Salut,

Voici la suite. :)


Avant que ma mémoire ne soit effacée, j'en profite pour m'ébahir une dernière fois. C'est démentiel!

J'ai l'impression d'avoir été utilisé. C'est tellement injuste ce que j'ai pu éprouver malgré que le temps a emporté cette profonde souffrance. Comme si une partie de moi m'avait été arrachée, amputée. Qu'est-ce que je t'en n'ai voulu, te haïssant! Je t'avais tant donné et lorsque tu m'as quitté ce fut une trahison, récoltant dans mes mains comme des débris de verre qui me tailladaient. Tu m'avais tout repris, ne me restant que mon douloureux chagrin à en crever. J'aurais voulu tout brûler. Ma seule vengeance était de te mépriser, de t'ignorer afin de réduire à néant cette histoire. La mémoire de mon âme a gardé ce ressentiment. C'est ce que j'ai conservé, détruit de l'intérieur.

Je me réveille d'une traite, les globes oculaires bien ouverts. Je viens d'être témoin d'une communication déterrée du passé. J'adore entendre ce type de reproche en rêve. Ca me donne le ton. C'est ce que j'avais bien ressenti. Une relation qui s'est mal finie. Je ne l'ai pas loupé celui-ci. Très très rancunier ce qui ne m'étonne pas. "Détruit de l'intérieur". C'est pour cette raison qu'il le serait autant dans la vraie réalité? A quoi dois-je m'attendre?

Nous sommes le matin et comme il m'avait prévenu, je me souviens de cette vie d'adolescente. C'est de la sorcellerie. Je m'appelle Allison Cannaghan, j'ai bien 15 ans et je fais ma rentrée scolaire aujourd'hui. On recommence comme un jour sans fin.

Je me lève, un peu fatiguée, amnésique, ayant pénétré dans la vaste bibliothèque où mes annales akashiques sont préservées, sur le point de bientôt les parcourir en chair et en os.

Je m'avance machinalement vers la glace de ma spacieuse chambre, regardant à nouveau mes cheveux de couleur abricot ainsi que ma figure beaucoup plus pouponne. Ca me fait plaisir simplement d'être une gamine. Je me sens insouciante, libre dans ma tête, mes tracasseries balayées. Je respire comme un nouveau né et c'est si agréable. J'en avais perdu la saveur.

Le réveil d'hier qui n'en n'était pas vraiment un était beaucoup plus enjoué, je le reconnais. Reprendre les cours dans un nouveau bahut, être en première année de lycée, ça enchante passablement. Nervosité, pointe de cafard car les vacances se sont achevées, ça déprime avant que que l'on se réadapte à la normalité du train-train. Cela dit, c'est pas le pire. L'adolescence est une fête à côté à la vie d'adulte.

Pour ce premier jour, je prends mon vélo. Sautons l'étape du petit déjeuner,je ne ferais que me répéter. Le matin tôt, ce que j'apprécie est la fraîcheur ce qui ne sera pas le cas pour l'après-midi, prévoyant au moins 33°c. Je déteste quand les températures sont en hausses et dégouliner comme un cornet de glace. En Californie, suivant où t'habites, il peut faire un peu plus frais ou carrément chaud. L'automne, l'hiver, on se demande parfois si ça existe ici. A Irvine, ça dépend. Il y a des jours plus vivables qu'ailleurs. Voici une information cruciale. Savoir le nom de la municipalité dans laquelle tu résides du comté d'Orange, se situant dans la banlieue de Los Angeles.À la fin du printemps et au début de l'été par exemple, un phénomène se produit. L'obscurité de juin. Répandu dans le sud de la Californie, avec des matins nuageux et des bruines y a des épisodes occasionnels de temps humide vers la fin de l'été ainsi que de l'automne. Les hivers sont doux, mais peuvent être chauds et secs lorsque les vents de Santa Ana soufflent. C'est un joli endroit avec des rues aménagées, pistes cyclables, parcs luxuriants et nombreux sites à visiter malgré cette torture climatique.

Avec mon vélo, je passe par un petit chemin, n'étant disposé d'une piste, une sorte de raccourci avant de rejoindre assez vite la route. Vous pouvez me croire. Je roule prudemment. Afin de me motiver, je m'imagine que le lycée est placé près de la mer. Je monte alors une pente, la mer à plusieurs mètres derrière moi, en arrière-plan. Le vent m'aère le visage, soufflant dans ma chevelure longue, épaisse durant tout le trajet. C'est encore l'été.

Plus je me rapproche de Woodbridge School, plus j'ai le trac, mon cœur faisant des claquettes. Je suis habillée pareillement que pour la fausse rentrée du faux hier, la salopette étant une tenue plus adéquate pour cet engin à deux roues sur lequel on pédale. Oh! Les beaux muscles que je vais avoir!

