosopher, ma très chère Elhir'n ?'

Préférant lui transmettre ses sensations plutôt que parler, l'elfe se tourna, faisant ainsi face à son ami. Kazuto avait les cheveux ébouriffés, ses yeux en amandes à peine entrouverts, laissant briller leurs pupilles. Il avait un léger sourire, celui des gens tout simplement heureux. Elhir'n posa sa main avec douceur sur sa joue, lui montrant ainsi sa téléportation jusqu'à la Nouvelle-Londres pour ensuite se réfugier dans la forêt en bordure de la ville. Elle lui transmit l'odeur de la mousse et de la terre encore humide, l'éclat du Soleil se levant, la douce animation de la forêt alors que ses habitants se réveillaient ou, au contraire, s'endormaient. Elle lui montra sa marche jusqu'à un lac immense, l'un des plus grands du Monde Magique et elle lui partagea la vision qu'un elfe avait de tels paysages, des détails qu'elle percevait de l'eau, de son mouvement apaisé, des poissons à l'intérieur, certains vifs comme l'éclair, d'autre au contraire préférant une marche plus lente à travers l'étang. Elle lui fit ressentir la présence rassurante du Démon Argenté sur ses épaules, cette ombre végétale ne la quittant pas, des ondes de calme et de plénitude qu'elle percevait de la plante, de sa curiosité face à son nouvel environnement, de sa joie alors que ses racines effleuraient avec un enthousiasme débridé la surface aqueuse.

Elle partagea tout ceci avec lui, puis elle retira doucement sa main, laissant l'odeur citadine de la Nouvelle-Paris remplacer celle complexe de la forêt et l'air frais du lac se transformer en celui tempéré pour Kazuto et chaud pour Elhir'n de la tente.

Le jeune Maître des Charmes eut un sourire, 'J'aimerais être dans ta tête tout le temps, des fois. Ta façon de voir le monde...'

Elhir'n lui rendit son sourire, 'La tienne est tout aussi fascinante. Ta vision est plus globale, alors que la mienne a tendance à s'attarder sur des détails. Je vais observer avec fascination une branche alors que toi tu verras la splendeur de l'arbre. Les deux visions sont intéressantes.'

Kazuto sourit, 'Vive le relativisme spéciste.'

'Nous devrions nous préparer, la réunion avec Alphard est dans quelques minutes.'

Alors que Kazuto avait commencé à laisser ses mains s'aventurer de ci et là sur le corps de Elhir'n, l'elfe sentit ces dernières se figer alors qu'elle entendit un profond soupir de la part de Kazuto. Un sourire flotta sur ses lèvres alors qu'elle vit l'humain se relever pour constater, un air dépité, 'Bien évidemment, tu es déjà prête.'

'Les joies de se réveiller aux aurores...' Elle se leva, ramenant une mèche de cheveux argentés derrière son oreille avant de déclarer, 'Je vais aller voir Alphard, ne tarde pas trop.'

Elhir'n quitta la tente, pour trouver son Démon Argenté qui visiblement l'attendait dans son pot positionné juste à l'extérieur de la tente. Elhir'n et la plante avaient trouvé d'un commun accord que c'était le meilleur emplacement : ainsi l'arbuste avait bien plus de Soleil qu'à l'Académie tout en restant suffisamment près de Elhir'n pour sentir son âme.

L'elfe eut un sourire alors qu'elle remarqua que la plante semblait en bien mieux se porter ces derniers temps, sans doute grâce aux quantités de Soleil augmentées.

Laissant l'arbuste se glisser contre elle, Elhir'n se rendit donc vers la tente d'Alphard, cette dernière se divisant en trois pièces : une personnelle que l'elfe n'avait jamais vu, une commune dans laquelle se déroulaient les réunions et enfin une à cheval entre les deux, dans laquelle l'humain se réfugiait pour réfléchir, de plus en plus en compagnie de Elhir'n, afin d'élaborer de nouvelles stratégies.

Alors que l'elfe arriva dans la salle de réunion, elle constata qu'elle était la première arrivée – comme souvent lorsque les réunions se déroulaient dans la matinée – et elle décida donc de rejoindre Alphard dans la troisième pièce de sa tente.

