Chapitre 4

Caroline les attendait.

- Ah, je voulais vous parler. Je me suis rendue compte que j'ai agi avec un peu de précipitation en te parlant de concours et de RLM, et je voudrais au moins t'expliquer en quoi consiste l'épreuve et comment t'y préparer. Il faut aussi que j'envoie un message à tes parents pour leur en parler. Tels que je les connais, je ne crois pas que ça va leur poser problème, mais j'ai besoin de leur autorisation pour t'inscrire. Ils auront aussi besoin de faire de la paperasse avec moi. Je reviens vers 15h, j'aurais eu le temps d'écrire un mail aux parents de Lydie. En attendant, ce serait super si vous pouviez aider Jess à faire les boxes, elle est un peu débordée, un peu d'aide ne lui fera pas de mal.

- C'est entendu, nous serons là à 15h et les boxes seront propres. Tu viens, Lydie ?

Elles partirent en direction des boxes, prêtes à ressortir couvertes de paille. Caroline les suivit du regard, tandis que des idées saugrenues flottaient dans son esprit à propos des filles…

Ignorantes des projets que formait Caroline à leur égard, les filles allèrent voir Jessica pour qu'elle leur donne leurs objectifs. Il fallait remettre de la paille dans tous les boxes qui avaient été vidés pour le grand nettoyage. Tandis qu'elles allaient chercher le chariot avec la botte de paille, Jessica alla au box qui servait de cabane à outils et prit trois fourches pour elles trois.

Elles se mirent au travail, avec ardeur. Grâce à leur efforts combinés, à 15h moins cinq tous les chevaux de l'allée disposaient d'un box confortable. Elsa consulta l'heure.

- Il est presque 15h ! Il faut rentrer dans le club-house, mais avant il faut enlever toute cette paille…

Elles s'entraidèrent, puis arrivèrent à l'heure dite au lieu de rendez-vous. Caroline arriva quelques minutes plus tard, en portant son ordinateur portable.

- Désolée pour le retard ! J'étais en avance mais là, bam, il y a un truc qui arrive ! J'ai été obligée de répondre à un message urgent… Mais bon c'est pas grave vu que je suis là… Tes parents sont d'accord, Lydie, ils m'ont répondu presque tout de suite. Ils viennent ce soir vers 17h30 pour remplir les papiers pour le concours, et il faudra aussi un certificat médical pour la pratique en compétition. Je me suis mise d'accord avec tes parents, ils t'y emmèneront à la fin de la semaine.

- Merci ! C'est vraiment super que je puisse le faire avec Sarah…

- Maintenant, il va falloir qu'on fasse ta reprise de dressage. C'est à la fois plus simple et plus compliqué pour les RLM : plus simple parce que tu as la musique pour te caler au cas où tu ne te souviennes plus, mais aussi plus compliqué parce que tu dois faire toi-même ta reprise en respectant des contraintes de figures imposées, et un timing.

- D'accord. C'est déjà plus clair dans ma tête !

- La première chose à faire, c'est de trouver une musique qui puisse correspondre à un spectacle équestre. Ce sera par-dessus que tu devras créer ta reprise. Tu as des idées ? La musique doit te plaire et te correspondre, sinon tu auras le plus grand mal à trouver des idées d'enchaînements de figures pour la reprise. De plus, elle doit durer au moins 4min30.

- J'ai déjà quelques idées, mais il faut que je réfléchisse… Je peux écouter celles que j'ai sur mon téléphone ?

- Oui bien sûr vas-y !

Elle sortit ses écouteurs et écouta plusieurs musiques, puis après de longues minutes de réflexion elle parvint à se décider pour l'une d'elles.

- Voilà, j'ai pensé à celle-là, dit-elle en démarrant une musique.

Dès les premières notes, les filles l'apprécièrent. Parfois tranquille, parfois rapide, elle permettrait beaucoup de figures et de transitions.

- Elle est excellente. Je ne l'ai jamais entendue sur les terrains de concours, ce sera du jamais entendu, mais c'est une très bonne idée. Maintenant, il va falloir que tu crées ta reprise en tenant compte de a musique. Elle est très importante pour la note artistique, qui permet de départager deux concurrents égaux, il ne faut pas la négliger ! Trop de fois j'ai vu des cavaliers en RLM qui s'accrochaient aux points de réalisations technique sans faire attention à la musique, et c'est bien dommage. Bon, maintenant je vais vous laisser, il faut que je m'occupe de la paperasse du club, elle ne va pas se faire toute seule. En attendant, les selles et les filets du club n'ont vu ni savon ni graisse depuis un bon moment, si vous pouviez les nettoyer ce serait super ! Les chevaux seront contents de ne plus avoir un morceau de bois autour de la tête… Vous trouverez des éponges, un seau, le savon et la graisse dans la sellerie, sur l'étagère de droite en rentrant. Si vous ne savez pas encore faire, vous pouvez demander à Jess, elle vous montrera, et vous saurez faire pour le moment de passer la théorie du galop 4. Vu que ça fait un moment, il faudrait tous les démonter, mais je ne sais pas si vous aurez le courage… Après, le plus important, c'est que ce soit propre !

