Ce texte a été rédigé à l'occasion de l'un des jeux du dixième anniversaire du FoF, forum d'écriture francophone sur fanfiction. Les contraintes d'écriture sont précisées à la fin.


Elle est dans le train et elle regarde passer par la fenêtre les paysages qu'elle commence à reconnaître. Ses yeux guettent les premiers indices de son ralentissement progressif. Elle sait intellectuellement que l'arrivée est proche, ses souvenirs et sa montre le lui indiquent, mais elle est lasse de rester prisonnière du compartiment. Et de ses pensées. On est vendredi soir et elle se sent fatiguée de sa semaine de travail, presque plus moralement que physiquement. Elle ne s'est pas encore faite à ce nouveau rythme, à ces nouvelles activités, à cette nouvelle ville où elle n'a pas encore réussi à trouver de nouveaux amis. Elle pense que les choses s'arrangeront, mais pour l'instant ces premiers pas dans le monde du travail lui pèsent.

On est vendredi soir, et elle est soulagée de pouvoir rentrer chez elle pour le week-end, de ne pas rester enfermée dans le petit appartement trouvé à la va-vite, de pouvoir retrouver sa famille et ses amis. Pour l'instant elle se sent trop fatiguée pour en profiter, mais elle sait que dès demain, après avoir dormi entre les draps frais de son lit d'adolescente, elle se sentira mieux, et elle profitera de ces deux journées, de ses proches, avant de devoir reprendre le train dimanche soir et replonger dans la grisaille de son nouveau quotidien.

Ça y est, le train ralentit, pénètre les faubourgs, et au bout de longues minutes, il finit par s'arrêter dans la gare. Elle ne se lève pas toute de suite. Elle préfère laisser les autres voyageurs descendre à leur aise, car elle n'a pas assez d'énergie pour lutter et trouver une place dans leur flux empressé, pour jouer des coudes jusqu'à sa valise et se laisser bousculer à la descente du wagon. Elle préfère attendre. Elle a tout son temps après tout ; c'est le terminus et personne ne l'attend. Elle rentrera chez elle par ses propres moyens, et quelques minutes de plus ou de moins ne la mettront ni en avance ni en retard pour les transports en commun ; ils sont suffisamment réguliers.

Puis elle est la dernière. Elle se lève enfin, tranquillement, et va récupérer sa lourde valise pleine de linge sale – la machine à laver de ses parents est moins chère que le laverie automatique attenante à son immeuble, et moins déprimante. Elle descend précautionneusement du wagon, les yeux sur les marches et sur le quai constellé de chewing-gums.

Et au-dessus du bruit de la foule qui s'engouffre dans les souterrains, et des machines qui finissent de s'essouffler, elle entend sa voix. Qui chante sur le quai. Qui chante fort, qui chante faux, qui vient à sa rencontre, et qu'elle reconnaît sans peine.

C'est Sébastien, son meilleur ami, qui chante à tue-tête. Et elle se souvient que c'est aujourd'hui son anniversaire, qu'elle comptait le fêter joyeusement dimanche, mais que c'est aujourd'hui la date exacte. Presque l'heure exacte.

Et les gens se retournent, le dévisagent, s'écartent, le prennent pour un fou, … Mais tout cela est bien commode parce qu'ils lui laissent le passage et qu'il s'avance vers elle, une pancarte dans les mains et des ballons multicolores accrochés aux bras et au sac, toujours chantant à pleine voix son joyeux anniversaire, heureux de la voir et de la surprendre, souriant comme si c'était le plus beau jour de sa vie.

Et elle aussi est tellement heureuse de le voir. Et il devrait avoir l'air ridicule, mais c'est la plus belle apparition de tous ces fichus derniers mois.

Alors elle lâche sa valise et ouvre les bras, tout simplement.


Les contraintes du prompt étaient les suivantes :
Une situation : un personnage qui chante faux
Une date : un vendredi soir
Une contrainte sur les personnages : deux ami.e.s d'enfance
Un lieu : Une gare