Ce fut sans surprise qu'elle vit l'humain, allongé sur un canapé bordeaux, ses yeux fermés, la pulpe de ses doigts jointe au niveau de ses lèvres, dans une position à l'évidence de cogitation. Il portait aujourd'hui, Elhir'n le remarqua, une tenue bien plus soignée qu'à l'ordinaire. Certes, la Maîtresse en Phytologie n'avait jamais vu l'humain dans une tenue négligée – Alphard Mockingbird était probablement le révolutionnaire le plus soigné du multivers entier – mais aujourd'hui il avait fait un effort vestimentaire. Ce n'était pas une simple chemise blanche avec un pantalon en soie noire, non, aujourd'hui c'était un véritable costume lui donnant l'apparence d'un véritable prince humain avec sa chemise soignée, sa veste noire aux boutons en manchette en or, ses cheveux coiffés avec élégance, son menton rasé de près, son pantalon parfaitement entouré à l'aide d'une ceinture en cuir noir, ses chaussures – en cuir elles aussi – brillant légèrement sous la lumière artificielle des lampes importées de la Terre, le parfum supposément discret pour un humain de l'eau de Cologne – probablement hors de prix – agressant les narines de l'elfe, tout cela sans compter la montre ostentatoire en or sur le poignet de l'humain.

Elhir'n haussa un sourcil, s'asseyant silencieusement sur l'un des fauteuils pourpres, 'Tu ne penses pas en avoir légèrement trop fait ?'

Alphard prit une profonde inspiration, ses yeux polaires toujours fermés alors qu'il déclara, 'Non, au contraire. Ceci n'est que le strict minimum, au vu des événements à suivre.'

'L'opulence et la richesse ne sont peut-être pas les images que tu veux refléter pour aujourd'hui. De plus, l'or n'est sans doute pas le meilleur choix. Kazuto m'a dit que sur Terre c'était l'un des métaux les plus précieux, mais ici c'est bel et bien l'argent.'

Alphard ouvrit ses yeux, lançant un coup d'œil à ses boutons de manchette et sa montre. 'Je penserais à les changer, donc. Merci du conseil.'

Elhir'n soupira, lançant un coup d'œil à Alphard, se demandant intérieurement pourquoi diable les humains portaient-ils autant attention à leur corps. Cependant, rappelée par l'effort vestimentaire d'Alphard de l'importance de l'apparence physique dans leur société, Elhir'n lâcha, 'Devrais-je moi aussi participer aux entretiens et donc me préparer en conséquence ?'

L'humain se releva, ses yeux bleus faisant face à ceux de l'elfe alors qu'il marmonna, 'C'était l'une de mes préoccupations. D'un côté, t'avoir là serait intéressant pour moi, d'un autre… J'ai peur que cela envoie un message conflictuel. J'ai déjà dit à Kazuto qu'il était inutile de venir aux rencontres : un Maître d'une Académie à mes côtés, ancien Inspecteur, c'est entièrement contre-productif pour le moment. Kazuto est une carte précieuse que je jouerais lorsque l'on m'accusera d'être biaisé contre les Académiciens et les Inspecteurs.'

'Je suis aussi une Maîtresse dans une Académie. La même que Kazuto, d'ailleurs.'

'Certes, mais tu es une elfe et en plus de cela, tu es la Stratège de la Coalition pour la Libération des Êtres. Avoir ton soutien officiel, c'est implicitement placer les Forgotten Ones comme étant dans la lignée du combat de la Coalition.'

'Cela te permettrait donc de gagner le soutien de ceux pour les créatures, mais te ferais partiellement si ce n'est complètement perdre les conservateurs qui voient en toi une simple extension des sorciers ayant quitté la Terre en l'an 0.'

Alphard acquiesça, passant une main dans ses cheveux noirs. Se levant, retirant sa montre et ses boutons de manchette pour en prendre d'autres – en argent, Elhir'n remarqua – il s'assit à nouveau pour soupirer, 'Tu as bien saisi mon dilemme.'

Elhir'n déglutit. 'Quels sont les avantages que tu vois à ma présence à tes côtés aujourd'hui ?'

'Autre que de gagner le soutien des pro-créatures, je vois aussi l'opportunité que tu aurais de négocier. Tu es, après tout, bien plus familière que je ne le suis aux codes et lois de ce monde. De plus, tu as un esprit fin et acéré, et avoir ton cerveau à mes côtés durant la confrontation à venir ne serait qu'une corde de plus à mon arc pour la journée.'

Elhir'n prit une grande inspiration, ses yeux se plissant, 'Donc, concrètement, ce n'est pas tellement Elhir'n la Stratège de la Coalition que tu veux mais mon intelligence et mes connaissances, puisque le soutien des pro-créatures est un cadeau empoisonné.'

