Bonjour cher lecteur. Aujourd'hui, je te présente Lettre du fond, une lettre écrite pour un concours et qui en est fièrement ressortie gagnante. Le texte à rendre devait soit appartenir à la catégorie drame, soit à la catégorie amour. J'avais choisi d'associer les deux. Je vous souhaite donc une belle lecture !

01.05.2020

Bébé, tu as changé ma vie. Deux fois. Quand tu y es entrée, et quand tu en es sortie. Tu as été à la fois la plus merveilleuse et la pire rencontre que j'ai pu faire. À la seconde où je t'ai vue, mon cœur a fait le choix de t'aimer de manière inconditionnelle. C'était toi ou rien. Tu t'es imposée comme une évidence. Avant, j'optais toujours pour « le rien ». Combien de fois mon meilleur pote s'est payé ma tronche avec ma phrase de prédilection, tu le sais, ça ? Chaque jour de ma triste vie, je crois bien !

« L'amour, c'est trop casse-gueule… On ne peut pas trébucher dans le rien ! ». Je ne sais pas quand j'ai sorti ça la première fois, mais ces mots ne m'ont plus jamais quitté. Je les trouve tellement vrais ! Et puis, un soir brumeux de novembre, tu es entrée dans mon bar, l'œil vitreux, le pas chancelant et la main leste.

— File-moi une vodka, connard ! as-tu hurlé en me saisissant par le col, déjà complètement ivre. J'aurais dû te sortir sans ménagement, mais je n'ai pas écouté ma raison, parce que ton cœur parlait au mien, et j'ai ressenti… je ne saurais pas dire quoi exactement, mais j'ai ressenti ! Il y a eu ma vie sans toi, terne, insipide, ne valant guère la peine d'être vécue, et ma vie avec toi, si colorée, si vive, réservant tant de surprises ! Maintenant, il y a ma vie après toi. Il devrait y avoir ma vie après toi. Je m'y refuse ! Tu m'as ouvert en grand la porte du bonheur, mais c'était pour mieux me la claquer au nez ! J'ai envie de te traiter de sale garce, de salope, de pétasse, et de tous les noms possibles et imaginables… mais j'y arrive pas, putain, j'y arrive pas ! Ça me rend fou de rage.

J'ai besoin d'être en colère contre quelqu'un, mais il n'y avait que toi dans ma vie, et je ne peux pas reprocher à Dieu de t'avoir emmenée loin de moi, car je n'ai jamais cru en lui. Mais dis-moi bébé, l'idée de mourir t'es venue comme une envie de pisser, ou c'était comment ?

C'était si soudain, et toi qui te reprochais de ne jamais réussir à clouer le bec de tout le monde, tu nous as tous bien eus !

Voilà ta vodka, connasse !

Ce sont mes derniers mots pour toi. Cette fois, c'est moi qui titube, complètement bourré, sur ta tombe, en versant un fond de vodka sur les fleurs déposées par tes proches. Elles vont vite crever, celles-là…. Bon débarras !

Tu croyais quoi ? que j'allais attendre bien tranquillement d'avoir fait mon deuil ? Bah c'est raté ! Une bouteille de vodka dans une main et une arme dans l'autre : j'ai toujours su que j'allais finir comme ça ! Mon meilleur pote, en parfait petit matheux coincé, parlait de la vie et de la mort comme d'une équation à deux inconnues. Ce que nous ne savions pas, c'est que l'équation, c'était toi et moi. Tu étais mon X et j'étais ton Y !

Jé', cette blague de math est pour toi, poto ! X² se promène en forêt, mais il ressort en X, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il s'est pris une racine ! HAHAHAH !

Mes rires se transforment en larmes. Putain, j'ai jamais été aussi peu virile que quand je suis complètement beurré. En fait, j'avais jamais pris de cuite de ma vie, j'ai toujours détesté l'alcool. Tu vois, que je suis capable de tout pour toi, même du pire… surtout du pire, putain, surtout du pire !

Mais fait chier, pourquoi j'arrive pas à appuyer sur cette putain de détente, et pourquoi quand j'ai réussi l'arme s'est enraillée ? C'est toi ? Tu veux pas que je te rejoigne ? Pourquoi ? Laisse-moi crever et va cuver ta vodka dans un coin, connasse !

J'ai donné tant de coups de pieds dans le vide, si tu savais, et finalement, tu as échoué, j'ai fini par crever comme une pauvre merde. J'ai glissé et je me suis pris ta putain de pierre tombale dans la gueule. Je suis mort amoureux, mais je suis mort d'amour. Ton absence m'a tué.

Jé' a fait des pieds et des mains pour m'enterrer près de toi. On a peut-être encore une chance, bébé. Dis-moi, où es-tu, dans ces limbes terrifiants ?

Bien à toi,

Ton poussin pour toujours,

Stéphane.