Arrivée à nouveau trente-cinq minutes plus tard, je vais garer mon vélo, mets l'anti-vol puis rentres. Est-ce que je vais retrouver quelques-uns de mes camarades? Deux, trois avec qui je m'entendais bien au collège devaient faire leur rentrée ici. Je ne pense pas que je pourrais les apercevoir de suite vu le nombre des élèves. Je ne m'en préoccupe pas trop à cette seconde, trop anxieuse. J'ai peur de me tromper de classe, de manger seule à la cantine, de ne pas me sentir dans mon élément. Dans ces cas-là, on se dit que en tant qu'adulte on se dépêtrerait de notre état émotif, enviant nos parents. Tu parles! Plus maintenant lorsque tu deviens adulte à ton tour. C'est encore plus la merde bien que différemment. Je préfère mon état d'ado. Au moins, ça passe. On arrive à ne pas se piéger dans une cage. On peut généralement s'en échapper ensuite.

Mains moites, l'esprit paniqué, je pense d'une manière fulgurante à des crayons, cahiers, fournitures scolaires, quoi. Je n'ai rien oublié au moins? C'est stupide mais je ne parviens plus à réfléchir. J'espère que je ne vais pas hyperventiler. Il ne manquerait plus que ça!

Un fille aux cheveux rouges très flamboyant se met à côté de moi, semblant légèrement nerveuse aussi. Elle me regarde, m'adressant vite la parole.

-Tu es en seconde?

-Oui.

-Moi aussi.

Bêtement, en même temps, nous éprouvons un sentiment de soulagement. On ne se connait pas mais ça nous rassure de se retrouver propulsées sur un terrain inconnu ensemble. Quelques minutes après, nous apprenons que nous serons dans la même classe. Pour la seconde fois, nous nous montrons soulagées. Tout en avançant, elle me demande où j'étais avant, répondant, Lakeside.

-Et toi?

-Je viens de San Francisco. On a déménagés cet été car mon père a été muté à Los Angeles. Il a eu une promotion.

-C'est bien.

-Ouais. J'aime bien ici. C'est joli.

-Bienvenue alors.

-Merci. T'as des copains à toi dans ce lycée?

-Normalement c'est ce qu'ils m'ont dit. Je ne les ai pas vu. Tu penses que c'est ce que les secondes, là?

-Oui. Je ne savais pas où me placer, j'étais perdue et ensuite j'ai demandé si c'était ceux de première année et on m'a répondu oui.

-Je verrai à l'interclasse.

-Tu veux qu'on mange ensemble pour le déjeuner? Si tu en as envie.

Je saute sur l'occasion, la trouvant au premier abord sympa.

-D'accord.

-Chouette.

On se sourit, contente de ne pas être seules pour ce premier jour. Un ange veille sur nous, pauvres lycéens que nous sommes à présent.

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Tout se déroule pour le mieux ainsi que les jours qui se succèdent. Malheureusement, les copains, copines qui devaient y être également ont dû changer d'avis, faisant leur premiers pas dans un autre établissement. Tant pis. Je m'étais fait une nouvelle amie. Une bonne amie qui s'appelait Pepper Hargote. Un prénom fait sur mesure. Personnalité, tempérament affirmés et créative, aimant l'art, la musique, jouant même de la guitar, appris avec son frère aîné de trois ans de plus qu'elle.

Entre-temps, quelque chose de curieux est arrivé, me troublant, pas vraiment indifférente mais sans plus. Juste amusant.

Un garçon de terminale que j'ai croisé à quelques reprises et qui à chaque fois ne m'a pas lâché du regard. Correcte, regardant seulement de loin. Et voilà que je me le retrouve en cours d'art plastique, mélangée avec diverses classes. Inhabituel sauf quand on s'est porté volontaire pour une bonne cause. Un spectacle de début d'année qui aura lieu en octobre. Il ne faut pas bailler aux corneilles pour finir à temps. Après que le prof ait fait l'appel, j'apprends qu'il s'appelle Cauley Val. C'est Kerry. Cheveux châtain noisette arrivant au milieu des joues, dégradés yeux de même couleur de forme amande, mince, portant un jean large, tee-shirt noir imprimé à manches courtes. Toujours ses 1 m 87. Le même physique que celui que j'ai vu hier. Ce fameux faux hier.

Avec Pepper, mon équipière et lui dans un autre petit groupe. On va tous travailler ensemble de toute façon. Il attendra vers la fin du cours de travaux pratiques pour venir vers moi avec son pinceau déjà nettoyé, décontracte, assuré; On s'est déjà vus, je crois.

-Oui.

Si tu savais!

Il est reparti, rangeant son matériel, nous disant à bientôt.

-Il est original lui. Tu le connais?

-De vue. C'est le garçon dont je t'ai parlé, quand je t'ai dit qu'il semblait me regarder quand on se croisait.

-C'est lui?! Ah, ok!

Elle sourit, séchant ses pinceaux avec son chiffon. Cette situation lui semblait amusante, remarquant directement ce que je n'avais pas voulu remarquer.

-Tu lui plais.

-Qu'est-ce que tu racontes.

-Crois-moi. Ca se voit. Comment tu le trouves?

-Et toi? la taquinant.

-C'est pas moi qui lui est tapé dans l'œil. Sois franche.

Je haussais les épaules, sans en penser quoi que ce soit. C'était just amusant, oui.