Alphard acquiesça. 'C'est plus ou moins ça.'

'Soit, dans ce cas j'ai une solution. Lorsque j'étais dans la Coalition, il était parfois nécessaire que je m'infiltre dans des bâtiments. Ma méthode, pour y arriver, était soit d'usurper l'identité d'un esclave, soit… soit de transformer mon apparence afin de correspondre à celle d'un humain.' Face à l'étonnement d'Alphard, Elhir'n poursuivit, 'J'ai, en effet, la chance d'être plutôt petite pour une elfe, du haut de mes un mètre quatre-vingts, suffisamment petite pour pouvoir passer pour une grande humaine. Avec un charme au niveau de mes yeux et de ma peau ainsi qu'une capuche pour dissimuler mes cheveux et mes oreilles – je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'altérer ces derniers, ce n'est pas comme si quelqu'un allait me suspecter d'être une elfe – tout cela agrémenté d'une tenue humaine et de paroles marmonnées en anglais, je devrais m'en sortir.'

Alphard plissa ses yeux, 'Ne vont-ils pas percevoir la magie des charmes sur toi ?'

'S'ils se concentraient sur moi et plus particulièrement sur mon aura, oui, mais nous sommes dans un lieu hautement magique – un téléporteur – et je ne serais clairement pas le centre de l'attention puisque tu seras là. De plus, même s'ils perçoivent des charmes, ils n'auront aucun moyen de dire quelle est leur utilité – ça pourrait tout à fait être un charme de protection, ils ne peuvent pas faire la différence à ce niveau de minutie sauf si un Maître des Charmes m'examine – et même s'ils avaient des soupçons, premièrement ils ne pourraient pas les exprimer sans ruiner toute possibilités de négociations avec toi et deuxièmement leur première hypothèse ne sera pas « et si en réalité cette femme était Elhir'n Loïrisôch, la Stratège de la Coalition dissoute il y a plus de deux siècles ? » mais plutôt… n'importe quoi d'autre, en réalité.'

Alphard acquiesça légèrement, visiblement pensif. Il demanda finalement, 'Est-ce que tu as une tenue humaine ?'

Elhir'n s'autorisa une grimace alors qu'elle passa mentalement en vue sa garde-robe ici et à l'Académie. 'Pas… vraiment. Les seules que j'ai, ce sont mes uniformes et des tenues de Kazuto, mais la plupart ont le symbole de la famille Kumazawa, qui sera facilement reconnaissable, donc...'

Alphard soupira avant de se lever, allant probablement dans sa pièce personnelle avant de revenir, une chemise et un pantalon noir à la main. 'Je suppose que tu as déjà la cape que tu vas utiliser pour cacher tes oreilles ?'

Elhir'n acquiesça, prenant les vêtements d'un air dubitatif. Finalement, lançant silencieusement son charme sur ses yeux et sa peau, elle marmonna à voix basse un sort elfique pour intervertir la chemise avec sa tunique elfique actuelle et le pantalon avec ses braies de façon instantanée. C'était un sort extrêmement pratique durant la Grande Guerre, principalement car les elfes n'avaient pas forcément le temps de se changer. Se relevant, ramenant ses cheveux en arrière, se tournant vers Alphard, elle demanda, 'Alors ? Cheveux argentés et oreilles pointues mis à l'écart, ai-je l'air humaine ?'

Alphard l'observa durant quelques secondes, ses yeux n'exprimant que la froide lueur d'un général mettant à l'épreuve une stratégie mentalement, simulant les failles de cette dernière, avant qu'il n'acquiesce doucement, marmonnant, 'Passable. Je suis honnêtement surpris que tu aies décidé d'avoir les yeux bleus, avec ta peau pâle tu pourrais presque passer pour… ma sœur.'

L'elfe s'esclaffa, ne retenant absolument pas son amusement face à la suggestion, 'Alphard, j'ai quatre cents ans de trop pour être ta sœur. Je vais chercher ma cape, pour la mettre avant le début de la réunion.'

Alphard plissa ses sourcils, 'Tu veux cacher ton identité même de mes hommes ?'

'Ne serait-ce pas préférable ? C'est une précaution peut-être inutile, mais ton attitude vis à vis de tes propres subalternes jusqu'à présent me laisse penser que tu ne leurs fais pas entièrement confiance.'

L'humain eut la gorge serrée alors qu'il ne répondit pas, laissant Elhir'n briser les charmes et quitter la tente avec un air d'amusement sur son visage, sa plante sur ses épaules.

