Acte IV, scène 5

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Louis : (Vers le public) De la même manière que la sortie de scène marque la mort du clown, la fermeture du rideau signe ma fin. Finalement je vais peut-être rester ici je n'ai pas très envie de mourir. Ça m'effraie que m'arrivera-t-il quand vous ne me verrez plus, et quand je ne pourrais plus parler ? Est-ce qu'il est douloureux de ne plus être ? Si je sors la dramaturge me laissera-t-elle entrer de nouveau sur scène ? Elle l'a permis une fois le fera-t-elle une deuxième fois ? Et si je rentre de nouveau vais-je tout reprendre du début ? Ou bien continuer cette angoissante non-vie-non-mort ? Et je m'inquiète aussi du nombre de fois où je vais répéter tous ce qui s'est passé ce soir. à chaque représentation je vais ressusciter, refaire les mêmes gestes, dire les mêmes choses. Et ce sera comme si je le faisais pour la première fois. Et cette même peur m'étreindra encore. Toujours cette angoisse existentielle. Suis-je si différent de vous ? (Un temps) J'aimerai trouver un lieu calme où je saurais que j'existe mais où je ne ressentirais plus rien, plus aucune peur. Mais finalement Est-ce que ce n'est pas ça la mort ? L'immobilisme de la conscience. Serai-je suicidaire finalement ? Mais quel intérêt y a-t-il à vivre dans un monde entièrement déterminé, sans aucun libre-arbitre ? Quel intérêt y a-t-il à parler encore et encore pour retarder la fin de cette représentation, alors même qu'elle finira au moment exact où c'était initialement prévu. (Alia ouvre la porte d'où elle est sortie traverse la scène en passant devant Louis et sort par l'autre porte. Elle revient un manteau à la main avant de ressortir. Louis la regarde faire en silence) (Un temps) Le pire dans tout ça c'est qu'au moment même où mes doutes devraient me libérer de mon déterminisme, ils m'y enferment encore plus. Mes doutes vous donnent l'illusion que je suis plus libre que les autres personnages de cette pièce, car j'ai conscience de ma condition. Mais à travers moi c'est la dramaturge qui joue avec vous. Je ne suis juste un personnage quelconque faussement rebelle, qui suit la ligne de conduite qui lui a été imposée. Je n'ai nulle conscience de moi-même. Ma substance est-une succession de parole écrite puis oralisées avec une gestuelle adéquate. Et si vous croyez à la fatalité totale vous ne valez pas beaucoup mieux que moi. (Un temps) Eh bien ! Je vais vous laisser. On ne va pas faire durer cette mascarade plus longtemps. Après tout peut-être que les autres ont raison. Peut-être que vous n'êtes que des hallucinations. Peut-être que je devrai prendre mes médicaments. Peut-être que si je sors je vais vraiment les retrouver et qu'on va vraiment passer un bon moment. (Marche vers la porte, l'ouvre et s'arrête). Mais finalement, comment savoir ce qui est vrai ? Et s'ils ont tort ? (Un temps) Je mourrais. (Un temps) Soit. (Cette fois il franchit la porte).

Noir (Brutal).