Elles repartirent donc en direction de la sellerie, la tête dans les nuages, en train de penser à ce qui pourrait leur arriver de plus étrange après cette matinée un peu folle. Quand elles arrivèrent à la sellerie, Jessica s'était déjà mise au travail. Elle leur indiqua les filets qu'elles pouvaient prendre, puis leur montra comment passer d'abord le savon glycériné avec une première éponge, qui allait nettoyer le cuir et le débarrasser de la saleté incrustée, puis avec une autre éponge comment graisser le cuir pour l'assouplir et le garder en bon état. Elle partit ensuite, laissant les filles à leur travail, pour aller faire le tour des barrières des prés.

Après plusieurs heures de travail, les filets avaient retrouvé leur bel état d'origine. C'est alors que l'attention d'Elsa fut attirée par une boîte qui dépassait du dessous d'une armoire basse. Elle la tira vers elle et l'observa. Les deux filles se penchèrent dessus.

La boîte était plutôt grande, c'était un cube de environ 1 mètre de côté. Elle était assez lourde, et la couche de poussière de plusieurs centimètres qui la recouvrait indiquait qu'on ne l'avait pas ouverte depuis un moment, voire plusieurs années. Considérant que leur tâche était de nettoyer toute la sellerie, les filles se mirent en devoir de la débarrasser de la couche de crasse qui la recouvrait et se mirent au travail. Après près d'un quart d'heure de travail, la boîte était de nouveau bleue et non grise. Elle n'avait pas d'étiquette.

- On l'ouvre ou on la laisse là moisir quelques années de plus ?

- On l'ouvre !

Lydie ouvrit donc délicatement la boîte. À l'intérieur, elles trouvèrent tout d'abord une selle en cuir fauve posée sur un piquet qui traversait la caisse. Elle était en grande majorité responsable du poids de la boîte. Elles la soulevèrent pour l'examiner et trouvèrent en dessous un sidepull du même cuir, allongé sur une épaisseur de tissu destinée à le protéger. Lydie souleva le bridon pour l'examiner.

Il faisait environ la même taille que celui de Sarah, mais il était de bien meilleure qualité. Il était un peu raide, puisqu'il n'avait pas été utilisé depuis longtemps, et enfermé dans cette boîte. Mais ni la selle ne le bridon n'avaient pris la poussière, puisque la caisse était fermée hermétiquement. La selle était légère et parfaitement équilibrée, avec de longues étrivières de dressage. Elle aussi était un peu raide, mais en parfait état. Chose étrange, les étriers étaient réglés à une hauteur qui aurait facilement permit à Lydie de monter et d'exécuter des figures de dressage, et non sur une longueur courte destinée à éviter le mouvement de balancier. Enfin, sur de petites plaquettes au coin du frontal et sur l'arrière de la selle, le nom d'une sellerie très renommée était inscrit.

- Là ! Regarde, il y a un petit papier. Qu'est-ce qu'il y a écrit dessus ?

Elles l'attrapèrent et essayèrent de déchiffrer l'inscription, pas l'écriture était compliquée. Elles reconnurent cependant les mots " celui ou celle " et " l'honneur ", sans être sûres de rien. Elles décidèrent de porter cette caisse à Caroline, pour savoir ce qu'elle en savait.

Elles rangèrent le sidepull et la selle comme elles les avaient trouvés, mais posèrent le mot bien en évidence sur le dessus de la selle. Lydie prit le devant de la caisse, Elsa l'arrière et elles s'avancèrent vers le club-house. Elles n'y trouvèrent pas Caroline, mais Eiffie, une de leurs amies. Elles la mirent au courant en deux mots, puis elles s'avancèrent cette fois-ci à trois en direction de la maison de Caroline. Après quelques minutes de marche, elles posèrent la caisse et frappèrent à la porte du bureau. Caroline leur ouvrit et vit la caisse. Elle les repoussa sans ménagements, ouvrit la caisse, prit le mot pour le lire. Elle s'arrêta, se frotta les yeux et relut précipitamment. C'est alors que leur monitrice préférée, qui perdait rarement le contrôle d'elle-même, tomba dans les pommes.