Elhir'n, quant à elle, se rendit immédiatement dans la tente de Kazuto, pour la trouver vide. Laissant le Démon Argenté dans son pot, lui expliquant à l'aide du peu de signaux qu'ils pouvaient s'échanger qu'il devait rester immobile et qu'elle reviendrait plus tard, elle prit sa cape dans les quelques affaires qu'elle avait récupéré lors de ces cinq derniers jours puis l'enfila avant d'appliquer à nouveau les charmes sur sa personne. Sortant avec discrétion de la tente, elle se rendit suite à cela dans la salle de réunion, où cette fois elle trouva la majorité des membres qui l'observèrent d'un air soupçonneux, mais se gardèrent de faire des commentaires avant l'arrivée de leur chef.

Elhir'n croisa le regard de Kazuto qui la fixa quelques secondes, ses sourcils froncés. Son âme vint alors à sa rencontre, avec son hésitation habituelle d'humain, 'Elhir'n, pourquoi portes-tu ce déguisement ?'

'C'est par rapport à demain et à la rencontre avec les humains. Tu m'as reconnu à quoi ?'

'Ton âme. Même si j'admets avoir eu un doute.'

Elhir'n acquiesça. Si Kazuto ne pouvait percevoir sa véritable identité autrement que par son âme, alors personne ne le pourrait. Elle demeura debout, dans un coin n'osant pas s'asseoir alors qu'Alphard entrait, dans sa superbe habituelle. Elhir'n nota qu'il avait abandonné sa tenue extravagante pour retrouver l'une de celles habituelles. L'elfe se demanda si c'était car la tenue de ce matin n'était qu'un essai pour demain.

'My dear companions, you may sit.' (Mes chers compagnons, vous pouvez vous asseoir.)

Tous prirent place, sauf Elhir'n qui demeura debout. Alphard, son regard toujours aussi inexpressif, lâcha, 'You as well, Minerva.' (Toi aussi, Minerva.)

L'elfe haussa un sourcil à son nouveau nom avant de demander d'une voix légèrement plus aiguë et… gracieuse, 'All right, though where?' (Très bien, mais ?)

Alphard lança un coup d'œil à sa droite. Prenant place, Elhir'n écouta Alphard la présenter d'une voix absolument normale, ne prenant aucune once d'hésitation. L'elfe hésitait à en être rassurée ou au contraire méfiante. 'My friends, this is Minerva Alessandra, a long time friend. She was on an undercover mission in the Nouvelle-Paris' Academy for me until recently, reason why you didn't see her before.' (Mes amis, voici Minerva Alessandra, une amie de longue date. Elle était en mission d'infiltration dans l'Académie de la Nouvelle-Paris jusqu'à récemment pour moi, raison pour laquelle vous ne l'avez pas vue auparavant.)

L'un des hommes renifla dédaigneusement l'air avant de lâcher avec un accent que Elhir'n ne reconnut point, 'What about the elf? Where did she go?' (Et l'elfe ? Où est-ce qu'elle est passée ?)

L'elfe est juste devant toi et si tu fais une seule remarque désobligeante, humain, elle va te massacrer.

'Elhir'n came back to her own kind for some time, she had urgent business to deal with the Elf Assembly. Furthermore, having an elf among us when we are about to receive the wizards isn't an advantage.' (Elhir'n est repartie chez les siens pour quelques temps, elle avait des affaires urgentes à régler avec l'Assemblée Elfique. De plus, avoir un elfe avec nous alors que nous nous apprêtons à recevoir les sorciers n'est pas un avantage.)

L'elfe remarqua que la plupart des membres gobèrent l'explication sans commentaires, malgré le fait que quelques uns… Elle sentait leurs âmes soupçonneuses.

Alphard ne faisait peut-être pas confiance à ses hommes, mais il semblait que cela soit réciproque. L'ambiance chaleureuse et fraternelle existant dans la Coalition ne régnait manifestement pas ici.

Sans doute car ils se battent contre d'autres humains. Qui sait, ils ont peut-être même des traîtres. La Coalition évitait cela en ayant un nombre extrêmement restreint de personnes informées.

Alphard prit alors une inspiration, ses yeux devenant tout à coup plus froid alors qu'il commença à parler, sa voix captivant l'attention de ses subalternes, 'Tomorrow, we will begin for the first time negotiationswith the ones who we thought as enemies for a long time, allied to the Academicians. Despite the fact we were informed the Academicians and a few Inspectors aloneare guilty, the injury of the loss of our friends and families remains painful and I admit that… even I… can sometimes feel emotionsof hatred towards all the wizards within this world. These… feelings, that I think many of you share with me, have to be repressed for tomorrow and all the following interactions with the wizards of this world – at least as long as diplomacy is the option we choose. Questions?' (Demain, nous entamerons pour la première fois des négociations avec ceux que nous avons pour longtemps considérés comme étant nos ennemis, alliés aux Académiciens. Malgré le fait que nous ayons maintenant été informés que les Académiciens et quelques Inspecteurs seuls sont coupables, la blessure de la perte de nos familles et amis demeure douloureuse et j'admets que… même moi… je peux parfois ressentir des émotions de haine vis à vis de l'ensemble des sorciers de ce monde. Ces… sentiments, que je pense que nombre d'entre vous partagent avec moi, doivent être réprimés pour demain et pour tout contact à venir avec les sorciers de ce monde – tant que la diplomatie est l'option que nous choisissons. Des questions ?

Une femme cracha, 'You want us to abandonour hatred? Our fight? What exactly do you have in mind?!' (Tu veux que nous abandonnions notre haine ? Notre combat ? Qu'as-tu exactement en tête?!)

Alphard haussa un sourcil pouvant apparaître comme interrogateur mais que Elhir'n suspecta d'être moqueur. La légère intonation que l'humain ne sut réprimer confirma ses suspicions, 'What exactly did you assume when I delivered my speech to the HCS? That it was merely a joke, perhaps?' (Qu'as-tu supposé exactement quand j'ai fait mon discours devant le HCS ? Que c'était une simple blague, peut-être ?)

La femme, ses cheveux roux en pétard tandis qu'elle écouta la réponse de l'humain, le fusilla du regard alors qu'elle répliqua sèchement, 'What have you become, Alphard? What ideals do you pursue when obviously all you can think aboutis diplomacy? We are fighters, you said so yourself, why deny us this in exchange of… negotiations?!' (Qu'es-tu devenu, Alphard ? Quels idéaux poursuis-tu quand à l'évidence la seule chose à laquelle tu peux penser est la diplomatie ? Nous sommes des combattants, tu l'as toi-même dit, pourquoi nous refuser cela en échange de… négociations ?!)

'You've got to understand that Alphard is only trying to prevent more deaths. You may not realise this, though if we decide to engage ourselves in a war against the wizards of this world, then there will be deaths on our side as well. Besides, we're not even sure to win it,' (Tu dois comprendre que Alphard ne fait qu'essayer d'empêcher plus de morts. Il est possible que tu ne le réalise point, cependant si nous décidons d'entrer en guerre contre les sorciers de ce monde, alors il y aura des morts de notre côté aussi. Par ailleurs, nous ne sommes même pas sûrs de la gagner,) Kazuto expliqua, essayant de défendre le point de vue d'Alphard – et celui d'Elhir'n.

L'elfe observa alors un nouveau débat fleurir entre les membres des Forgotten Ones. Elle se demanda silencieusement comment était-il possible qu'ils aient pu s'entendre alors que manifestement tout les séparait. Alphard avait mentionné, lors de l'écriture du discours, une certaine Margaret qui était leur chef… L'elfe plissa ses yeux.

Un mouvement centré autour d'une personne ne peut demeurer dans le temps- particulièrement si cette personne est morte.

C'est avec ces pensées alors que les membres des Forgotten Ones s'en allaient que Elhir'n songea à un futur possible – probable, même – où Alphard serait obligé de poursuivre sa lutte sans pour autant avoir l'appui de ses hommes. Elle songea à quelle serait sa place, dans ce futur hypothétique.

Elle soupira, se levant, décidant de rejoindre la tente de Kazuto après avoir laissé son Démon Argenté reprendre sa place habituelle, entre ses épaules. L'elfe s'allongea alors sur le lit, sentant l'arbuste se repositionner sur son torse cette fois. Passant sa main dans les branchages de la plante, elle murmura, sa voix tel un murmure alors que ses pensées commençaient à tourbillonner en elle, 'Quel futur pour nous, en effet, Iue...'

La plante, inconsciente de leur nature mais sensible aux troubles de l'elfe, envoya un peu plus intensément ses ondes de calme, accompagnées d'interrogations.

Elhir'n sourit faiblement, rassurant l'arbuste d'un toucher reposant et amical.

Note de l'auteur :

Voili voilou, j'espère que ça vous a plu. A la prochaine !